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Attentat de Nice : une semaine après, "une plaie ouverte"

C’était il y a une semaine, Nice se réveillait en plein cauchemar. Le soir du 14 juillet, 84 personnes ont été tuées dans un attentat sur la promenade des Anglais. Plus de 30 000 personnes assistaient au feu d’artifice, parmi elles des familles et des enfants. Bon nombre d’entre d’eux vont devoir vivre avec le traumatisme et la reconstruction sera longue.
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Radio France
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 (Recueillement au Mémorial à Nice, une semaine après les attentats © Gaële Joly)

Quelques notes de guitare pour soulager les peines, mais jeudi soir sur la promenade des Anglais, le cœur n’y était pas. À 22h40 devant le Mémorial, un jeune homme s’effondre. Il a vu une petite fille s’éteindre sous ses yeux et il n’en dort plus. À quelques mètres, Enrico, le vigile d’un restaurant du bord de mer lui non plus n’arrive pas à effacer ces scènes d’horreur. 

"Ce n'est pas facile d'oublier, c'est une plaie ouverte, on est toujours avec l'image de ce qu'il s'est passé (...) Sur le coup, je n'ai pas eu le temps de réfléchir à tout ça, après le coup, quand tout s'est arrêté, tout le monde est reparti, c'est moi qui ai craqué. Comme j'habite où ça a commencé, j'ai eu le droit tout le long à la scène, jusqu'à chez moi."
 

"On ne pensait pas que ça pouvait arriver chez nous"

À Nice, ils sont des milliers désormais à devoir vivre avec le traumatisme. Pour les aider, Benjamin Eribibou travaille sans relâche depuis une semaine à la cellule psychologique, auprès de ceux qui ont perdu des proches dans l’attentat. Lui aussi se dit très éprouvé, il n’avait jamais vu ça.

"Il y a des gens qui sont encore sous le choc, encore sonnés. Ça se traduit par des situations de choc traumatique pour certaines personnes. Ils ont du mal à réaliser, à comprendre pourquoi ici. On se croyait un peu hors d'atteinte, on ne pensait pas que ça pouvait arriver chez nous."

Parmi les témoins du drame, il y avait aussi beaucoup d’enfants. Ce soir-là, ils ont vu la mort en face. Léa, 9 ans, est revenue hier soir avec son papa.

"Ça fait un choc quand même. J'ai posé une bougie pour les gens qui sont morts, pour les blessés."

Un besoin de suivi psychologique pour les enfants

Expliquer aux enfants, les accompagner, voilà la démarche qu’il faut impérativement adopter selon Florence Askenazy, pédopsychiatre à l’hôpital Lenval, situé au tout début de la promenade. En première ligne ce soir-là, son établissement a pris en charge une cinquantaine d’enfants.

"Beaucoup d'enfants arrivaient à se protéger avec leur imaginaire. Aujourd’hui un peu à distance, on a l’impression que ça commence à se fissurer. Les enfants vont avoir besoin de suivi réguliers pendant plusieurs mois pour pouvoir élaborer ce traumatisme qui doit être pris en charge immédiatement et sur une continuité pour ne pas être des adultes traumatisés..."

Le quartier de la Madeleine a perdu une vingtaine de ses habitants

À Nice, un quartier entier a été frappé par le drame. C’est celui de la Madeleine, à flanc de colline qui a organisé une cérémonie jeudi soir au stade. Une vingtaine de ses habitants sont morts, la plus jeune, Léana avait 3 ans. Rachid les connaissaient bien. Lui aussi avait ses enfants sur la promenade.

"Mes enfants ont vécu un calvaire parce qu’ils étaient sur place, ils ont été obligés de se cacher dans un restaurant. On le vit très mal. Ma fille de 8 ans me dit ‘j'ai un seul rêve c'est que ces monstres n'existent plus’. Les enfants n'ont plus de rêve de jouets mais d'être en paix. Le 14 Juillet pour nous, c'était une marque déposée de notre patrie et aujourd’hui, on l'a perdue."

À la Madeleine, c’était une tradition de descendre à pied voir le feu d’artifice. Mais les habitants ne sont pas près d’y retourner.

"C'est très dur de retourner sur…. là où on a grandi, là où on s'est amusé. J'y suis retournée pour me recueillir mais le cœur n'y est pas.  Je n’ai pas envie de rouler sur la prom’. Avec le temps, les taches s'effaceront mais elles resteront ancrées dans nos cœurs."

Vivre avec le traumatisme, une semaine après les attentats de Nice
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En bas sur la promenade, quelques tâches de sang se dessinent encore sur le bitume. Ce jeudi, il n’y avait guère que des touristes à pouvoir encore applaudir la musique.

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