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L'intelligence artificielle va-t-elle vous mettre au chômage ?

Article rédigé par Marie-Adélaïde Scigacz
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Santé : l’intelligence artificielle, grand soutien des médecins (MOPIC / AWO / AFP)

Un ordinateur est capable de se faire passer pour un adolescent de 13 ans. Le début de la fin ? Pas tout à fait. 

Loin d'être un adolescent comme les autres, Eugène Gootsman est le premier programme informatique à réussir le test de Turing. Samedi 7 juin, le logiciel est parvenu à se faire passer pour un humain au cours de plusieurs conversations, réalisées par messagerie instantanée à l'université de Reading, en Angleterre. Pour autant, ce "chatbot" (robot conversationnel) n'est pas près de vous séduire comme "l'OS" Scarlett Johansson dans le film Her. Il ne va pas non plus mettre en péril l'avenir de l'humanité comme les robots "sentinels" du dernier X-Men, ni rendre vos années lycée moins socialement douloureuses (mais si, comme dans Code Lisa).  

Mais risque-t-il de rendre l'humain ringard au point de lui piquer du boulot ? Si la voiture sans conducteur menace évidemment les chauffeurs de taxi et les routiers, des secteurs aussi variés que la finance et la médecine vont-ils devoir s'adapter à l'intelligence artificielle (IA) ? Comment une technologie à peine capable de reconnaître un chat peut-elle sauver des vies ?

Vous êtes médecin ? L'intelligence artificielle va vous aider à soigner 

Un robot peut-il identifier le mal dont souffre un patient et lui prescrire un traitement ? Selon une étude publiée en février 2013 dans la revue Artificial Intelligence in Medicine, côté diagnostic, l'homme est déjà dépassé par la machine. Deux chercheurs américains de l’université de l’Indiana ont développé une machine capable de se montrer 42% plus pertinente que l'être humain, explique Futura Sciences. Mais rassurez-vous, pour l'instant, le robot "Docteur House" n'existe pas encore. En revanche, vous serez peut-être bientôt beaucoup plus efficace et rapide que par le passé. 

Dans une enquête datée du 7 juin, le site Re/code.net (en anglais) se penche sur les promesses de l'intelligence artificielle appliquée à la médecine. Et elles sont encourageantes, particulièrement lorsqu'il s'agit de développer de nouveaux médicaments, plus vite et moins cher. La puissante start-up américaine Berg Pharma espère ainsi que son BPM 31510, en phase de test jusqu'en 2015, parviendra à traiter le cancer. Même ambition chez NantWorks, une compagnie tentaculaire dirigée par le milliardaire Patrick Soon-Shiong. A la tête d'une fortune accumulée dans la médecine, il espère pouvoir, grâce à cette technologie, "améliorer les capacités cognitives d'un être humain qui ne peut pas se remémorer des informations dans le temps dont nous disposons pour prendre la bonne décision", explique-t-il.

En d'autres termes, la machine n'a pas vocation à vous remplacer ni même à vous imiter, mais à compenser vos faiblesses (ne le prenez pas mal, mais la machine vous atomise en calcul mental, alors lorsqu'il s'agit d'analyser en quelques secondes des milliards de données…) . Cette collaboration entre l'homme et la machine apparaît à Patrick Soon-Shiong comme l'avenir de l'IA et de la médecine. C'est "l'intelligence amplifiée", ou AI 3, a-t-il expliqué au Huffington Post (en anglais), "une intelligence amplifiée, concrète et adaptable".

Vous êtes militaire ? Préparez-vous à faire la guerre avec (OK) ou contre (aïe) des robots

Il devrait y avoir dix robots pour un soldat dans l’armée américaine dans une dizaine d'années, expliquait en 2013 Scott Hartley, ingénieur et cofondateur de 5D Robotics, à Computer World. D'autres imaginent le déploiement systématique de robots armés d'ici cinq ans. A en juger par ces images, tournées pendant une démonstration effectuée sur une base de l'armée américaine, les firmes de robotique (ici HDT Robotics, iRobot, Northrop Grumman et QinetiQ) avancent rapidement vers l'autonomie de leurs engins, même lorsqu'il s'agit de manier la mitrailleuse. 

 

Même Google s'y est mis en rachetant Boston Dynamics, une firme dont l'ambition n'est autre que de travailler à rendre autonome Atlas, son robot soldat pensé pour intervenir sur des catastrophes, mais aussi, pourquoi pas, en zone de conflit. Or, “il n’y a rien dans l’intelligence artificielle ou la robotique qui pourrait faire la différence entre un combattant et un civil, entre une petite fille montrant une glace à un robot et quelqu’un pointant un fusil”, s'est inquiété dès 2012 Noel Sharkey, professeur d’intelligence artificielle à l’université de Sheffield, cité par Euronews

A l'occasion du premier débat aux Nations unies, en mai, sur le rôle futur de ces robots dans les conflits, l'ONG Human Rights Watch a demandé que l'on protège les humains de ces machines via "une interdiction préventive internationale". "Bien que ces armes ne soient pas encore déployées et que l'étendue de leur application militaire demeure floue, nous devons discuter de ces questions immédiatement, et non lorsque la technologie sera développée et répandue", a renchéri le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. 

Vous êtes policier ? Il sera plus facile de mettre la main sur les cybercriminels

Avant l'adolescent Eugene, d'autres faux adolescents ont su tromper la vigilance d'adultes. En juillet, des chercheurs espagnols ont présenté Negobot, un robot se faisant passer pour une jeune fille de 14 ans sur des forums de discussion populaires. "Argot, fautes d'orthographe délibérées, abréviations : Negobot converse de façon réaliste avec les pédophiles potentiels", expliquait alors Courrier international. En posant des questions à son interlocuteur, elle doit parvenir à obtenir un profil sur un réseau social, un numéro de portable ou un e-mail, autrement dit l'information nécessaire pour permettre aux autorités d'ouvrir une enquête. La mise en service de ce logiciel marque un tournant décisif dans l’utilisation de l’intelligence artificielle contre la cybercriminalité. 

Vous travaillez dans la finance ? Il faudra vous adapter

Le monde de la finance a été le premier à vouloir tirer profit de l'intelligence artificielle, dès la fin des années 1980. "Aujourd'hui, 70% des ordres passés sur les Bourses américaines sont le fait de ces robots virtuels. Et l'automatisation grignote d'autres fonctions de la planète finance", explique L'Express. Si l'âge d'or du trading à haute fréquence (réalisé par des machines, détaille cette note sur l'intelligence artificielle au service de la spéculation boursière, en PDF) semble révolu, "les machines se sont déjà emparées d'une partie du métier d'analyste", poursuit le site. Il se penche sur le potentiel du "big data", ou l'art d'exploiter les millions de données récoltées par les entreprises.

L'IA s'avère notamment très prometteuse lorsqu'il s'agit de prédire le cours d'une action. A tel point que la start up Kensho a reçu 10 millions de dollars de fonds d'investissement pour développer "Warren", un assistant de recherche qui (comme Siri chez Apple) engage la conversation avec vous pour vous indiquer l'état du marché, rapporte CNBC (en anglais). Son secret ? Savoir interpréter et comparer le contenu d'une énorme base de données, couplée à des informations aussi variées que la météo, des statistiques économiques ou des informations historiques. Comme un robot génial, ou l'ami le plus ennuyeux de la Terre.

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