Epidémies de peste et de choléra : "Le rêve d'éliminer ou d'éradiquer les maladies infectieuses est un rêve qu'il faut oublier"

Alors qu'une épidémie de choléra a fait plus de 500 morts autour du lac Tchad et qu'une épidémie de peste a fait quatre morts à Madagascar, le directeur adjoint d’Epicentre, Marc Gastellu-Etchegorry, a estimé dimanche que ces maladies ne pourront jamais être éradiquées.

Une tente de Médecins sans frontières est nettoyée dans un centre de traitement de la peste à Madagascar, en 2017. (illustration)
Une tente de Médecins sans frontières est nettoyée dans un centre de traitement de la peste à Madagascar, en 2017. (illustration) (RIJASOLO / M?DECINS SANS FRONTI?RES (MSF))

"Le rêve d'éliminer ou d'éradiquer les maladies infectieuses est un rêve qu'il faut oublier", a déclaré dimanche 23 septembre sur franceinfo le docteur Marc Gastellu-Etchegorry, le directeur adjoint d’Epicentre, une organisation d'expertise épidémiologique créée par Médecins sans frontières. Le choléra a fait plus de 500 morts autour du lac Tchad, et une épidémie de peste a fait quatre morts depuis début août à Madagascar. "Tant que les conditions de vie resteront précaires, tant que la recherche ne sera pas assez développée (...), on restera évidemment face à un danger qui est présent et qui peut survenir n'importe quand", souligne-t-il.

franceinfo : On a l'impression que la peste et le choléra sont des maladies du passé. Est-ce qu'elles avaient vraiment disparu ?

Marc Gastellu-Etchegorry : Non. On est dans la continuité, malheureusement. On a des alertes de temps en temps, justifiées ou pas. Si on prend le choléra, il y a une pandémie qui dure depuis longtemps. Les troubles politiques, les mouvements de population, la précarité d'habitat d'un certain nombre de personnes qui se déplacent très souvent en masse favorisent la propagation. On a des vagues particulièrement importantes maintenant, et notamment autour du lac Tchad [à l'intersection de quatre pays d'Afrique centrale, le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria].

Est-il difficile de lutter contre ces épidémies ?

La lutte en elle-même contre l'épidémie n'est pas facile. En revanche, le traitement est simple : le choléra est une diarrhée que l'on réhydrate et que l'on traite avec succès très rapidement. Cela demande une infrastructure un peu complexe, mais on a de très bons espoirs. On a fait récemment de nombreux progrès sur les vaccins, qui se sont montrés efficaces pendant les périodes d'urgence. Le choléra, quand il est pris à temps et qu'il est bien traité, entraîne peu de décès. Malheureusement l'ampleur des épidémies est particulièrement inquiétante. On est dans un pic est assez fort. La peste, elle, est très souvent synonyme d'infrastructures sanitaires défaillantes, sans dépistage des cas ni traitement. Ceci peut donner une extension du nombre de cas. On n'est pas aux mêmes échelles. On compte entre 3 000 et 5 000 cas en cinq ans pour la peste, alors que l'on est entre 1 et 4 millions de cas de choléra par an dans le monde. Avec tous ces types de pathologies, il faut qu'on reste vigilants. Le rêve d'éliminer ou d'éradiquer les maladies infectieuses est un rêve qu'il faut oublier. Tant que les conditions de vie resteront précaires, tant que la recherche ne sera pas assez développée pour comprendre comment cela se développe et pour trouver les moyens de lutter, on restera face à un danger qui peut survenir n'importe quand. Le problème, c'est qu'on va réagir par à-coup, et on va peu développer un programme de travail, de contrôle, et de recherche sur du long terme.

La peste revient presque tous les ans à Madagascar, pourquoi y a-t-il une épidémie en ce moment particulièrement ?

La peste [bubonique] est différente du choléra, parce qu'elle ne se transmet pas d'homme à homme, mais par l'intermédiaire des puces. Les mouvements climatiques, et notamment la montée des eaux, la fuite des rats [porteurs du bacille de la peste, qui se transmet par les puces] et l'envahissement de certains villages par des puces peuvent entraîner des cas de pestes. À partir de ce moment-là, on est vigilants et on est très inquiets. Là où cela devient très dangereux, c'est quand la peste prend une autre forme, pulmonaire, et qu'elle se transmet d'individu à individu. Cela se fait très souvent dans des conditions de froid, d'habitat très précaire, où les gens habitent ensemble et où la transmission peut se faire rapidement.

Un grand nombre d'épidémies ont passé les frontières françaises, est-ce que les épidémies de peste et de choléra doivent nous inquiéter ?

Il y a des cas de choléra qui arrivent en France. Les conditions de vie, les conditions d'hygiène, la chloration de l'eau, font qu'il est extrêmement improbable de voir le développement de foyers secondaires. Si la peste pulmonaire venait à arriver, cela représenterait un danger, qui est plus important. Il est plus du domaine du bioterrorisme que de la réalité à l'heure actuelle.