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Vaccination contre le Covid-19 : comment accélérer la campagne pour la deuxième dose de rappel ?

La majorité des Français de 60 ans et plus n'ont pas reçu la nouvelle injection à laquelle ils sont éligibles depuis le printemps. Au risque d'être plus durement touchés par le regain de l'épidémie.

Article rédigé par Vincent Matalon, Louis Boy
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
Les médecins décrivent des patients parfois "dans le déni", qui ne veulent pas se préoccuper de l'épidémie ni de la vaccination. (ASTRID AMADIEU / FRANCEINFO)

"Il faut se faire vacciner quand on est fragile, et il faut le faire maintenant." Le nouveau ministre de la Santé, François Braun, connaît bien les urgences. Dès son entrée au gouvernement, le médecin urgentiste a dû se pencher sur une situation brûlante : la nouvelle vague de contaminations au Covid-19. Elle menace de gâcher les vacances d'été, mais surtout de saturer à nouveau les hôpitaux, qui subissent déjà les conséquences d'un manque de personnel sans précédent. Face aux députés de la commission des lois, mardi 5 juillet, François Braun n'a pas annoncé de nouvelles mesures, mais a encouragé les Français à remettre le masque et à faire une nouvelle injection de vaccin contre le Covid-19.

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Plus de 18 millions de Français ont droit à une deuxième dose de rappel (qui est en général leur quatrième, après deux doses initiales et un premier rappel). Il s'agit des personnes immunodéprimées, des plus de 80 ans depuis mars et des plus de 60 ans depuis avril. Dimanche 10 juillet, pourtant, seuls 3,7 millions d'injections de deuxième rappel avaient été effectuées, dont 3,2 millions par des personnes de 60 ans ou plus. Un constat qui commence à inquiéter le gouvernement, à l'heure où 129 526 cas positifs en moyenne sont dépistés quotidiennement depuis une semaine. "La dynamique doit encore s'amplifier", martelait ainsi François Braun à l'Assemblée mardi.

Une injection qui ne stoppera pas la vague

Le 1er juillet, les directeurs d'Ehpad ont reçu un courrier alarmant de la ministre sortante, Brigitte Bourguignon, au sujet des niveaux de vaccination "nettement insuffisants" de leurs pensionnaires. Selon le ministère, seuls 51% d'entre eux avaient alors reçu leur deuxième rappel. Pascal Meyvaert, président d'un syndicat de médecins coordinateurs et de gériatres, est "extrêmement surpris" par ce chiffre. Selon les remontées de ses adhérents dans les Ehpad, les refus sont rares. Comme d'autres, il soupçonne le ministère de ne pas comptabiliser les pensionnaires récemment testés positifs au Covid-19, qui doivent attendre trois ou six mois (pour les moins de 80 ans) avant de recevoir une nouvelle dose de vaccin. Début juillet, plus de 3 millions des personnes éligibles au deuxième rappel étaient dans cette situation.

Reste que la majorité des personnes concernées par cette campagne de vaccination n'a pas franchi le pas. Les spécialistes interrogés par franceinfo sont pourtant unanimes sur l'intérêt d'une nouvelle injection afin de renforcer une immunité qui diminue avec le temps. Un mécanisme expliqué par Sandrine Sarrazin, immunologue à l'Inserm :

"En sollicitant les lymphocytes dits 'mémoires', qui ont été activés lors de la première rencontre avec le virus via une infection ou une vaccination, les vaccins actuels continuent à très bien protéger des formes graves de la maladie."

Sandrine Sarrazin, immunologue à l'Inserm

à franceinfo

Néanmoins, la seule vaccination ne permettra pas de stopper la vague : les vaccins actuels, conçus pour cibler la souche initiale du Covid-19, sont moins efficaces pour prévenir les infections liées aux variants comme le BA.5, plus contagieux et désormais majoritaire en France. Mais "le but n'est plus d'empêcher la circulation de ce virus, qui est souvent bénin", estime l'épidémiologiste Yves Buisson. Il est de "tout mettre en œuvre pour empêcher que l'hôpital soit à nouveau saturé par les cas graves difficiles à prendre en charge", juge le président de la cellule Covid-19 de l'Académie de médecine.

"Ils ont envie de penser à autre chose"

Les Français éligibles à ce deuxième rappel, et qui ont donc reçu les doses précédentes, connaissent a priori le bénéfice de la vaccination. Mais sur le terrain, les médecins font face à des résistances nouvelles. "Ce matin, une de mes patientes a refusé le vaccin parce qu'elle avait peur. Pourtant, elle n'a pas eu d'effets secondaires après les injections précédentes", confie Agnès Giannotti, présidente du  syndicat de généralistes MG France. Selon les retours de ses confrères, les candidats "se bousculent au portillon" dans certaines régions rurales. Mais dans son cabinet d'un quartier populaire parisien, elle craint de devoir jeter une partie du flacon qu'elle a ouvert, faute de volontaires. "Les gens sont dans le déni", acquiesce Pascal Meyvaert.

