Implants cérébraux, voitures autonomes... Cinq innovations d'Elon Musk qui vont (peut-être) révolutionner votre quotidien

Le milliardaire américain est connu pour ses projets futuristes. Conquête de l'espace, neurosciences, transports... Franceinfo s'est penché sur certaines de ces innovations.

Elon Musk lors d\'une conférence au Congrès international d\'astronautique, à Guadalajara (Mexique), le 27 septembre 2016.
Elon Musk lors d'une conférence au Congrès international d'astronautique, à Guadalajara (Mexique), le 27 septembre 2016. (HECTOR GUERRERO / AFP)

Des "hommes augmentés". C'est le nouveau projet futuriste d'Elon Musk, qui souhaite développer des implants cérébraux capables d'améliorer les capacités cognitives de l'être humain. Le milliardaire d'origine sud-africaine (naturalisé américain) s'est déjà engagé dans plusieurs chantiers d'innovations technologiques, qui semblent parfois irréalisables. Voyage sur Mars, voitures sans chauffeurs, train "supersonique"… Elon Musk va-t-il vraiment révolutionner notre quotidien ? Franceinfo s'est penché sur la question.

1Tesla : des voitures autonomes

Quel est le projet d'Elon Musk ? La plupart des constructeurs automobiles, dont la firme d'Elon Musk, Tesla, s'attèlent à développer des véhicules capables de rouler sans l'intervention de l'homme. "Les voitures seront de plus en plus autonomes dans les années à venir : les conducteurs pourront lâcher le volant ou les pédales tout en gardant une certaine vigilance sur des axes comme l'autoroute ou les routes départementales, explique à franceinfo Guillaume Crunelle, associé responsable de l'industrie automobile chez Deloitte. C'est dans ce type d’autonomie qu’a d’ores et déjà investi Tesla." 

L'entreprise commercialise ainsi plusieurs modèles disposant d'un autopilote, rappelle Numerama. Le programme a permis à un conducteur néerlandais d'éviter un accident en Belgique, à la fin décembre. A terme, Tesla veut développer des véhicules capables de rouler sans aucune intervention d'un conducteur.

Est-ce réaliste ? Le projet est non seulement réaliste, mais aussi bien avancé. "D'ici 2025 à 2030, certains véhicules auront une autonomie totale en toute situation et pourront se passer de pédales et de volant", prédit Guillaume Crunelle. Mais il faut pour cela "rendre la voiture cognitive, c'est-à-dire lui permettre de comprendre et d'interagir avec son environnement".

Pour développer cette forme d'intelligence artificielle, les constructeurs doivent faire parcourir des kilomètres à leurs véhicules : c'est "l'apprentissage machine". Un domaine dans lequel l'entreprise d'Elon Musk a l'avantage. "Tesla est actuellement le seul constructeur à avoir des voitures partiellement autonomes sur la route et à les vendre, souligne Guillaume Crunelle. Tous ses véhicules sont connectés et font remonter des informations sur leur environnement et les situations rencontrées au fil des kilomètres."

Elon Musk a anticipé ces avancées technologiques. Selon Numerama, toutes les voitures Tesla qui sortent d'usine depuis octobre 2016 disposent déjà des caméras, capteurs et capacités de calcul nécessaires qui leur permettront, dans quelques années, de se déplacer sans l'intervention d'un conducteur. Faut-il encore que les différents législateurs autorisent et encadrent ce mode de transport.

2Hyperloop : un train "supersonique"

Quel est le projet d'Elon Musk ? Relier en train Paris à Marseille en 45 minutes (contre trois heures aujourd'hui) ou Los Angeles à San Francisco en une demi-heure (contre une dizaine d'heures). Pour révolutionner les transports ferroviaires, Elon Musk pilote un projet surréaliste : l'Hyperloop. Ce "train supersonique", porté par un coussin d'air, circulerait à une vitesse de 1 000 km/h dans un tube.

L'entrepreneur n'a pas directement investi dans le projet : il n'a pas déposé de brevet, invitant les ingénieurs du monde entier à plancher sur sa faisabilité. Résultat, plusieurs start-up se sont emparées de l'idée. L'une d'elles, Hyperloop One, a pour cela levé 160 millions de dollars, en s'associant notamment à des partenaires internationaux, comme la SNCF et la société d'ingénierie française Systra (filiale de la SNCF et de la RATP). Hyperloop One a effectué un premier essai grandeur nature dans le désert du Nevada, le 11 mai 2016.

