A Tours, des tiny houses pour aider les sans-abris à rebâtir leur vie

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Tiny house
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France Télévisions

Une vingtaine de logements mobiles dont 7 tiny houses ont été installés pour accueillir des personnes en grande précarité. Un dispositif original qui doit maintenant s’intégrer dans la vie du quartier. #IlsOntLaSolution

Jusqu’à présent en France, on connaissait les tiny houses, ces fameuses maisons minuscules et mobiles, comme une solution originale aux envies de mobilité, de liberté voire de décroissance écologique de certains d’entre nous. Aujourd'hui, on estime à près de 1.000 le nombre de tiny houses présentes dans l'Hexagone même s'il est difficile de donner un chiffre précis. 

Un chiffre auquel il va falloir ajouter les 7 "tiny" installées près de Marmoutier, à Tours, sur un ancien terrain de camping en bord de Loire. Un lieu désormais baptisé La Maison et qui propose également 6 caravanes, des sanitaires et une salle à manger commune. Ici, les personnes qui vivent dans la rue peuvent trouver provisoirement, 24h/24, un logement décent et un accompagnement social. 

Des caravanes et des tiny houses, installées sur un ancien terrain de camping, en contrebas de l'autoroute. (A. Capra / France Télévisions)

De la bienveillance et de l'aide

Coté logement, les tiny houses sont équipées d’une cuisine, de placards, d’un cabinet de toilette et d’un lit surélevé pour permettre aux résidents de venir avec un ou plusieurs animaux de compagnie. Mais ce qui compte avant tout, souligne Christelle Dehghani, la directrice de l'association Entraide et Solidarités à l’initiative du projet, “c’est de pouvoir se sentir en sécurité dans un lieu où on a envie de poser ses bagages à un moment donné et de travailler par la suite"

Un peu de bien-être donc, de la bienveillance, mais aussi un suivi social, voilà ce que pourront trouver ici les résidents : "On veut les amener à rouvrir leurs droits, le RSA par exemple", explique Xavier Gabillaud, directeur de l'emploi du travail et des solidarités d'Indre-et-Loire. "Travailler aussi sur les questions de santé et proposer une mise en activité. On est certes loin de l’emploi pour l’instant pour un certain nombre. Mais on pense à l’insertion par l’activité économique"

Logement d'urgence, de nouvelles solutions

Finalement, avec ce projet, les petites maisons mobiles retrouvent leur “vocation” initiale, à savoir accueillir des personnes en difficulté. En effet, les tiny houses sont apparues en 2005 aux États-Unis après le passage de l'ouragan Katrina. Puis en 2008, elles ont permis aux familles touchées de plein fouet par la crise des subprimes de trouver un logement d’urgence. 

Une urgence qui se fait sentir en France, surtout en hiver, quand les personnes qui vivent dans la rue ne trouvent pas de place en foyers d'hébergement collectifs ou refusent de s’y rendre. La crise sanitaire a accentué les difficultés d’accès à ces logements d’urgence. Il y a un an, les pouvoirs publics ont donc lancé un appel à des solutions innovantes pour l’hébergement de ces "grands exclus". A Tours, le projet de l’association Entraide et Solidarités a été retenu parmi une quarantaine d’autres en France. Un projet soutenu par la préfecture, la ville  et l’Agence régionale de santé. 

Des obstacles au projet

Mais pour le mettre en œuvre, il a fallu batailler à plusieurs niveaux. D’abord pour trouver le terrain. Après des mois de recherches infructueuses, c’est finalement un terrain municipal (et ancien camping) situé en bord de Loire, quai de Marmoutier, qui a été retenu, un peu en désespoir de cause. Le lieu étant inondable, Entraide et Solidarités a donc opté pour des structures faciles à déplacer. D’où le choix de tiny houses ! Fabriquées chez un menuisier local, ces petits studios sur roue sont financés à hauteur de 800 000 € par l’Etat. La ville de Tours met donc à disposition le terrain et l'association Entraide et Solidarités prend le reste en charge. 

Le projet a suscité des craintes chez les habitants du quartier qui contestaient la localisation du projet. (A. Capra / France Télévisions)

Ca, c’est pour le volet financement et mise en place. L’autre gros “morceau” a été  la réaction des habitants riverains de ce terrain situé à l’est du parc de Sainte-Radegonde. La levée de  bouclier a été bien réelle comme le relate cet article de France-Bleu du 12 octobre dernier. Dans une réunion publique, les riverains ont fait part de leurs réticences (le mot semblant faible au regard des remarques faites) non pas tant au projet mais à sa localisation : "C'est un beau projet, confiait un retraité, mais pas chez nous. On a déjà eu du mal avec les gens du voyage donc on ne veut pas encore retomber dans l'insécurité. Ces gens sont incontrôlables". Thierry Lecomte, adjoint au maire du quartier de Marmoutier, ne nie pas cette opposition. "Les craintes étaient liées à l’usage de stupéfiants, à l’alcool et au bruit. Là-dessus, ils ont été rassurés. Ce qui a été proposé, c’est un suivi mensuel avec l’élu de quartier."  

Malgré ces obstacles, le projet a vu le jour et aujourd’hui, trois personnes ont déjà posé leurs bagages à La Maison.

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