Vidéo Dix enfants racontent leur vie chamboulée par le Covid-19 : "On a fait Pâques dans la cage d'escalier"

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France Télévisions

Confinement, école à la maison, port du masque... Les enfants ont eux aussi dû changer leurs habitudes pour s'adapter aux restrictions sanitaires. Ils reviennent pour nous sur leur année bouleversée, avec l'éclairage de la pédopsychiatre Marie Rose Moro.

"Au début, ça me faisait peur parce que je ne savais pas si c'était grave pour les enfants ou pas." Du haut de ses 8 ans, Félicia se remémore l'arrivée du Covid-19 dans sa vie, au printemps 2020. Le virus a apporté son lot de craintes, d'incompréhensions, mais aussi de joies, comme lors de l'annonce du premier confinement : "Je me disais que ça allait être cool", résume la fillette.

Comme elle, 10 enfants âgés de 5 à 10 ans ont raconté à franceinfo leur année bouleversée par la pandémie de Covid-19. Une expérience bien différente de celle vécue par les adultes, prévient la pédopsychiatre Marie Rose Moro "Le temps n'est pas le même chez les enfants que chez les adultes. Ce qui paraît long pour nous est proportionnellement beaucoup plus long pour eux. Cela a un impact sur la lourdeur du quotidien mais aussi pour envisager l'avenir", explique ainsi la professeure de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent à l'université de Paris.

En outre, "les enfants ne subissent pas seulement l'impact direct du Covid-19 et des mesures sanitaires, mais aussi l'impact sur leurs parents, analyse Marie-Rose Moro. Ces derniers sont à la fois épuisés et inquiets, et cela se répercute sur les enfants."

"J'ai eu peur pour mes arrière-grands-mères"

Tous ces bouleversements ont commencé au début de l'année 2020, avec l'apparition d'un nouveau mot dans le vocabulaire : "coronavirus". "Au début, quand je l'ai entendu, j'ai confondu avec quelqu'un qui était dans la BD Astérix, rit Tëlia, 9 ans. Après, j'ai compris que c'était une maladie." Avec l'arrivée de ce nouveau virus aux caractéristiques floues, les enfants se sont parfois inquiétés. "J'avais peur que ma famille l'ait et que je l'aie aussi", reconnaît Elise, 8 ans. "Ce qui m'a fait un peu plus peur, c'est d'apprendre que le Covid peut rester n'importe où", complète Jules, 9 ans.

Heureusement, le risque de formes graves chez les enfants s'est rapidement révélé faible. Une information qui les a vite rassurés. "Je n'ai pas peur d'être malade parce que je sais que les enfants ne sont pas beaucoup touchés et que la plupart du temps ce n'est pas très grave", explique Tëlia. L'inquiétude s'est alors portée vers d'autres membres de la famille. "J'ai eu peur pour mes arrière-grands-mères, comme elles ont 99 ans et 92 ans…", confie Jules, qui a lui-même été contaminé.

Le petit garçon, dont les deux parents sont médecins, a attrapé au début de l'année 2021 le variant identifié au Royaume-Uni. "J'ai été testé cinq fois et j'ai été positif la cinquième fois", se remémore-t-il, en mimant les tests nasopharyngés qui font "trop mal". "Je n'avais pas du tout envie de le transmettre à d'autres gens. Parce que vu comment le Covid-19 tue tout le monde tout d'un coup, ce n'était pas cool du tout", résume Jules. Il a ainsi dû se "sur-confiner" pour éviter tout risque de transmission.

"Il faut s'ennuyer dans la vie"

D'autres enfants ont été confrontés au virus de manière indirecte. "Ma mère est tombée malade", explique Tëlia, qui ne pouvait "plus lui faire des câlins". "J'ai été cas contact parce qu'il y avait un des mes copains qui avait attrapé le Covid", raconte encore Cléo, 7 ans. Résultat : "J'ai fait deux semaines à la maison, toute seule", soupire-t-elle.