"Pendant les vacances, ils ont envie de penser à autre chose. Le discours, c'est : 'Je le ferai quand ce sera obligatoire'."

Pascal Meyvaert, médecin coordinateur en Ehpad

à franceinfo 

Comment les convaincre de ne pas attendre ? "L'information et l'explication restent les solutions principales", estime Emmanuel Rusch, président de la Société française de santé publique. L'épidémiologiste s'étonne du "flottement" dans le discours des autorités : "On peut parler de lassitude mais, si on ne mobilise pas, on donne le sentiment qu'on peut tourner la page de l'épidémie." Un constat partagé par Yves Buisson : "Bien sûr, la guerre en Ukraine et les élections ont mobilisé les médias et l'attention, mais il aurait fallu maintenir les messages essentiels", autant sur les mesures barrières que sur la vaccination.

Attendre les vaccins nouvelle génération ?

L'idée de proposer cette dose de rappel à tous les âges, pour maximiser la couverture vaccinale, fait davantage débat. "Maintenant qu'on a des doses pour tout le monde, je me demande pourquoi on respecte le même ordre qu'au début de la vaccination, s'interroge Sandrine Sarrazin. On devrait pouvoir la proposer à tous." D'autant que le risque n'est pas limité aux personnes âgées, rappelle l'immunologue : "On s'est rendu compte que certains patients ont des prédispositions génétiques à faire des formes graves ou des Covid longs."

"Ce n'est pas maintenant que je lancerai la campagne", répond Michaël Schwarzinger, médecin au CHU de Bordeaux, auteur de plusieurs études sur les comportements face à la vaccination. Il craint qu'en pleines vacances, les appels soient ignorés par les plus jeunes. "Pour eux, ce n'est pas une urgence", acquiesce Yves Buisson, qui trouve plus utile pour les jeunes adultes en bonne santé d'attendre l'automne et les vaccins "de seconde génération" conçus pour lutter contre des variants plus récents du virus.

"En cas de rappel, avec les nouveaux vaccins, adaptés au variant BA.1, les résultats montrent deux à trois fois plus d'anticorps pour Pfizer, et cinq fois plus pour Moderna", relève Olivier Schwartz, directeur de l'unité virus et immunité de l'Institut Pasteur. Mais ces résultats n'ont pas encore été confirmés par des analyses indépendantes. Et il faut déjà "les relativiser", prévient le chercheur : depuis leur conception, le variant BA.1 a été supplanté par le BA.5, qui résiste encore mieux aux anticorps.

Les jeunes à risque pas encore éligibles

L'urgence est plus grande, en revanche, pour les personnes de moins de 60 ans porteuses de comorbidités. Lors des précédentes campagnes de vaccination, les porteurs de pathologies pulmonaires, cardiaques ou qui souffrent de diabète étaient prioritaires. Aujourd'hui, à moins d'être immunodéprimées, elles n'ont pas le droit à un deuxième rappel, contrairement à ce que recommandait la Haute Autorité de santé en mai. Une grave erreur aux yeux d'Yves Buisson.

"Les personnes qui ont des comorbidités devraient être éligibles ! On n'en parle pas et je ne me l'explique pas. C'est pour moi une faute injustifiable."

Yves Buisson, épidémiologiste

à franceinfo

D'autant que le discours des autorités est ambigu. Mardi, le ministre de la Santé a également cité "les personnes qui ont des pathologies chroniques" parmi celles à qui la vaccination est ouverte, contredisant les informations disponibles sur le site de son ministère (sollicité, son cabinet ne nous a pas répondu). Alain Fischer, président du conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, affirmait même le 30 juin sur France Inter que "si quelqu'un souhaite recevoir sa quatrième dose et qu'il n'a pas 60 ans, il peut le faire", sans qu'une telle éligibilité n'ait jamais été annoncée. En pratique, certains médecins expliquent à franceinfo qu'ils feront l'injection à un patient jeune qui en a besoin, mais d'autres rappellent le risque juridique encouru en cas de problème.

Un léger regain du nombre d'injections

Une autre catégorie stratégique est également laissée de côté par la campagne vaccinale pour l'instant. "A mon sens, il faut vacciner les soignants volontaires avec le deuxième rappel, notamment aux urgences", plaide Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie du CHU de Bordeaux. Pas tant pour éviter les transmissions que pour s'épargner des arrêts maladie dans des établissements qui, comme le sien, manquent déjà cruellement d'effectifs. "En ce moment, ça tombe comme des mouches", assure-t-il.

Paradoxalement, la flambée de contaminations pourrait être le meilleur allié des vaccinateurs en ce début d'été. "Quand les médias auront expliqué pendant un mois que les réanimations sont pleines de personnes âgées, les patients iront faire leur quatrième dose", estime Michaël Schwarzinger. "Depuis une quinzaine de jours, c'est vrai que j'ai quelques patients qui, à l'occasion de consultations, me demandent une dose de rappel", se réjouit Pascal Meyvaert. Un frémissement qui commence à se voir sur les courbes du nombre d'injections. Mais qui est encore loin de ressembler à une vague.

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