Droits des résidents d'Ehpad : "Le modèle doit évoluer vers un modèle beaucoup plus humain", affirme le fondateur de PapyHappy

"Le modèle de l'Ehpad doit évoluer" et s'adapter "à une population beaucoup plus vieillissante, dépendante et qui a besoin de lien social", affirme sur franceinfo Joachim Tavares, président-fondateur de PapyHappy, après un rapport de la Défenseure des droits sur les droits des résidents.

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Une résidente attend son déjeuner dans un Ehpad à Paris, le 4 mars 2021. (MARTIN BUREAU / AFP)

"Le modèle de l'Ehpad doit évoluer vers un modèle beaucoup plus humain, s'adaptant à une population vieillissante, dépendante et qui a besoin de lien social", a affirmé mardi 4 mai sur franceinfo Joachim Tavares, président-fondateur de PapyHappy et ancien directeur d'Ehpad, alors que Claire Hédon, la Défenseure des droits, a publié un rapport sur le respect des droits fondamentaux des personnes âgées hébergées dans les Ehpad. Les droits de ces résidents à une vie privée et familiale ont été plus entravés au cours de la crise sanitaire que pour le reste de la population. "Le Covid a peut-être montré il y a un changement de réflexion et de travail à avoir" dans les Ehpad, estime Joachim Tavares. Mais il attend aussi que "les pouvoirs publics" donnent les moyens aux établissements "d'apporter du bien-être" aux résidents.

franceinfo : Est-ce que vous constatez cette aggravation, ces inquiétudes des familles, des résidents, à travers les avis qui vous parviennent ?

Joachim Tavares : Oui. On a une proportion d'avis qui nous montre le problème qui pouvait exister par rapport au manque de liberté. Néanmoins, beaucoup de familles remercient le travail des salariés, le fait qu'ils soient présents quotidiennement. Ce problème d'isolement, ces problèmes qu'il peut y avoir entre résidents dans un établissement, c'est quelque chose qui est très vieux, qui est latent. Le Covid a peut-être montré qu'il y a un changement de réflexion et de travail à avoir dans les établissements, en y incorporant le monde extérieur, les familles, les enfants et aussi de donner plus de moyens aux Ehpad.

Est-ce que la crise a mis en lumière ces dysfonctionnements, à savoir que les Ehpad étaient le parent pauvre des politiques publiques ?

Oui, tout à fait. Surtout, on n'a pas anticipé l'évolution démographique de nos seniors. On n'a pas pris la mesure du travail qu'il y avait à faire pour pouvoir bien s'occuper d'eux. Je l'ai vécu en tant que directeur d'Ehpad. On le voit quotidiennement sur PapyHappy avec les échanges que l'on peut avoir avec les familles, mais aussi avec les professionnels de la santé.

"Le modèle de l'Ehpad doit évoluer, doit avancer vers un modèle beaucoup plus humain, s'adaptant aux gens et surtout, s'adaptant à une population beaucoup plus vieillissante, dépendante et qui a besoin de lien social."

Joachim Tavares, président-fondateur de PapyHappy

à franceinfo

C'est primordial. Ce lien social va venir des établissements. Mais c'est aussi les familles qui doivent jouer leur jeu et être présentes. Malheureusement, les modèles sociétaux font qu'on part pour le travail, qu'on est un peu plus distant par rapport à ses parents, ses grands-parents. Et ça, ça leur fait du mal parce que personne ne pourra jamais remplacer un enfant et un petit enfant. Nos pouvoirs publics doivent donner les moyens aux Ehapd, qu'ils soient publics, privés ou associatifs, de pouvoir combler tant bien que mal ce manque affectif, mais surtout apporter du bien-être, que ce soit par rapport à la qualité de l'hébergement, par rapport à la qualité de la restauration, par rapport à la qualité du service. Et que les gens soient présents pour nos aînés.

La défenseure des droits semble aussi dire que les directeurs d'établissement ont trop de pouvoir.

Quand vous avez dirigé un Ehpad, je ne pense pas qu'on peut dire que l'on a trop de pouvoir. On gère de l'humain par l'humain, et Dieu sait que ce n'est pas évident en soi. Effectivement, parfois, il faut faire des choix. En 2020, il y avait des choix à faire et peut-être, parfois, cela n'était pas les bons. Mais dans la grande majorité, ces choix se sont révélés pertinents. Et quand vous devez gérer un établissement où vous avez 70, 80, 100 personnes âgées, malheureusement, il y a des décès. Mais surtout, ce qu'il faut voir, ce sont les personnes qui sont là et qu'il faut continuer à accompagner. Et parfois, il y a des décisions qu'on doit prendre qui sont peut-être un petit peu dures et un peu compliquées à expliquer aux familles. Néanmoins, à un instant T, il faut prendre une décision. Quand vous êtes un directeur ou une directrice, vous êtes aussi un être humain. Chaque directeur de France, quand il prend une décision, il le fait parce qu'il a des résidents et des salariés et qu'il estime avoir pris la meilleure décision.

Remettre l'humain au cœur des Ehpad, cela veut dire qu'on a oublié l'humain ?

Oui et surtout, on a oublié quelque chose de très important, c'est qu'avec le vieillissement de la population, le taux d'encadrement, le personnel, n'est plus assez suffisant par rapport ce qui a existé il y a dix ou 15 ans. Et on le voit aussi au domicile où l'on se rend compte que les gens sont isolés. Je pense qu'il faut mettre l'être humain, mettre nos papys et nos mamys au centre de nos préoccupations et faire en sorte que l'on puisse leur apporter le bonheur et le bien être qu'ils méritent pour leur fin de vie.

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