Quelle que soit leur proximité avec des personnes contaminées, tous les enfants ont partagé une expérience commune : le confinement et le fait de ne plus aller à l'école tous les matins. Une période qui a permis d'expérimenter de nouveaux jeux avec ses frères et sœurs et ses parents. "J'ai découvert un jeu qui s'appelle les échecs, que j'adore maintenant. J'y joue tout le temps", s'entousiasme Jules. Il a fallu parfois faire preuve d'imagination. "On a fait Pâques dans la cage d'escalier", se rappelle ainsi Aliette, avec gourmandise. Et puis, l'oisiveté peut aussi avoir du bon. "Des fois, il faut s'ennuyer dans la vie pour pouvoir trouver de nouveaux jeux", philosophe Tëlia.

"J'avais plus le temps de lire. Je lisais les Harry Potter, des gros livres."

Elise, 8 ans

à franceinfo

Passé l'effet de surprise et l'espoir de vacances prolongées, les enfants interrogés ont vite ressenti les manques engendrés par une vie en autarcie. "C'était la mort absolue, en fait ! Tu as l'impression que plus personne n'est vivant dans le monde...", décrit Luc, particulièrement marqué par les rues désertes de Paris lors du premier confinement. "Au début, ce sont les vacances. On a les parents, c'est bien, mais après, rapidement, cela se complique. Les enfants ont besoin d'autres types de relations", analyse la psychiatre Marie Rose Moro.

"L'école, c'est aussi des rencontres"

Au-delà des mesures restrictives, l'élément le plus marquant de cette période pour les enfants a été l'interruption de l'école en présentiel. Tous les enfants interrogés sont d'ailleurs unanimes : l'école à la maison était loin d'être satisfaisante. "Je préfère la vraie école parce que je suis avec les copains, et la maîtresse m'explique mieux", synthétise Félicia.

Un sentiment confirmé par la pédopsychiatre. "L'école, ce sont les apprentissages, mais pas seulement. C'est aussi des rencontres avec d'autres adultes et d'autres enfants. Ce qui manque aux enfants, c'est tout cela, précise l'auteure de Quand ça va, quand ça va pas, leurs familles expliquées aux enfants (Ed. Glénat, 2021). On a tous plaidé pour que les écoles ferment le moins possible et que la vie continue pour les enfants."

Une fois rouvertes, les écoles ont encore apporté leur lot de changements et de règles sanitaires. De quoi chambouler d'autres habitudes. "Il y a les récrés décalées et on ne peut pas avoir toute la cour", explique ainsi Elise. Certains jeux ont même dû être abandonnés, comme "Chat", précise Jules, quand Aliette raconte avoir imaginé un "Loup" particulier où l'on ne doit pas toucher directement son camarade... mais son ombre. 

L'arrivée du masque

Dans la rue, à l'école, au supermarché, le masque a également dû être adopté et porté par les enfants, non sans certaines difficultés. "Dès qu'on sort de la maison, on est obligé de mettre un masque", ronchonne Cléo. "Les jours où il fait chaud, je trouve que ça fait trop chaud et les jours où il fait froid, je trouve que ça me réchauffe", note Félicia. D'autres y ont vu des avantages. "Quand on n'est pas content, ça ne se voit pas", s'enthousiasme Aliette.

"Avec le masque, des fois on voit moins la tête des gens. Au début, ça faisait bizarre. Maintenant, masque ou sans masque, c'est pareil."

Tëlia, 9 ans

à franceinfo

D'ailleurs, le masque ne constitue pas forcement un handicap, selon Marie Rose Moro : "Ce n'est pas agréable, on ne voit pas les lèvres, ça change le visage... mais si cela leur permet de voir des gens, les enfants y gagnent énormément. Chez les enfants de 5 à 10 ans, ils aménagent la relation, ils jouent avec ça", note la spécialiste, en précisant que l'impact peut être différent sur les plus jeunes.

Plus d'un an après le début de la crise du coronavirus, tous les enfants espèrent bientôt voir disparaître les restrictions. Pour Jules, la priorité sera de "voir toute la famille", pour Aliette c'est plutôt l'"envie de retourner à la piscine" qui prime, tandis qu'Elise aimerait "faire des musées et des expositions". Cléo, elle, rêve encore plus grand. Son objectif après la fin de la pandémie ? "Faire le tour de la Terre !"

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