VIH : trois questions sur la recherche d'un vaccin à ARN messager contre le sida

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Un médecin prépare un vaccin. Photo d'illustration. (TEK IMAGE/SCIENCE PHOTO LIBRARY / ABO / AFP)

Poussés par le succès des vaccins à ARNm contre le Covid-19, des laboratoires travaillent sur une extension à d'autres maladies.

Les vaccins à ARN messager se sont imposés en pleine pandémie de Covid-19. Développés en un temps record, ils ont permis de réduire les contaminations et de freiner l'épidémie dans les pays où les campagnes de vaccination ont été les plus précoces, les plus rapides et les plus massives. Ces innovations médicales font naître de nouveaux espoirs dans le traitement des cancers, des infarctus, des maladies pulmonaires, mais aussi dans la lutte contre le sida. Le laboratoire américain Moderna, qui a développé l'un des vaccins à ARN messager contre le Covid-19, a ainsi annoncé qu'il débutait un essai clinique d'un vaccin contre le sida, élaboré à l'aide de cette technologie, jeudi 19 août. Le laboratoire va commencer à évaluer deux candidats vaccins. La phase 1 qui a été lancée doit s'achever mi-2023. 

1Comment fonctionne ce type de vaccin ?

Le principe est le suivant : pour prodiguer une immunité aux personnes vaccinées, le vaccin utilise l'ARN messager, une sous-catégorie d'acide ribonucléique, molécule similaire à l'ADN, pour fournir à l'organisme une protection nécessaire pour lutter contre une maladie. Découvert en 1961 par deux chercheurs français de l'Institut Pasteur, François Jacob et Jacques Monod, l'ARN messager joue un rôle important dans le métabolisme car il permet la création de protéines au sein des cellules. Il sert en effet de vecteur en apportant aux cellules le "mode d'emploi" nécessaire pour fabriquer des protéines. L'ARN messager, très fragile, disparaît rapidement après avoir transmis ces informations.

Dans le cas de la lutte contre le Covid-19, il s'agissait de produire des protéines antigènes, capables de développer une immunité ciblant le Sars-CoV-2, le virus responsable du Covid-19. Les avantages de cette technique sont nombreux : l'ARN messager est facile à reproduire et son utilisation dans un vaccin permet de se passer d'agent infectieux.

Avant d'être envisagée dans la lutte contre le Covid-19, l'ARN messager était déjà au centre de plusieurs études. Jugée délicate en raison de la fragilité des molécules d'ARN messager, la technique était néanmoins considérée, depuis des années, comme prometteuse car elle pourrait s'appliquer à de nombreux virus, mais également à d'autres pathologies. Des recherches sont ainsi menées pour élaborer des vaccins contre le paludisme, le cancer ou encore les infarctus. 

2 Comment pourrait-il servir à la lutte contre le sida ?

Dans le cas du sida, le syndrome d'immunodéficience est causé par un rétrovirus : le VIH. Des traitements antirétroviraux existent, mais ils permettent uniquement de rendre la charge virale du virus indétectable et de rendre le VIH intransmissible. Un vaccin à ARNm viserait quant à lui à apporter une protection en amont, en prévenant l'activation du virus. Comme le rappelle Moderna dans une note de présentation (en anglais) datée de début août, le sida est une pandémie contemporaine qui touche 38 millions de personnes dans le monde, fait  chaque année 2 millions de nouveaux malades et cause la mort de 690 000 personnes. 

Un vaccin efficace contre le sida sera toutefois complexe à élaborer, préviennent les scientifiques. "Le VIH est un virus très différent du Sars-CoV-2 en ce qu’il s’intègre, c’est-à-dire qu’il a pour particularité d’intégrer son matériel génétique dans le chromosome des cellules qu’il infecte", rappelait en juillet Jean-Christophe Paillart, directeur de recherches au CNRS, à Numerama. Et cette différence de fonctionnement "le rend beaucoup plus difficile à cibler puisqu’il se transmet d’une cellule à une autre et qu’il peut rester en dormance dans la cellule infectée". Pour lutter efficacement contre le VIH, il faudrait que le vaccin soit en mesure de produire suffisamment d'anticorps neutralisants capables d'identifier et d'inactiver le rétrovirus. 

3Où en est la recherche ?

Plusieurs laboratoires mènent des recherches pour développer un vaccin contre le sida à destination des jeunes non contaminés par le VIH. En février 2021, les premiers résultats (en anglais) d'un essai clinique mené par l'International AIDS Vaccine Initiative and le laboratoire Scripps Research ont confirmé la possibilité de développer une réponse immunitaire contre le VIH via la vaccination. Mais la protection apportée n'était pas suffisante.

Les détails de l’essai clinique de Moderna, qui commence le 19 août, ont été publiés le 11 août sur le site ClinicalTrials (en anglais) de l’organisme américain NIH. Cet essai de phase 1 sera réalisé sur un échantillon de 56 personnes âgées de 18 à 50 ans non-infectées par le VIH et en bonne santé. Moderna entend pouvoir évaluer d'ici dix mois la sécurité de ses deux candidats vaccins, en s’assurant qu’ils ne provoquent pas d’effets secondaires dangereux et qu’ils enclenchent une réponse immunitaire efficace. Les résultats de la première phase sont attendus mi-2023, mais les scientifiques se donnent encore une dizaine d'années de travaux pour voir leurs recherches aboutir.

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