Enquête après la mort d'un bébé faute de place à la maternité

Alors que son accouchement devait être programmée, la future mère a été renvoyée chez elle par la maternité de Port-Royal, à Paris.

La maternité a lancé une enquête interne mais reconnaît déjà une \"saturation totale\" le jour où le rendez-vous a été annulé.
La maternité a lancé une enquête interne mais reconnaît déjà une "saturation totale" le jour où le rendez-vous a été annulé. (SÉBASTIEN RABANY / PHOTONONSTOP / AFP)

L'accouchement devait avoir lieu jeudi 31 janvier mais, faute de place à la maternité, le déclenchement n'a pas eu lieu. Le lendemain, le bébé est mort dans le ventre de sa mère. "Un bébé ne doit pas mourir à Paris en 2013 faute de place à l'hôpital", clame Stéphane, le père, dans Le Parisien dimanche. Comme il l'avait annoncé, il a porté plainte contre la maternité de Port-Royal, dans le 14e arrondissement de la capitale, pour "homicide involontaire par négligence" car il estime que l'établissement est fautif. 

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé, dimanche, une "enquête exceptionnelle à la fois administrative et médicale, qui sera lancée dès lundi pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce drame". Invitée de l'émission "C Politique" sur France 5, elle a réaffirmé que les parents "ont droit à la vérité, (…) à une information transparente".

La ministre, qui a précisé avoir "été en contact avec le le papa", a indiqué avoir également "demandé une étude rapide, très rapide, qui ait lieu demain, en 24 heures, 48 heures, entre les hôpitaux de Paris, l'Agence régionale de santé, et qui nous permette de comprendre ce qui s'est passé". Le parquet a confirmé l'ouverture d'une enquête préliminaire, alors qu'une enquête interne est déjà en cours.

Que s'est-il passé ?

Stéphane et Déborah avaient rendez-vous jeudi à 7 heures à la maternité, afin de déclencher l'accouchement. La grossesse de la jeune femme était considérée "à risques" en raison d'une possibilité d'accouchement précoce, selon Le Parisien, qui rapporte que le col de l'utérus de Déborah était "diagnostiqué" "dilaté, modifié et favorable". L'absence de mobilité du fœtus inquiète les futurs parents.

A 7 heures, le couple est finalement prié de se présenter à 11 heures, puis est redirigé dans l'après-midi aux urgences de Port-Royal, où une "sage femme débordée" leur dit de "rentrer" chez eux, selon Stéphane.

Après avoir demandé en vain une prise en charge dans une autre maternité parisienne, le couple finit par rentrer. Dans la nuit, Déborah sent que son bébé ne bouge plus et le couperet tombe aux urgences : l'enfant est mort in utero. L'accouchement est finalement déclenché vendredi à midi, selon le quotidien.

Que répond la maternité ?

"Le déclenchement était bien prévu jeudi", confirme au Parisien Dominique Cabrol, gynécologue obstétricien et chef de la maternité Port-Royal, mais "on était en saturation totale". Une enquête interne a été ouverte afin de "déterminer si on est passé à côté de quelque chose". Dominique Cabrol affirme que lors du passage aux urgences, "le rythme [cardiaque du bébé] était normal" et que "rien ne laissait présager qu'il y avait un risque".

Une autopsie va être réalisée mais le médecin estime qu'"on peut penser que, si la jeune femme avait accouché comme prévu, le bébé serait vivant""Mes équipes sont choquées par le décès de ce bébé", affirme-t-il, tout en déplorant le manque de moyens des structures de santé en France et en reconnaissant que son "hôpital tout neuf est plutôt privilégié". La nouvelle maternité de Port-Royal a en effet ouvert le 15 février 2012 et est censée pouvoir prendre en charge quelque 6 000 accouchements par an. "De par son environnement (services de médecine et chirurgie, réanimation adulte, réanimation néonatale et pédiatrie), elle permet la prise en charge des femmes enceintes présentant des pathologies maternelles lourdes, ou un risque d'accouchement très prématuré ou une pathologie fœtale malformative nécessitant une prise en charge néonatale spécifique", assure son site internet.