Vaccins contre le Covid-19 : trois questions sur la répartition des doses en Europe

Les doses de vaccin doivent être distribuées au prorata de la population dans l'Union européenne, selon la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher. La France s'en verrait donc attribuer 15%.

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Six contrats sont signés ou sont en passe de l'être entre l'Union européenne et des laboratoires développant des vaccins contre le Covid-19. (JOEL SAGET / AFP)

L'Union européenne en ordre de bataille contre le Covid-19 ? Alors que la Haute Autorité de santé (HAS) doit annoncer lundi 30 novembre quels publics seront prioritaires en France, c'est bien l'UE qui négocie avec les différents laboratoires les commandes globales de vaccins pour les 27 pays membres. Et "tout le monde a bien compris maintenant que la santé devait être une priorité de l'Union", affirme la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, dans Le Journal du dimanche du 29 novembre (article abonnés).

L'idée est de débuter la vaccination partout en Europe au premier trimestre 2021, en commençant par le personnel soignant et les personnes les plus vulnérables. Mais comment se fera la répartition des doses entre les pays de l'Union ? Combien la France en obtiendra-t-elle ? Eléments de réponse.

1Combien de doses seront distribuées dans l'Union européenne ?

La commissaire européenne Stella Kyriakides parle de "six contrats pour un achat potentiel de 2 milliards de doses". "Nous avons négocié, au nom des Vingt-Sept, avec l'objectif de diversifier nos fournisseurs pour que l'on se dote des vaccins les plus sûrs et les plus efficaces", explique-t-elle au JDD. "A ce jour, j'ai signé des contrats avec [le laboratoire américain] Pfizer, [le Français] Sanofi, [les Britanniques] GSK et AstraZeneca, et je m'apprête à signer dans les prochains jours un accord avec [l'Allemand] CureVac et [l'Américain] Moderna." Dans cet entretien, elle assure aussi que l'accès au vaccin sera le même pour "tous les pays membres".

"Les accords que nous avons conclus stipulent que tous les pays membres auront accès à un vaccin en même temps, dès qu'il aura été approuvé."

Stella Kyriakides

au "Journal du dimanche", le 29 novembre

Il reste à franchir la barrière de l'approbation sur le plan sanitaire. Tous ces contrats sont en effet conditionnés à l'accord de l'Agence européenne du médicament (EMA), à qui il appartient de valider les vaccins au regard de leur sûreté et de leur efficacité. En termes de calendrier, "chacun [des vaccins] doit faire ses preuves. Trois sont en quasi qualification finale, mais rien ne préjuge de la fin des essais cliniques", avait indiqué sur Radio J, dimanche 22 novembre, la ministre déléguée à l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, qui participe aux négociations avec les laboratoires au niveau européen. L'EMA pourrait délivrer de premières autorisations d'ici à la fin décembre, selon les avancées, avait-elle précisé.

"Nous avons [au niveau de l'Union européenne] six contrats, soit signés soit en passe de l'être : quatre contrats signés et deux pré-accords dont la rédaction juridique doit suivre un processus de validation. Donc, six accords signés d'ici fin novembre", avait également détaillé Agnès Pannier-Runacher"Chacun de ces accords correspond à 200 à 300 millions de doses de vaccin en commandes fermes, plus 100 à 200 millions [de doses] optionnelles".

Un peu plus de "3,1 doses par Européen" ont été précommandées, estimait Le Monde le 18 novembre, en se basant sur le chiffre de "1,4 milliard de doses de vaccins pour 447 millions d’habitants". "Ce qui place l’Union européenne entre les Etats-Unis (3 doses par habitants) et l’Australie (5,3 doses par habitant) en ce qui concerne les commandes, selon les données compilées par le Duke Global Health Innovation Center", remarquait le journal.

2Comment s'effectuera la répartition ?

La répartition des doses de vaccin se fera au prorata de la population de chacun des pays membres, avait déjà annoncé Agnès Pannier-Runacher sur Radio J. Stella Kyriakides confirme ce principe au JDD. Mais attention : il s'agit d'"une répartition théorique à ce stade, puisque les quotas entre pays pourront être revus en fonction de l’intensité de la circulation du virus", précise Le Figaro.

Avec ce principe de répartition proportionnelle à la population, 15% des volumes acquis par l'Union européenne iront à la France. "Quand 100 millions de vaccins sont livrés à l'Europe, 15 millions sont livrés à la France, automatiquement", a expliqué Agnès Pannier-Runacher sur BFMTV vendredi 27 novembre. La France compte en effet 67 millions d'habitants, ce qui en fait, après l'Allemagne, le deuxième pays le plus peuplé de l'Union (qui compte désormais 447 millions d'habitants avec le Brexit).

Selon Le Figaro, le Premier ministre, Jean Castex, a avancé que 100 millions de doses seraient rapidement disponibles pour les Français. Dans cette optique, le gouvernement "se met dans les starting-blocks" et a déjà budgété 1,5 milliard d'euros pour 2021, avait assuré le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, mardi 17 novembre. 

3Y a-t-il un risque de pénurie en France ?

Il y a une semaine, Agnès Pannier-Runacher se voulait rassurante : "Nous nous sommes assurés que la quasi-totalité des vaccins et tous les ingrédients soient produits en Europe, pour ne pas avoir de difficultés d'approvisionnement." "Trois des vaccins auront une fabrication en partie en France (…) en Eure-et-Loir, en Indre-et-Loire, et dans la région de Lyon", a-t-elle ajouté sur BFMTV vendredi 27 novembre.

Lors d'un point de presse en ligne, vendredi 20 novembre, la présidente de la commission technique des vaccinations de la HAS, Elisabeth Bouvet, a nuancé : "On n'aura pas immédiatement accès à des doses permettant de vacciner l'ensemble de la population, mais (…) je pense que nous ne nous trouverons pas dans une problématique de pénurie." Selon elle, les personnes qui sont visées prioritairement pourront être vaccinées "dans les premiers mois de 2021".

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