Transplantation d'un rein de porc sur un humain : "C'est un espoir majeur", analyse un spécialiste

Pour le professeur Olivier Bastien, expert de la greffe, la transplantation d'un rein de porc génétiquement modifié sur un humain représente une avancée considérable dans les travaux sur le sujet. 

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Radio France
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Le rein d'un porc génétiquement modifié est préparé pour être greffé à un homme en état de mort cérébrale, le 25 septembre 2021 à New York (Etats-Unis). (AFP PHOTO / JOE CARROTTA FOR NYU LANGONE HEALTH)

La greffe d'un rein de porc sur un humain représente "un espoir majeur" pour les scientifiques qui travaillent sur les transplantations, a estimé sur franceinfo jeudi 21 octobre le professeur Olivier Bastien, expert de la greffe et ancien directeur de l'activité de prélèvement et de greffes d'organes à l'Agence de biomédecine. Le 25 septembre, une opération de ce type a en effet eu lieu dans un hôpital de New York aux Etats-Unis, ce qui constitue une première mondiale.

Ce rein de porc, génétiquement modifié pour éviter un rejet par l'organisme, a été connecté aux vaisseaux sanguins d'un patient en état de mort cérébrale. Il a fonctionné correctement pendant deux jours et demi chez un humain, en produisant notamment de l'urine.

franceinfo : Cette première mondiale représente-t-elle l'avenir de la greffe ?

Olivier Bastien : C'est l'un des espoirs, peut-être pas le seul, mais c'est un espoir majeur. On sait depuis longtemps que la transplantation est l'une des pistes principales pour faire coïncider les besoins et les possibilités de greffes. Des avancées considérables ont été réalisées, notamment la possibilité de modifier certains gènes, pour rendre le greffon non-détéctable par le système immunitaire. Beaucoup d'équipes travaillent sur ce projet de recherche depuis plusieurs années,  en Asie, parce qu'il n'y a pas la possibilité de prélèvement sur les personnes décédées comme en France, et aux Etats-Unis. La Chine, le Japon et la Corée du Sud sont très en avance sur ces programmes de recherche sur les transplantations, en particulier pour des choses que l'on voit moins, comme la cornée.

De telles expérimentations sont-elles possibles en France ?

La France travaille beaucoup sur les plans expérimental et fondamental. C'est d'ailleurs une Française [Emmanuelle Charpentier] qui est à l'origine d'un système qui permet de modifier les gènes, appliqué aux transplantations. Mais, après l'épisode de la vache folle, les recherches cliniques sur la transplantation ont été arrêtées.

Peut-on imaginer des élevages de cochons à seule fin de greffe ?

Absolument, il y a même eu il y a quelques années un début de constitution d'une ferme "germ free". Il faut non seulement que le cochon soit compatible sur le plan immunologique, mais il faut également qu'il soit garanti sans aucun microbe. Cela nécessite donc des conditions d'élevage très particulières, de manière quasiment stérile. C'est l'un des enjeux.

Y a-t-il encore des gens qui meurent dans l'attente d'un rein ?

Oui, des personnes meurent de l'ensemble des maladies qui favorisent l'insuffisance rénale. Le rein et le cœur sont des sujets de recherche majeurs, parce que les greffes de cœur ont diminué ces deux dernières années. Il y a de gros besoins, sans compter que l'activité de greffe a baissé de 25% pendant la crise sanitaire. On va rattraper le niveau d'avant mais les besoins nécessitent aussi de s'orienter vers d'autres types de greffe. On cherche bien sûr à développer la greffe de rein avec des donneurs vivants, car nous n'y avons pas assez recours, mais pour le cœur ce n'est pas possible. Il faudra donc d'autres solutions, comme le cœur artificiel mais aussi la xénogreffe.

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