VIDEOS. Etats-Unis : le commandant du "USS Theodore Roosevelt", révoqué après avoir lancé l'alerte sur des cas de Covid-19 à bord, acclamé en héros par ses troupes

Dans une lettre publié par un journal de San Francisco, le "captain" avait demandé l'évacuation de son navire après que des militaires à bord ont contracté le coronavirus. 

Le porte-avions nucléaire américain \"USS Theodore Roosevelt\", dans l\'océan Pacifique, le 18 mars 2020. 
Le porte-avions nucléaire américain "USS Theodore Roosevelt", dans l'océan Pacifique, le 18 mars 2020.  (AFP PHOTO /US NAVY/NICHOLAS V. HUYNH/HANDOUT)

"Cap-tain Crozier! Cap-tain Cro-zier!" Sur les vidéos qui sont apparues sur les réseaux sociaux vendredi 3 avril, on voit le capitaine Brett Crozier quitter son navire, l'USS Theodore Roosevelt, en passant au milieu de centaines de marins qui lui font une haie d'honneur sur le pont du porte-avions nucléaire américain. Démis de ses fonctions jeudi après que sa lettre d'alarme à l'US Navy évoquant les cas de Covid-19 à bord a fuité dans la presse, le commandant traverse la foule tandis que ses troupes s'écartent, silencieusement, faisant un salut militaire. Il salue enfin l'équipage, qui l'acclame d'un geste de la main avant de s'engouffrer dans la voiture qui l'attend.

Dans une lettre de quatre pages à sa hiérarchie qui était parvenue au San Francisco Chronicle, le commandant du porte-avions nucléaire américain USS Theodore Roosevelt avait demandé l'évacuation immédiate de son navire, où plusieurs cas de Covid-19 avaient été enregistrés. "Nous ne sommes pas en guerre. Il n'y a aucune raison que des marins meurent", écrivait Brett Crozier dans cette missive publiée mardi par le quotidien californien. 

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Cette déclaration avait provoqué la colère du secrétaire à l'US Navy, Thomas Modly, qui y avait répondu jeudi en limogeant le commandant : "Nous ne sommes peut-être pas en guerre dans le sens traditionnel du mot, mais nous ne sommes pas non plus complètement en paix", avait-il déclaré au cours d'une conférence de presse. "Nous demandons à nos commandants de faire preuve de jugement, de maturité, de leadership et de calme sous la pression", avait-il ajouté estimant que le commandant Crozier avait "fait preuve d'un très mauvais jugement en période de crise".

Des sénateurs réclament l'ouverture d'une enquête

Le Pentagone encourage les militaires à exprimer leurs critiques à leur hiérarchie, à condition que la chaîne de commande soit respectée. Et ce que l'armée américaine reproche au commandant déchu, c'est d'avoir permis que sa lettre fuite dans la presse, en mettant une trentaine de personnes en copie de l'e-mail dans lequel il l'avait envoyée. En outre, indique-t-on au Pentagone, le commandant a pris la décision de donner cinq jours de quartier libre à ses hommes lors de la dernière escale du Theodore Roosevelt, début mars à Danang, au Vietnam, alors que le coronavirus faisait rage en Asie.

Dix-sept sénateurs démocrates ont demandé à l'inspecteur général du ministre de la Défense une enquête formelle sur la décision de démettre le commandant Crozier de ses fonctions.

Le grand favori de l'investiture démocrate à la Maison Blanche, Joe Biden, a quant à lui dénoncé la décision de l'US Navy. "Le commandant Crozier a été fidèle à son devoir, à ses marins et à son pays", a-t-il tweeté. "La direction de la Navy a envoyé un message glaçant sur la façon de dire la vérité à ceux qui ont le pouvoir"."C'est l'administration Trump qui a manqué de jugement, pas un officier courageux qui a cherché à protéger ses marins", a-t-il ajouté.