La mystérieuse gourde du XVIIIe siècle ne contenait pas le sang de Louis XVI

La calebasse abritait un mouchoir maculé de sang séché. Selon des experts, qui ont pratiqué des analyses ADN, il ne s'agit pas de celui du souverain.

La calebasse contenant le mouchoir, qui date du XVIIIe siècle, était détenue par une famille aristocratique italienne.
La calebasse contenant le mouchoir, qui date du XVIIIe siècle, était détenue par une famille aristocratique italienne. (CARLES LAZUELA-FOX)

Le mouchoir n'était pas imbibé de sang royal. Les scientifiques travaillaient pourtant sur l'hypothèse d'un échantillon de sang de Louis XVI, mais la conclusion de leurs travaux ne laisse guère de doute sur l'authenticité de l'hémoglobine. Les experts se sont basés sur l'étude du génome de cet échantillon en le comparant avec l'apparence connue du roi, comme ils l'expliquent dans leur étude publiée le 24 avril dans la revue Scientific Reports.

Découvert en 2011, l'échantillon de sang était conservé depuis des générations par une famille aristocratique italienne dans une sorte de gourde, une calebasse (fruit servant de récipient après avoir été vidé et séché), comme le racontait Le Figaro à l'époque. La calebasse en question est finement décorée de plusieurs grandes figures révolutionnaires et comporte cette inscription : "Maximilien Bourdaloue le 21 janvier de cette année imbiba son mouchoir dans le sang de Louis XVI après sa décollation", autrement dit sa décapitation, à Paris, en 1793.

L'hypothèse d'un mouchoir ayant reçu le sang royal n'était pas invraisemblable. Plusieurs récits de la décapitation de Louis XVI décrivent les badauds se précipitant vers l'échafaud pour recueillir le liquide, à l'image de cet article du PointMais grâce au séquençage du génome, les scientifiques pensent désormais que le sang n'est pas celui du monarque.

Quelles sont les preuves des scientifiques ?

Pour expliquer leur conclusion, les auteurs de l'étude apportent trois preuves principales, comme le détaille la BBC. D'abord, tous les portraits de Louis XVI montrent un monarque aux yeux bleu clair, alors que le génome révèle une personne qui avait très probablement les yeux marron. Il n'y a que 3% de chances d'avoir une personne aux yeux bleus avec cet échantillon.

(IMAGNO / HULTON ARCHIVE CREATIVE)

De la même manière, les récits historiques et la correspondance du roi avec Marie-Antoinette décrivent un personnage d'environ 1 m 85, selon les estimations. Une taille qui était rarissime pour l'époque. Or le séquençage ne contient aucun des marqueurs génétiques présents habituellement pour les personnes de grande taille.

Enfin, les chercheurs se sont intéressés à la généalogie génétique du génome. Celui-ci indique des ancêtres venus principalement de France et d'Italie alors que Louis XVI avait, outre des ancêtres français, des ancêtres issus d'Allemagne et de Pologne, de par sa mère.

D'où vient le sang contenu dans la gourde ?

L'équipe d'experts pense que la gourde est sans doute l'œuvre d'un faussaire du XVIIIe siècle, qui cherchait à se faire de l'argent en créant un faux souvenir de la révolution. L'un des responsables de l'étude, Carles Lalueza-Fox, professeur à l'Institut de biologie évolutive de Barcelone (Espagne), explique que le sang a pu être recueilli sur un individu quelconque après sa décapitation, étant donné que la guillotine fonctionnait tous les jours pendant la révolution française. 

Les faussaires ont alors sans doute pensé que personne ne saurait jamais si le sang appartenait à Louis XVI ou pas. Manque de chance pour eux, la science a depuis fait des progrès.