Décès d'un jeune rugbyman amateur : "On est passé d'un sport d'évitement à un sport de téléscopage", alerte un neurochirurgien

Après la mort ce week-end d'un jeune rugbyman à Dijon lors d'un tournoi entre écoles d'ingénieurs, Jean Chazal, professeur neurochirurgien, alerte mardi sur franceinfo sur l'évolution du rugby, notamment dans le milieu amateur.

Ballon de rugby au stade Chaban-Delmas.
Ballon de rugby au stade Chaban-Delmas. (PIERRE BRETEAU / FRANCE-BLEU GIRONDE)

"Dans le rugby, on est passé d'un sport d'évitement, de réflexion et de combat stratégique, à un sport de téléscopage", alerte mardi 8 janvier sur franceinfo Jean Chazal, professeur neurochirurgien et doyen honoraire de la faculté de médecine de Clermont-Ferrand, après la mort ce week-end d'un jeune amateur de rugby à Dijon, lors d'un tournoi entre écoles d'ingénieurs. Le 12 décembre, un joueur de l'équipe espoir du Stade français succombait déjà quelques jours après un plaquage. "Il faut impliquer les dirigeants mais aussi les présidents, les entraîneurs, les coachs, les joueurs eux-mêmes (...) y compris les universitaires", renchérit le professionnel de la santé.

franceinfo : En début d'année dernière, vous préveniez qu'il y aurait des morts. Vous aviez raison, et cela arrive aussi dans le monde amateur...

Jean Chazal : Le sport, quel qu'il soit, comporte des amateurs et des professionnels, et les amateurs prennent exemple sur les professionnels. (...) Dans le rugby, nous sommes passés d'un sport d'évitement, de réflexion et de combat stratégique, à un sport de téléscopage.


Les gabarits augmentent, et les corps-à-corps sont plus violents ?

Les gabarits augmentent en milieu amateur, mais peut-être pas autant que dans le milieu professionnel. Dans le monde professionnel, on peut se poser la question de la raison de cette augmentation : un surentraînement, mais aussi des apports nutrionnels... Dans le monde amateur c'est moins vrai, et ça fait des dégâts : les gabarits n'augmentent pas, les protections musculaires non plus, et on s'est donc tourné vers un rugby d'affrontement.

C'est l'éducation des joueurs qu'il faut changer ?

Il faut tout reprendre, et tout mettre sur la table sans langue de bois. Il faut donner les vrais chiffres. Notre président [Paul Goze, président de la Ligue nationale de rugby] a dit que le rugby était plus sécurisé, avec de moins en moins de blessures, de moins en moins graves. (...) Pourtant, dans le journal L'Equipe en début de saison, on lit que le nombre de blessures a doublé en quatre ans : on est passé de 600 blessures à 1 100 dans le milieu professionnel. Il faut impliquer les dirigeants mais aussi les présidents, les entraîneurs, les coachs, les joueurs eux-mêmes, qui sont concernés et qui pour certains ont peur (...) Il faut convoquer tout le monde y compris les universitaires, comme cela se fait dans les pays anglo-saxons.