Sondages de l'Elysée : six anciens proches de Nicolas Sarkozy, dont Claude Guéant, renvoyés devant le tribunal correctionnel

Le parquet national financier avait demandé le renvoi en correctionnelle de dix personnes dans l'affaire des "sondages de l'Élysée", en novembre 2018.

Patrick Buisson et Claude Guéant.
Patrick Buisson et Claude Guéant. (MIGUEL MEDINA / AFP)

L'ex-secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant, Patrick Buisson et quatre autres personnes sont renvoyés devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des sondages de l'Elysée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a appris franceinfo jeudi 29 août de source proche du dossier. Il s'agit des sondages et des conseils commandés par le palais présidentiel sans appel d'offres, entre 2007 et 2011, pour près de sept millions d'euros, pendant le mandat de Nicolas Sarkozy.

Parmi les personnes poursuivies figure Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, et le politologue Pierre Giacometti. Le juge d'instruction a ainsi suivi les réquisitions du parquet national financier. 

Anticor à l'origine de l'affaire

L'affaire avait éclaté à la suite d'une plainte de l'association anticorruption Anticor, après un rapport de la Cour des comptes en 2009. L'enquête s'est concentrée d'une part sur des commandes passées par l'Élysée auprès d'instituts de sondages comme Ipsos sans appel d'offres. Elle s'est d'autre part intéressée aux contrats noués, là aussi sans appel d'offres, avec les sociétés de Pierre Giacometti et Patrick Buisson. Il est reproché à ce dernier d'avoir refacturé des sondages à l'Elysée à des "prix exorbitants", selon les réquisitions du PNF, pour un bénéfice de quelque 1,4 million d'euros.

"Un juge qui instrumentalise la justice à des fins politiques"

Patrick Buisson a annoncé de son côté sur franceinfo qu'il va saisir la chambre de l'instruction pour demander l'annulation de la procédure. Il demande "l'annulation de toute cette procédure au motif que nous avons eu affaire à un juge d'une partialité évidente", faisant référence au juge Serge Tournaire qui a demandé son renvoi devant le tribunal. "On a affaire à un juge qui instrumentalise la justice à des fins politiques", a dénoncé Patrick Buisson. "La discrimination politique est facile à démontrer", a-t-il assuré. "Il y a eu, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, 470 prestataires de service. Je suis le seul à être mis en examen et renvoyé en correctionnelle."

"Il n'y avait pas de code de marchés publics qui s'appliquait à l'Elysée, on le sait, puisque c'est Nicolas Sarkozy qui fait venir la Cour des comptes en 2008 pour la première fois", a-t-il poursuivi. "Avant Sarkozy, les sondages étaient payés sur les fonds secrets en liquideDonc il y a discrimination. On laisse de côté 470 fournisseurs, on n'en retient qu'un seul, parce que c'est le plus politique d'entre eux, Patrick Buisson, le conseiller 'sulfureux' -sic- de Nicolas Sarkozy."

"C'est aussi le procès de Nicolas Sarkozy" 

 Selon Jérôme Karsenti, avocat d'Anticor, au contraire, "On doit se réjouir que ce procès puisse avoir lieu", a-t-il déclaré sur franceinfo. "C'est au prix d'une bataille judiciaire sans nom qu'enfin ce dossier fait l'objet d'un renvoi devant le tribunal correctionnel, avec des personnes de premier plan de l'entourage de Nicolas Sarkozy." Jérôme Karsenti regrette toutefois que "le principal responsable sera le principal absent, c'est-à-dire Nicolas Sarkozy, qui est couvert par l'immunité présidentielleMais tout le monde aura compris que c'est aussi le procès de Nicolas Sarkozy", a-t-il estimé.