Affaire Neyret : "Maintenant, il est plus voyou que les autres", racontait la femme du commissaire

"Libération" publie un récit de la vie de l'ancien numéro 2 de la police judiciaire de Lyon, Michel Neyret, actuellement mis en examen pour corruption et trafic d'influence notamment. 

L\'ancien numéro deux de la PJ de Lyon Michel Neyret, à Paris, le 4 septembre 2012.
L'ancien numéro deux de la PJ de Lyon Michel Neyret, à Paris, le 4 septembre 2012. (LAURENT ETIENNE / SIPA)

"Depuis que tu lui donnes du fric, c’est plus le même." Peu avant l'arrestation du commissaire Michel Neyret, soupçonné de corruption, trafic d’influence, violation du secret professionnel et recel et association de malfaiteurs, sa femme avait sermonné l'un de ses sulfureux contacts, Gilles Bénichou, selon les extraits de procès-verbaux d'audition publiés par Libération (pour abonnés), jeudi 28 août.

"Arrête de le gâter"

Parmi les soupçons qui pèsent sur l'ancien numéro 2 de la police judiciaire de Lyon, celui d'avoir échangé, contre des cadeaux, des services et de l'argent, des informations sur les enquêtes en cours, notamment sur celle concernant le cousin d'un "amigo" de Neyret, Gilles Bénichou, poursuivi entre autres pour "fraude fiscale".

A ce sujet, une conversation étaye les présomptions des enquêteurs, et détaille au passage la vie du commissaire les mois qui précèdent son arrestation. Il s'agit d'une écoute entre Gilles Bénichou et la femme du policier, Nicole.

"Gilles, depuis que tu lui donnes du fric, c’est plus le même. Parce que monsieur il sort, monsieur il va dépenser (…). Il passe tout dans le champagne, dans ses soirées (…). Tu me l’as pourri, Michel. (…) Maintenant, il est plus voyou que les autres. Arrête de le gâter, parce que l’autre, il sait plus où il en est", déplore l'épouse du commissaire. Et d'insister : "Ne lui donne plus de monnaie, sinon il va au casino. Il va boire des canons et en paye aux nénettes."

Prélèvement sur les saisies de drogue

L'autre accusation portée à l'encontre de Michel Neyret, sorti de prison le 23 mai 2012, après huit mois de détention provisoire, est celle d'avoir tapé dans les saisies de drogues réalisées par ses services pour rémunérer des indics.

Sur cet aspect-là, les PV consultés par Libération sont aussi éloquents. "Ça fait trois affaires qu’on fait, 1,1 tonne, 1,4 tonne, on n’a pas été capable de prendre un truc [pour le mettre de côté], ça fait chier quoi !", lance-t-il notamment à l'un de ses collègues.

Son épouse, quatre autres policiers, un douanier et trois personnes soupçonnées d'appartenir au milieu lyonnais ont également été mis en examen dans cette affaire qui a traumatisé la police.