Une mère accouche sur l'A20 et perd son bébé, Hollande demande une enquête

Faute de maternité à proximité de chez elle, la jeune femme avait pris la direction de Brive, situé à une heure. Le drame relance le débat sur les déserts médicaux.

Capture d\'écran de l\'hôpital de Brive (Corrèze), où se rendait une femme contrainte d\'accoucher sur l\'autoroute, causant la mort du nourrisson, vendredi 19 octobre 2012.
Capture d'écran de l'hôpital de Brive (Corrèze), où se rendait une femme contrainte d'accoucher sur l'autoroute, causant la mort du nourrisson, vendredi 19 octobre 2012. (GOOGLE MAPS / FTVI)

SANTE - "Le drame qui s'est produit hier (...) nous appelle une nouvelle fois, encore, à ne rien accepter en matière de désert médical." Devant le congrès de la Mutualité française réuni à Nice, François Hollande a demandé samedi 20 octobre une enquête administrative à la suite de la mort d'un nouveau né, dans le Lot, alors que la mère avait été contrainte d'accoucher sur l'autoroute, ne pouvant atteindre à temps la maternité la plus proche, à une heure de route.

Le drame a relancé la polémique sur les déserts médicaux. FTVi fait le point.

Des enquêtes ont été lancées

"C'est pourquoi j'ai demandé à la ministre des Affaires sociales [Marisol Touraine] de diligenter une enquête administrative pour tout connaître des conditions de ce drame", a poursuivi le chef de l'Etat. 

Un peu plus tôt, déjà, le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy, avait demandé à l'Agence régionale de santé (ARS) que la lumière soit faite sur cet accouchement. "Ce drame se serait-il produit s'il y avait eu une maternité plus proche ?" s'est-il interrogé avant de poursuivre: "Nous avons dit les risques liés à la fermeture de la maternité. Une enquête sera évidemment diligentée. Je demande expressément à l'Agence régionale de santé de nous en transmettre les conclusions intégrales".  

Dans le Lot, 30 minutes pour rejoindre une maternité

Le Lot a perdu en 2009 sa maternité de Figeac, et celle de Gourdon quelques années plus tôt. Le département de 170 000 habitants, ne compte plus qu'une seule maternité, à Cahors. 

Lors de la fermeture de la maternité de Figeac, de nombreux médecins et agents hospitaliers du Lot avaient alerté contre les risques liés à la désertification médicale. Ils avaient alors dénoncé un arbitrage budgétaire dangereux.

Selon une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), citée par La Dépêche du midi, le Lot figure "parmi les huit départements dans lesquels 'plus de la moitié des femmes accouchent à une demi-heure ou plus de leur domicile alors que moins de 15 % sont dans ce cas en Île-de-France et dans le département du Nord'".

C'est pourquoi François Hollande a également répété samedi un de ses engagements formulés pendant la campagne: "aucun Français ne doit se trouver à plus de 30 minutes de soins d'urgence"

Des précédents inquiétants 

Martin Malvy a d'ailleurs relaté un autre accouchement qui aurait pu tourner au drame. Une femme vivant près de Figeac aurait pu elle aussi perdre ses jumeaux. Comme elle ne pouvait pas se déplacer, un hélicoptère décolle de Toulouse pour la prendre en charge. A cause du brouillard, il ne peut pas se poser et c'est finalement une ambulance qui va chercher la femme enceinte pour la conduire à Toulouse. Mais en route, le véhicule est dérouté vers Bordeaux, où elle accouche finalement, à plus de 300 kilomètres de chez elle.  

Le Lot n'est pas un cas isolé

Selon Michel Antony, président de la Coordination nationale pour la défense des hôpitaux et maternités de proximité, le Lot n'est pas un cas isolé. D'après lui, entre huit et neuf départements ne disposent plus que d'une seule maternité, et la région parisienne et le Sud-Est ne sont pas épargnés, à l'image des menaces pesant sur la maternité des Lilas ou de la fermeture en mars de la maternité de La Seyne-sur-Mer (Var).

Les politiques publiques mises en cause

Pour cette Coordination, le drame de l'A-20 illustre "l'aspect néfaste des regroupements de maternité". Et d'exiger un "moratoire sur les fermetures de maternités". 

Interrogé sur France Info, le président du syndicat national des gynécologues obstétriciens, Jean Marty, a lui aussi mis en cause les politiques publiques."La désertification médicale, dont on s'étonne, c'est effectivement la conséquence de cet abandon par l'administration de tout ce qui n'est pas les pas grosses structure, explique-t-il. On sait, que lorsqu'une maternité ferme, toutes les compétences médicales (...), tous les praticiens qui ont travaillé dans cette maternité, ne vont pas travailler dans les structures qui regroupent les maternités fermées."   

UFC-Que Choisir avait tiré la sonnette d'alarme

Dans une étude publiée mardi, l'association de consommateurs UFC-Que choisir a couplé les disparités géographiques liées aux déserts médicaux et aux dépassements d'honoraires. Pour quatre spécialités médicales, dont la gynécologie, l'association avait dénoncé, carte à l'appuie, "l'intolérable fracture sanitaire" en France.

 
Une inquiétude partagée samedi par François Hollande : "dans certaines zones rurales, dans certains quartiers difficiles, il est devenu compliqué et parfois même impossible d'avoir recours à certains spécialistes dans une durée raisonnable, voire de trouver un généraliste, et même d'accéder en temps utile à des structures de soins", a-t-il déclaré devant le Congrès de la Mutualité française.