Vidéo Notre dépendance envers la production asiatique à l’origine de plus d’un tiers des pénuries de médicaments

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Pénuries de médicaments : à l'origine de plus d'un tiers d'entre elles, notre dépendance envers la production asiatique

En trois décennies, les fabricants européens de médicaments ont pratiquement tous disparu : la production de 80% des principes actifs a été délocalisée en Asie. C'est l'explication d'une partie des pénuries actuelles, de plus en plus fréquentes. Une question rendue encore plus cruciale par la pandémie de coronavirus, sur laquelle se penche "Complément d'enquête" le 9 septembre 2021.

Antibiotiques, antihypertenseurs, traitements contre le cancer ou la maladie de Parkinson : autant de médicaments courants, indispensables au quotidien de nombreux patients. L'interruption de leur traitement peut mettre gravement leur santé en danger. Or en 2020, près de 2 500 médicaments ont connu des difficultés d'approvisionnement en France. C'est six fois plus que quatre ans auparavant ! Un Français sur quatre s'est déjà vu refuser la délivrance d'un médicament pour cause de pénurie. "Complément d'enquête" s'est interrogé sur les raisons de ces ruptures d'approvisionnement récurrentes.

Des pénuries qui touchent le monde entier

Un tiers de nos pénuries est dû à la dépendance des industriels français envers la production asiatique, notamment chinoise. Une dépendance mise en évidence lors de la pandémie de coronavirus : de nombreux hôpitaux ont manqué de curare, un produit indispensable à la mise sous respirateur artificiel des patients.  

En trente ans, les fabricants européens de médicaments ont pratiquement tous disparu. Aujourd’hui, environ 80% des substances actives de nos médicaments sont produites en Asie, à moindre coût. C’est le cas pour les antibiotiques, pourtant essentiels dans notre système de soins. Pour fabriquer leurs médicaments, les industriels français sont donc très souvent tributaires d'un fournisseur chinois ou indien, parfois unique. 

Souvent un fournisseur unique par traitement

Dans un document diffusé le 9 septembre 2021, la présidente d’un laboratoire français raconte comment l’explosion de l’usine de son principal fournisseur, chinois, l’a contrainte à cesser brutalement la production d'une pénicilline très utilisée à l'hôpital. "Pendant un an, on n'a pas pu produire, et le monde entier a été en pénurie avec cet antibiotique, parce que le fournisseur européen qui restait n'a pas pu subvenir aux besoins, énormes, de la planète entière". 

Une politique des stocks insuffisamment prévoyante

En cause également, dans les hôpitaux, l'insuffisance des stocks. Au CHU de Toulouse, par exemple, la provision d'amoxicilline couvre moins de deux mois. Pour cet antibiotique injectable incontournable comme pour de nombreux médicaments, explique la responsable Dorothée Pecani, il suffirait pourtant de prévoir trois mois de stock pour prévenir "la moitié des ruptures actuelles", selon une récente étude interne. En effet, celles-ci durent en moyenne trois mois et demi.

Une loi récente contraint désormais les laboratoires à constituer deux mois de stock pour éviter les ruptures. Selon le sénateur Jean-Pierre Decool, qui a dirigé en 2018 le rapport de la mission d'information parlementaire sur les pénuries de médicaments, elle est toutefois jugée insuffisante par les professionnels de santé. 

Extrait de "Pénuries de médicaments : à quoi jouent les labos ?", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 9 septembre 2021.

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