Est-ce réaliste ? Hyperloop One veut commercialiser la première ligne supersonique en 2021, rapporte L'ExpressMais il reste encore des difficultés majeures : l'accumulation de l'air sur le nez de l'appareil et la température élevée dans le tube. "Toutes les technologies nécessaires existent, assure à l'hebdomadaire Sébastien Gendron, patron de la start-up canadienne Transpod, qui travaille également sur le projet. Il nous faut simplement réussir à les imbriquer." Selon L'Express, les constructeurs veulent installer un compresseur pour aspirer l'air à l'avant de l'Hyperloop et utiliser des composants chimiques pour absorber la chaleur dégagée par le passage du train.

Mais le projet ne soulève pas que des questions technologiques. "[Elon Musk] l'imagine sur des pylônes, installés le long de l'autoroute. Mais mener de tels travaux causera d'importants embouteillages pendant des années, écrivait Business Insider (en anglais) dès 2013. Cela va être difficile à vendre aux gens." 

Les autorités pourraient également décider de limiter la vitesse de déplacement du train en zone urbaine, suppose The Verge (en anglais). "Les gares pourraient s'implanter loin des centres urbains pour des questions juridiques, explique le site. Serions-nous toujours excités en apprenant qu'un voyage de 30 minutes est en fait un voyage de 3 heures ?"

3Space X : des colonies sur Mars

Quel est le projet d'Elon Musk ? Space X est déjà chargé de ravitailler la Station spatiale internationale avec sa capsule Dragon. Mais le patron de la firme, Elon Musk, voit beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin. Jusqu'à Mars. Le milliardaire veut en effet créer une ville sur la Planète rouge. Il compte ainsi permettre à des humains de gagner Mars dès 2022, à bord de grands vaisseaux équipés de cabines. La facture pour un tel voyage s'annonce salée : 100 000 dollars par personne.

Est-ce réaliste ? Il y a trois étapes de difficulté croissante pour un vol habité vers Mars, selon l'astrophysicien Francis Rocard, responsable des programmes d'exploration du système solaire au Centre national d'études spatiales (Cnes) : "Survoler Mars, se mettre en orbite autour de la planète et s'y poser."

Si la première étape (une mission d'un an et demi à deux ans) est relativement facile, la deuxième est déjà très complexe du point de vue des infrastructures. "Il faut construire un vaisseau pouvant s'insérer dans l'orbite de Mars et y rester soit 30 jours (avec un vol retour de plus d'un an), soit 500 jours avant de pouvoir en sortir", explique Francis Rocard. La Nasa envisage ce genre de mission, au mieux, dans les années 2030. "Prévoir un vol de ce type en 2025, comme le fait Elon Musk, est donc déjà extraordinairement optimiste !"

Pour qu'un humain puisse, ensuite, se poser sur Mars, il faudrait que des infrastructures (logements, laboratoires, véhicules, centrale d'énergie) y soient préalablement installées. "Pour l'instant, ce projet est au stade de l'étude", tempère l'astrophysicien. La Nasa n'envisage pas, en outre, de "coloniser Mars" de façon permanente, comme le propose Elon Musk. "La priorité, c'est de déterminer ce qui va être fait dans les dix prochaines années et comment, poursuit Francis Rocard. La première étape n'est d'ailleurs pas martienne, mais lunaire : la Nasa veut installer une petite station spatiale dans l'orbite de la Lune." Selon l'expert, "le voyage d'un humain sur Mars serait donc plutôt jouable pour 2050 ou 2055, dans l’hypothèse réaliste d’un budget de la Nasa en croissance modeste."

4Boring Company : un réseau de tunnels en ville

Quel est le projet d'Elon Musk ? La Boring Compagny semble bien porter son nom ("boring" peut signifier "ennuyeux" ou "creuser" en anglais). Ce projet est, en effet, moins innovant et excitant que d'envoyer des humains sur Mars. Le milliardaire veut creuser un gigantesque réseau de tunnels à plus de 15 m de profondeur, pour régler le problème des embouteillages urbains, explique Bloomberg (en anglais).

