VIDEO. Vaccins anti-Covid : les raisons de la défiance en Italie, en Allemagne, aux États-Unis et en Chine

En France, selon plusieurs enquêtes, la moitié de la population se méfie de la vaccination contre le Covid-19. Qu'en est-il en dehors de nos frontières ? Direction Rome, Berlin, New-York et Pékin.

Le Royaume-Uni est devenu le premier pays à valider le principe de la commercialisation d'un vaccin contre le Covid-19 et plusieurs pays, comme la France, travaillent actuellement sur leur futur calendrier de vaccination. L'accélération est spectaculaire mais la défiance des citoyens est grande. Selon plusieurs enquêtes, 50% des Français sont réticents, voire opposés au vaccin. Le phénomène n'est pas nouveau dans notre pays. Est-ce le cas aussi ailleurs dans le monde ? Nous vous emmenons en Italie, aux États-Unis, en Chine et en Allemagne.

En Italie, le mouvement anti-vaccins est assez fort, environ 40% de la population. Comme dans bon nombre de pays du sud de l'Europe, cette opposition risque de compliquer la campagne de vaccination contre le coronavirus qui est censée démarrer là-bas fin janvier. Comme Saint-Thomas, les Italiens ne croient que ce qu'ils voient, alors ils préfèrent attendre avant de se faire vacciner. Et ce ne sont pas certains scientifiques qui vont les rassurer. Le plus célèbre, celui qui a réussi à circonscrire le premier foyer du Covid-19 en Vénétie, le professeur Andrea Crisanti, a déclaré qu'il ne se ferait pas vacciner, en l'état actuel des connaissances. Bronca immédiate dans les médias.

Mais une fois de plus, ces scientifiques font leur promotion personnelle. Selon l'enquête d'un cabinet d'analyse qui vient de paraître, le professeur Crisanti est le plus médiatisé et le plus incohérent aussi. Les experts sont nombreux à utiliser les médias pour faire leur propre promotion. Une dérive exacerbée par des accusations mutuelles. Il n'y a pas mieux pour jeter le trouble dans une période déjà si confuse.

En Allemagne, près de 400 centres de vaccination pour le Covid-19 sont en train d'être montés de toutes pièces pour faire démarrer la campagne fin décembre. Le scepticisme est plus faible, mais le mouvement anti-vaccins existe quand même et représente environ 15% de la population. Il fait alliance avec le mouvement anti-masques. Ce qui est assez étrange parce que ce sont deux populations assez différentes. Ce sont beaucoup de parents, des fans de yoga, de médecines douces, des gens alternatifs de la gauche radicale, parfois des gens au style plutôt "baba cool". Bref, ce ne sont pas tous des théoriciens du complot, comme ceux, pour une large partie, qui constituent les rangs des anti-masques. Ce sont des gens qui manifestent une inquiétude à l'égard de la vaccination, pas nécessairement un rejet de celle-ci. Et dans ce mouvement des anti-vaccins, il faut préciser une dernière chose, il y a un large spectre de la droite, quand même. Et ça, c'est ce qui permet cette jonction dans la rue avec le mouvement plutôt de droite radicale des anti-masques.

En Allemagne, c'est quelque-chose qui inquiète le gouvernement et une note des services de renseignements allemands en atteste. Ils disent qu'il faut très vite protéger toute la chaîne de logistique de transport de futurs vaccins. Il faut protéger aussi, disent les services de renseignements, les laboratoires qui fabriquent ce vaccin en Allemagne, comme CurVac ou BioNtech, car il pourrait y avoir des manifestations, mais aussi, disent-ils, des attentats.   

Aux États-Unis, où l'épidémie flambe avec un record de morts ces derniers jours, les partisans de Donald Trump sont très anti-masques. Mais le mouvement anti-vaccins, lui, dépasse de beaucoup les simples partisans du président. Le scepticisme touche la moitié de la population. Celui contre la rougeole est un bon exemple de cette défiance. C'est un vaccin qui, pour être efficace, doit avoir un taux de vaccination à 95%. Et depuis trois ans, ici aux Etats-Unis, ce taux baisse. On est à 94% environ, parfois même 89% dans certains États ruraux comme le Kansas.

Tout cela est relayé par le discours très anti-science de Donald Trump, qui conteste par ailleurs depuis un mois le résultat de l'élection présidentielle et parle de complot. On retrouve toutes ces théories sur les sites extrémistes comme celui de QAnon. Et parfois même, tout cela est relayé par des personnalités qu'on imaginerait plutôt de l'autre bord. Le neveu de Kennedy était encore en Allemagne en août dernier pour participer à une réunion des anti-vaccins et de ceux qui nient la pandémie.

En Chine, où le virus du Covid-19 est apparu pour la première fois, la vaccination a déjà commencé à marche forcée. Un million de personnes ont été vaccinées et le peuple n'a pas vraiment son mot à dire. Mais cela n'empêche pas une partie de la population de se poser des questions. Il n'existe pas de mouvement structuré comme en Occident, contre le vaccin, car le droit de se regrouper est très encadré et même interdit.

Alors, combien sont-ils à être opposés à la vaccination ? C'est difficile de l'estimer, mais par exemple, parmi les parents d'élèves, il n'est pas rare de trouver des pères et des mères opposés au fait que les 11 vaccins obligatoires dès la naissance soient exigés à l'inscription à la maternelle et à l'école primaire. On peut se référer aussi à une enquête publiée en 2018 par le site web de Phoenix Télévision, basée à Hong Kong, qui dit que 24% des personnes interrogées sont opposées aux vaccins non obligatoires. Qu'est-ce que la campagne de vaccination anti-Covid révélera en Chine ? Pour le moment, presque un million de Chinois ont été vaccinés dans le cadre de la procédure d'utilisation d'urgence.

Le lancement des campagnes de vaccination contre le Covid-19 suscite la méfiance de la population en Europe mais aussi aux États-Unis et dans une moindre mesure en Chine.
Le lancement des campagnes de vaccination contre le Covid-19 suscite la méfiance de la population en Europe mais aussi aux États-Unis et dans une moindre mesure en Chine. (MAXPPP / Richard Villalon / Stéphanie Berlu / franceinfo)