Vaccins contre le Covid-19 : "Ce ne sont pas les Jeux olympiques mais c'est quand même une course", souligne le chercheur Bruno Pitard

Le Royaume-Uni a autorisé mercredi le vaccin contre le Covid-19 de l'allemand BioNTech et du géant américain Pfizer, qui sera disponible dans le pays dès "la semaine prochaine". Pour Bruno Pitard, "ce n'est pas illogique qu'il y ait des agences qui commencent à donner des autorisations de mise sur le marché".

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Radio France
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Un flacon du vaccin candidat Covid-19 de l'Université d'Oxford et Vaccitech en partenariat avec le géant pharmaceutique AstraZeneca, le 23 novembre 2020. Photo d'illustration. (JOHN CAIRNS / UNIVERSITY OF OXFORD / AFP)

Le développement des vaccins contre le Covid-19, "ce ne sont pas les Jeux olympiques mais c'est quand même une course de développement", a souligné mercredi 2 décembre sur franceinfo Bruno Pitard, directeur de recherche CNRS au sein du centre de cancérologie et d'immunologie de Nantes. Il explique que l'utilisation d'une nouvelle technologie, celle du vaccin à ARN messager, permet de "gagner du temps par rapport à des processus industriels de production classique".

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Interrogé sur le feu vert du Royaume-Uni pour autoriser le vaccin développé par Pfizer et BioNTech, Bruno Pitard estime que "les données s'accumulent énormément et que "ce n'est pas illogique qu'il y ait des agences qui commencent à donner des autorisations de mise sur le marché".

franceinfo : "On n'est pas dans un 100 mètres", a déclaré le professeur Yazdan Yazdanpanah sur franceinfo, autrement dit, il ne faut pas se précipiter, la vaccination, ce ne sont pas les Jeux olympiques. Êtes-vous d'accord ?

Bruno Pitard : Ce ne sont pas les Jeux olympiques mais c'est quand même une course de développement et les deux vaccins développés par BioNTech et Moderna dont on parle aujourd'hui font appel à des technologies innovantes. En fait, c'est l'individu vacciné lui-même qui va être mis à contribution pour produire l'antigène qui va servir à primer son système immunitaire. Ça va très, très vite parce qu'avec ces technologies, il y a toute une partie qui est mise à contribution chez l'individu, on gagne du temps par rapport à des processus industriels de production classique. Les deux vaccins basés sur l'ARN messager sont quasiment prêts. Ils ont suivi les différentes phases, phase une, deux et trois.

"Les données s'accumulent énormément et c'est vrai que ce n'est pas illogique qu'il y ait des agences qui commencent à donner des autorisations de mise sur le marché."

Bruno Pitard, directeur de recherche CNRS au sein du centre de cancérologie et d'immunologie de Nantes

à franceinfo

L'Agence européenne dit qu'elle vérifie un peu plus. Que reste-t-il à vérifier, selon vous ?

Il y a à peu près 196 cas déclarés de patients qui ont eu le Covid-19 dans l'essai de Moderna, en phase 3. Le temps passant, le nombre de patients atteints de la maladie va s'accentuer et on va pouvoir voir si le degré d'efficacité est toujours de 95% ou s'il baisse un petit peu. Comme c'est un schéma d'immunisation en deux injections, avec 28 jours d'écart, plus le temps va passer après la deuxième injection, plus on va voir si le degré d'immunité tient dans le temps. Et si ce degré d'efficacité est toujours de 95% au fur à mesure.

En France, Emmanuel Macron a parlé d'une campagne de vaccination au printemps prochain, ça vous paraît quelque chose de réaliste ?

Je ne sais pas à quel vaccin il fait allusion. Soit il y a des doses disponibles des vaccins ARN qui seront les premiers prêts, soit il y aura des doses plus disponibles au printemps. Ou alors peut-être fait-il allusion au vaccin de Sanofi, donc une entreprise tricolore, qui va arriver peut-être au printemps sur une technologie qui est différente, plus classique, utilisée par exemple dans les vaccins type hépatite B avec un adjuvant. Mais on n'a pas encore des résultats de phase 3 de Sanofi, ils sont encore en phase 2. Cela nécessite des études complémentaires et d'avoir tous ces résultats pour pouvoir décider. Attendons de voir si la protéine recombinante de Sanofi sera aussi efficace.

Concernant les vaccins innovants, est-ce qu'on pourrait avoir des mauvaises surprises ou des bonnes surprises lorsque les campagnes de vaccination seront lancées ?

On n'a jamais fait ce type de vaccins à ARN. L'ARN stricto sensu n'a jamais été utilisé chez l'homme ni chez les animaux. Mais on a les vaccins à ADN qui sont chez les animaux, les saumons d'Europe du Nord et les saumons d'Amérique du Nord, mais aussi des chevaux, des poulets, des chiens sont vaccinés avec des stratégies de vaccination ADN. L'ARN est dans un compartiment cellulaire qui s'appelle le cytoplasme, tandis que l'ADN est dans le noyau. Mais malgré tout, ces deux classes de vaccin mettent l'individu à contribution pour produire l'immunogène. Donc on a le recul chez les animaux, mais pas encore chez l'homme.

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