Vaccination contre le Covid-19 : ce que dit l'Institut Pasteur à propos d'une possible fin des gestes barrières à l'automne

Des chercheurs ont déterminé le taux de couverture vaccinale nécessaire pour rester en deçà d'un millier d'hospitalisations par jour et pouvoir ainsi abandonner tous les gestes barrières.

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France Télévisions
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Des personnes viennent se faire vacciner au Palais des Sports de Lyon, le 29 mars 2021. (JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP)

Pourra-t-on dire adieu à l'épidémie de Covid-19 à l'automne prochain ? A ce stade, l'Institut Pasteur estime qu'un Français sur cinq a été infecté par le virus (entre 18% et 22%) depuis le début de la pandémie. Il est donc vain de miser uniquement sur les infections naturelles pour atteindre l'immunité collective et les espoirs reposent désormais sur la campagne de vaccination. Mais l'Institut Pasteur estime qu'il faudrait atteindre un taux de couverture vaccinale d'environ 90% des adultes, dans un article paru mercredi 7 avril, pour espérer autoriser "un relâchement total" des mesures barrières à l'automne.

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En s'appuyant sur les dernières données cliniques disponibles, les modélisateurs retiennent désormais l'hypothèse d'une réduction de 90% des formes graves chez les personnes vaccinées contre le Covid-19 et d'une réduction de 80% de la "susceptibilité", c'est-à-dire du risque d'être infecté. 

Les chercheurs ont d'abord fixé un objectif d'admissions à l'hôpital à ne pas dépasser : un millier par jour, soit trois fois moins que lors des première et deuxième vague du printemps et de l'automne 2020. Ils ont ensuite calculé le taux de couverture vaccinale nécessaire pour ne pas franchir ce seuil, à partir duquel la pression sur le système de santé est jugée excessive. En considérant qu'une personne infectée en contamine trois autres (R0 = 3), il faudrait alors vacciner 90% des plus de 65 ans et 70% des 18-64 ans pour s'affranchir enfin des mesures barrières.

L'hypothèse d'une vaccination des mineurs

Mais l'émergence des variants ces derniers mois a compliqué la donne. Durant la semaine du 22 au 28 mars, la part de suspicions de contaminations au variant apparu au Royaume-Uni était de l'ordre de 80% parmi les cas identifiés de Covid-19. Les caractéristiques de ce variant ont donc conduit les modélisateurs à envisager un autre scénario, moins optimiste, avec cette fois un R0 évalué à 4 (une personne infectée en contamine quatre autres).

Le cas échéant, une vaccination de 90% des plus de 65 ans et de 70% des 18-64 ans ne serait pas suffisante pour rester en deçà du millier d'hospitalisations quotidiennes. Il faudrait alors conserver des mesures barrières assez efficaces pour réduire les taux de transmission de l'ordre de 15% à 27%. Reste à connaître lesquelles.

Deux cas de figure pourraient permettre de lever les mesures barrières malgré un R0 élevé, mais les objectifs semblent ambitieux, voire hypothétiques. La première option repose sur une vaccination de 90% des adultes. Car, comme le souligne l'Institut Pasteur, "si seuls les adultes sont vaccinés, une épidémie importante est malgré tout attendue chez les enfants, contribuant à l'infection des parents et des grands-parents non protégés." L'autre option repose sur une ouverture du vaccin aux mineurs (sous réserve que les produits sur le marché soient sûrs pour les plus jeunes), avec une réduction de la "susceptibilité" du même ordre que chez les adultes. Dans ce cas, "une vaccination de 60-69% des 0-64 ans et de 90% des plus de 65 ans pourrait permettre le relâchement complet des mesures de contrôle", écrit l'Institut Pasteur.

Cette dernière option semble encore prématurée en France mais, en Israël, la vaccination des adolescents de 12 à 15 ans pourrait débuter en mai, après l'annonce des laboratoires Pfizer et BioNTech selon laquelle leur vaccin contre le Covid-19 est efficace à 100% sur cette tranche d'âges.

Un défi majeur à surmonter : les hésitations vaccinales

En attendant, la campagne de vaccination monte peu à peu en régime, en espérant de prochains signaux positifs sur les indicateurs de l'épidémie. Cette ouverture progressive correspond à une hausse prévue des livraisons de doses (dont celles du vaccin à dose unique de Janssen). La France attend au total 28,1 millions de doses au mois d'avril, pour un potentiel d'un peu plus de 13,6 millions de personnes vaccinées à la fin du mois – en appliquant un taux de perte de 5%, généralement retenu dans les hypothèses de travail –, puis 42,8 millions de doses en mai (potentiel de 21,5 millions de personnes vaccinées) et 71 millions en juin (potentiel de 37,7 millions).

Dans quelques semaines, le principal défi des pouvoirs publics ne sera plus d'obtenir des doses, mais bien de les utiliser, et donc de surmonter les hésitations vaccinales. Car diverses réticences subsistent, rendant les chiffres de l'Institut Pasteur difficilement atteignables. Début avril, seuls 65% des Français étaient vaccinés ou souhaitaient se faire vacciner, selon un sondage réalisé par l'Institut Ifop (en PDF). Un élément qui devra être pris en compte par les pouvoirs publics dans les scénarios de sortie de crise.

Ce taux tombe d'ailleurs à 50% chez les moins de 35 ans, ce qui représente une vraie difficulté. Le taux de couverture vaccinale des plus jeunes joue un rôle important quand les vaccins réduisent fortement les risques de transmission. Car si les plus jeunes ont un "risque plus faible de développer des formes sévères", insiste l'article de l'Institut Pasteur, "ils jouent un rôle important dans la transmission". En réduisant la circulation du virus, la vaccination de ces populations jeunes permet "donc de protéger de façon indirecte les plus fragiles".

Avec un Français adulte vacciné sur deux à l'automne, "il faudrait une réduction d'environ 40% de la circulation du virus pour rester sous le seuil des 1 000 admissions quotidiennes à l'hôpital", explique Simon Cauchemez, modélisateur au sein de l'institut Pasteur, dans un entretien au Monde. Un relâchement complet serait en effet synonyme de "pic des hospitalisations", peut-être même "au-delà de ce qu'on a connu au printemps et à l'automne".

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