"Ma thèse en 180 secondes" : trois projets scientifiques qui pourraient changer le monde

Le concours de vulgarisation scientifique s'est tenu le 1er octobre à Paris. Francetv info a relevé plusieurs thèses dont les applications semblent prometteuses. 

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l\'Education nationale (au centre), et les 16 candidats des finales de \"Ma thèse en 180 secondes\", à Paris, le 1er octobre 2015.
Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education nationale (au centre), et les 16 candidats des finales de "Ma thèse en 180 secondes", à Paris, le 1er octobre 2015. (KOCILA MAKDECHE / FRANCETV INFO)

Savez-vous ce qu'est le carpocapse ou la protéine Tau ? Sans doute pas, mais eux le savent. Et ils l'ont expliqué devant le grand amphithéâtre de la Sorbonne, à Paris, jeudi 1er octobre, lors de la finale internationale de "Ma thèse en 180 secondes". Le but de cette compétition ? Résumer des années de recherche scientifique en trois petites minutes. Le tout de manière pédagogique et ludique, pour se faire comprendre des néophytes.

Parmi les compétiteurs, huit nationalités étaient représentées, du Canada, à la France, en passant par le Burkina Faso et le Maroc. Mais c'est le mathématicien belge Adrien Deliège qui a remporté le concours pour ses travaux sur le phénomène météorologique El Niño.

"On fait tous des choses qui sont très techniques, a-t-il commenté. Mais être chercheur, ce n'est pas que des calculs, c'est aussi expliquer ce que l'on fait." Francetv info a donc choisi de vous expliquer trois sujets de thèses, présentés lors de l'événement, qui pourraient peut-être changer le monde.

1Comprendre la formation d'El Niño pour prévoir les catastrophes naturelles

"Analyse de séries temporelles climatiques basée sur les ondelettes." Si vous n'êtes pas météorologue ou mathématicien, l'intitulé de la thèse d'Adrien Deliège (qui officie, ça ne s'invente pas, à l'université de Liège) ne vous inspire sûrement rien. Le mathématicien belge s'intéresse pourtant à un phénomène météorologique connu : El Niño.

El Niño est en fait le nom donné à un courant réchauffant cycliquement les eaux du Pacifique. En étudiant les évolutions des températures de l'océan, le chercheur essaye de développer des "outils mathématiques et des programmes informatiques qui permettent d'extraire des partitions", comme en musique. Ces partitions pourraient alors permettre de prédire ces épisodes El Niño "un, deux, ou trois ans à l'avance".

Le mathématicien belge Adrien Deliège, à Paris, le 1er octobre 2015, lors de la compétition \"Ma thèse en 180 secondes\". 
Le mathématicien belge Adrien Deliège, à Paris, le 1er octobre 2015, lors de la compétition "Ma thèse en 180 secondes".  (KOCILA MAKDECHE / FRANCETV INFO)

Selon le scientifique, de nombreuses catastrophes naturelles, partout sur le globe, sont la conséquence d'El Niño. Mettre au point une méthode pour les prédire pourrait donc "permettre aux gouvernements de prendre des mesures préventives (...) et, ainsi, épargner la vie de nombreuses personnes", explique-t-il.

2Combattre Alzheimer en étudiant le glaucome

Là encore, le titre de la thèse est aride : "Rôle de la protéine Tau dans la mort des cellules ganglionnaires de la rétine au cours du glaucome." Lors de sa performance, le Québécois Marius Chiasseu est plus clair sur le contenu de ses travaux : il étudie la destruction des cellules de la rétine provoquée par le glaucome, une maladie de l’œil. Ces cellules, qualifiées de "ganglionnaires", assurent la transmission de l’information visuelle de l’œil vers le cerveau.

Lors d’expériences sur des rats de laboratoire, le biologiste a découvert que les rongeurs malades présentaient une concentration plus importante dans la rétine d’une protéine nommée Tau. Marius Chiasseu a alors tenté de traiter les rongeurs contre cette protéine. Et eurêka : chez les rats traités contre Tau, les cellules ganglionnaires survivent.

Marius Chiasseu à Paris, le 1er octobre 2015, lors de la finale de \"Ma thèse en 180 secondes\". 
Marius Chiasseu à Paris, le 1er octobre 2015, lors de la finale de "Ma thèse en 180 secondes".  (KOCILA MAKDECHE)


Mais quel est le lien avec la maladie d’Alzheimer ? Selon le chercheur, c’est cette même protéine Tau qui est en cause dans la maladie. "Ces traitements visant à réduire les effets toxiques de Tau dans le glaucome pourraient être aussi applicables pour la maladie d’Alzheimer", argue-t-il.

3Remplacer les pesticides par des huiles essentielles

Après les phénomènes météorologiques et les cellules de la rétine, intéressons-nous aux travaux du Marocain Abdel Kader Meni Mehzoum. Le biologiste a étudié le carpocapse, plus communément appelé ver de la pomme, et les moyens de le combattre.

Dans son laboratoire, le chercheur a découvert que l'huile essentielle de lavande empêche le carpocapse de rentrer dans la pomme. Mieux encore : selon lui, l'huile essentielle du romarin permettrait même d'éradiquer complètement le ver.

Mais en quoi cette découverte est-elle révolutionnaire ? Cinquante millions de tonnes de pommes sont vérolées chaque année, explique le chercheur, "soit cinq fois le poids de la tour Eiffel". Pour combattre ce fléau, des pesticides sont utilisés en grande quantité au Maroc. Ces huiles essentielles seraient donc le moyen de "lutter efficacement contre le carpocapse en tenant compte des équilibres écologiques et en renforçant une agriculture respectueuse de l'environnement", affirme Abdel Kader Meni Mehzoum.