Coronavirus : trois questions sur la vaccination des jeunes enfants contre la gastro-entérite et la grippe, recommandée par les pédiatres

Les médecins veulent ainsi sécuriser le retour dans les structures collectives, limiter les cas de fièvre (et donc les tests Covid-19 inutiles), ainsi que désengorger les urgences pédiatriques cet hiver.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un bébé est vacciné, à Réalmont (Tarn), en 2019.  (GARO / PHANIE / AFP)

Vaccinez les bébés ! Tel est le nouveau mot d'ordre de plusieurs associations de pédiatres. Dans une lettre ouverte rendue publique mercredi 20 août, elles s'inquiètent du retour des "plus petits" dans les structures collectives (comme les crèches et les écoles), en septembre, alors que l'épidémie de coronavirus semble repartir.

Ces associations (plusieurs organismes de la Société française de pédiatrie, et l'Association française de pédiatrie ambulatoire, ou Afpa) recommandent évidemment de suivre à la lettre le calendrier vaccinal habituel. Néanmoins, et c'est nouveau, elles appellent également à "renforcer la vaccination contre la grippe" et à "généraliser la vaccination" contre la gastro-entérite. Franceinfo vous explique les raisons derrière cette sortie, tout en s'intéressant à l'importance de ces vaccins et à leur prix.

Pourquoi faire ces vaccins ?

En cas de rebond de l'épidémie, il faudra délester les urgences pédiatriques pour que le personnel soignant puisse se consacrer en priorité aux adultes, explique en substance à franceinfo le docteur François Vié Le Sage, qui dirige le groupe infectiologie-vaccinologie de l'Afpa. "Hors bronchiolite, la grippe et la gastro-entérite sont les deux maladies les plus représentées dans les urgences pédiatriques. Vacciner les enfants contre ces deux maladies éviterait qu'ils n'aillent trop souvent à l'hôpital, et donc que le service soit surchargé", détaille-t-il.

François Vié Le Sage met en avant une autre raison, tout aussi importante : cette vaccination permettrait de ne pas tester inutilement les jeunes enfants au coronavirus. "Quand le fait-on ? Quand ils ont de la fièvre, expose le médecin. Si on vaccine les petits contre la grippe et le rotavirus (le virus à l'origine des gastro-entérites), on élimine les deux principales maladies évoquant le Covid-19."

Trois conséquences positives en découleraient : on éviterait un coût inutile, un geste souvent perçu comme désagréable (le prélèvement naso-pharyngé consiste à enfoncer une tige dans une narine), et le confinement du parent et de l'enfant dans l'attente du résultat du test. Celui-ci s'avère d'ailleurs négatif "dans 99% des cas", selon le pédiatre, "sauf si quelqu'un d'autre est atteint dans le foyer familial". Des études ont montré que les enfants ne sont pas le vecteur principal de contamination, contrairement à ce que certains craignaient au début de l'épidémie.

Ces vaccins ont-ils la même importance ?

Les pédiatres distinguent les deux. Ils recommandent fortement le vaccin contre la gastro-entérite pour les bébés. "D'ailleurs, dans beaucoup de pays, la vaccination contre le rotavirus est recommandée à l'âge de 2 mois", souligne François Vié Le Sage. L'Académie nationale de médecine a publié le 22 juillet un avis pour déplorer la situation française. "La vaccination contre le rotavirus est recommandée dans 15 pays d’Europe. Ce n’est malheureusement pas le cas en France (...) laissant les épidémies hivernales (...) sévir chaque année avec la même intensité".

L'Académie nationale de médecine précise encore que "deux vaccins contre le rotavirus (...) sont actuellement disponibles (...) Leur efficacité (...) se situe entre 85 et 95% pour les formes graves des enfants hospitalisés". Elle ajoute que "le risque d’invagination intestinale aiguë, principal effet indésirable de cette vaccination, doit être pris en considération malgré sa rareté (< 1 cas pour 10 000 vaccinés)". Mais, selon elle, "les bénéfices de la vaccination, en termes de réduction de la morbidité et de la mortalité, excèdent très largement les risques d’invagination intestinale".

En revanche, le vaccin contre la grippe n'est pas recommandé à tous, "même si les enfants sont un vecteur de la grippe et risquent donc de la transmettre aux adultes", indique François Vié Le Sage. "Il s'agit plutôt de renforcer la vaccination pendant la période de pandémie, poursuit-il. Mais on ne le recommande pas de la même façon que le vaccin contre le rotavirus. Ce n'est pas une urgence, hors facteur de risque. Pour la grippe, sont considérés comme à risque les anciens prématurés, les asthmatiques et ceux qui ont un déficit immunitaire".

Ces vaccins sont-ils remboursés ?

Oui dans le cas du vaccin contre la grippe, si l'on est considéré comme une personne à risque. En revanche, concernant la gastro-entérite, l'Académie nationale de médecine regrette "l’accès très inégalitaire à la vaccination contre le rotavirus, actuellement non remboursée parce que non recommandée".

Les vaccins contre la gastro-entérite vendus dans les pharmacies sont en outre assez chers. "On dispose du Rotateq, qui est donné en trois prises, à 43 euros non remboursés [chacune], ou du Rotavix en deux prises, qui coûtent de 60 à 65 euros chacune", énumère François Vié Le Sage. A titre de comparaison, le vaccin contre la grippe ne coûte qu'une dizaine d'euros.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.