Il envisage jusqu'à 30 niveaux de voies souterraines, permettant aux voitures et aux trains (dont l'Hyperloop, évidemment) de circuler sans encombrer les rues. "Il est évident que cette organisation en 3D répondra aux besoins en matière de transports des villes de n'importe quelle taille", assure Elon Musk à Wired (en anglais). Pour réaliser ce projet titanesque, la Boring Company doit toutefois "trouver comment augmenter la vitesse de forage des tunnels de 500 à 1 000%". Rien que ça.

Est-ce réaliste ? Pour l'instant, la Boring Company est un projet flou. Elon Musk a déjà commencé à creuser un tunnel "test" sur le terrain du siège de Space X, à Los Angeles, explique Wired. Mais, de l'aveu même du milliardaire, "nous n'avons aucune idée de ce que nous faisons". La Boring Company n'a d'ailleurs pas encore d'employés, selon Bloomberg.

Il est, en outre, difficile d'accélérer le processus de forage des tunnels, note Wired"L'expérience récente aux Etats-Unis montre que les habitants s'inquiètent, que l'on risque d'entrer en conflit avec plusieurs lois sur l'environnement et qu'on ne sait jamais vraiment ce qu'il y a dans le sol", souligne Michael Manville, chercheur en urbanisme à l'université de Los Angeles (UCLA). Une solution moins coûteuse, complexe et chronophage aux embouteillages serait donc de développer les transports en commun pour que les habitants utilisent moins leur voiture, estime Wired.

5Neuralink : des implants pour communiquer avec les machines

Quel est le projet d'Elon Musk ? Le dernier défi d'Elon Musk semble tout droit sorti d'un livre de science-fiction. Le milliardaire a créé une entreprise pour développer des implants afin de relier le cerveau à des machines, rapporte le Wall Street Journal (article abonnés, en anglais), lundi 27 mars. L'objectif serait d'inventer un "cordon neuronal" pour permettre à l'homme de communiquer directement avec la technologie, sans avoir à utiliser sa voix ou ses mains. Bref, de créer des sortes "d'hommes augmentés".

"Nous sommes déjà des cyborgs, a estimé Elon Musk dans un entretien avec Vanity Fair (en anglais), à la fin mars. Votre téléphone ou votre ordinateur sont des extensions de vous-même, mais les interfaces (vos doigts ou votre voix) sont très lentes." Le milliardaire espère développer la technologie nécessaire pour diriger les machines avec nos pensées d'ici "quatre ou cinq ans".

Est-ce réaliste ? Là encore, le projet d'Elon Musk est flou. Les recherches de Neuralink pourraient servir à traiter certaines pathologies neurologiques, comme la maladie de Parkinson. "On sait déjà qu'en stimulant directement les neurones chargés de la production de dopamine, on peut faire disparaître les tremblements causés par la maladie", explique Claude Touzet, du laboratoire de neurosciences intégratives et adaptatives de l'université d'Aix-Marseille, à franceinfo.

Pour le chercheur, le but d'Elon Musk serait toutefois plus ambitieux : avoir une "image précise du fonctionnement du cortex", qui reste méconnu. Pour avoir une cartographie détaillée de l'activité cérébrale, il faudrait implanter 160 000 électrodes dans le cerveau. "Aujourd'hui, on arrive à en implanter quelques dizaines, peut-être quelques centaines", souligne Claude Touzet. Pour avoir l'image de quelqu'un en train de penser, Neuralink devrait donc développer des nano-électrodes "capables de venir se placer seules dans le cerveau, via le système sanguin".

Pour l'instant, cette innovation n'existe pas. Mais la nano-robotique est un domaine dans lequel les progrès sont fulgurants. "Elon Musk n'est pas entravé par les questions de financement, de publication ou de commission : voilà pourquoi ses entreprises progressent si vite, estime Claude Touzet. Réaliser de telles innovations en quatre ou cinq ans semble un peu court. Mais il n'est pas impossible, avec les bons chercheurs et les fonds dont il dispose, qu'Elon Musk soit à l'origine d'importantes avancées dans le domaine des neurosciences."