Vaccin contre le Covid-19 : tous les Français "volontaires" doivent "pouvoir y accéder sans attendre trois, voire quatre mois", plaide le professeur Annane

"Tous les ingrédients sont réunis" pour que les "prochaines semaines ressemblent à mars" 2020, ce qui "serait vraiment catastrophique" selon le chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches.

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Le ministre de la Santé Olivier Véran a promis d'accélérer la campagne de vaccination en France. (DYLAN MEIFFRET / MAXPPP)

Tous les Français "volontaires" pour se faire vacciner "doivent pouvoir y accéder sans attendre trois, voire quatre mois", a plaidé le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches (Hauts-de-Seine), vendredi 1er janvier sur franceinfo, alors que le ministre de la Santé Olivier Véran a promis "d'accélérer" la campagne de vaccination en France. "Au travers d'une plateforme, ils pourraient facilement se manifester et ensuite être convoqués pour être vaccinés", a estimé Djillali Annane. 

franceinfo : Olivier Véran promet donc d'"accélérer" la campagne de vaccination. Les professionnels de santé de 50 ans et plus pourront être vaccinés dès lundi. Etes-vous satisfait ?

Djillali Annane : Nous étions plusieurs à dire qu'il était temps d'accélérer la vaccination, notamment en direction des professionnels de santé, dont le taux de contamination devenait inquiétant. Nous sommes donc partiellement satisfaits de cette annonce. On est très satisfaits de l'annonce du président de la République qui dit que chaque Français doit pouvoir se faire vacciner, mais sur le plan opérationnel, c'est encore trop lent et trop limité. D'une part, il n'y a aucune justification à limiter à 50 ans et plus l'âge des professionnels de santé, et d'autre part, il faudrait que tout Français qui soit volontaire pour se vacciner puisse avoir accès rapidement à la vaccination, qu'il puisse se manifester d'une plateforme, par exemple, qui pourrait être mise en place et permettre d'organiser la vaccination rapidement de tous les volontaires.

Vous êtes donc en désaccord avec la stratégie globale : on oublie la priorité, tous les volontaires doivent pouvoir se faire vacciner, selon vous ?

Je crois que si l'on veut vraiment accélérer la vaccination, il faut faire preuve de pragmatisme. Il y a beaucoup de Français qui sont volontaires pour la vaccination. Eh bien, ces Français qui sont volontaires doivent pouvoir y accéder sans attendre trois, voire quatre mois. Au travers d'une plateforme, ils pourraient facilement se manifester et ensuite être convoqués pour être vaccinés.

Mais cela pose deux questions : le nombre de doses disponibles et la logistique pour les acheminer un peu partout en France. Cela vous semble possible comme méthode ?

D'abord, on nous dit que la France reçoit 500 000 doses par semaine. Ensuite, on sait qu'on peut probablement écarter la deuxième dose, comme le font les Anglais, non pas la faire au bout de 28 jours, mais simplement au bout de six semaines, ce qui permet d'augmenter, du coup, le nombre de personnes qui peuvent accéder à une première vaccination. Et enfin, le ministre l'a dit, un certain nombre de centres vont ouvrir pour pouvoir faciliter l'accès à la vaccination. On voit une augmentation constante de la tension sur l'hôpital lié à la Covid-19. Le nombre de contaminations augmente, on le voit bien ces derniers jours. Et encore, il y a probablement une sous-estimation du nombre de cas dans les chiffres qui sont publiés chaque jour. On va vers une perte totale du contrôle de la situation épidémique dans le courant du mois de janvier. Ce qui veut dire que l'on va retarder de façon très importante un retour à la vie normale. C'est pour ça que la vaccination doit être accélérée.

Les prochaines semaines vont-elles ressembler aux dernières, selon vous ?

Oui, les prochaines semaines vont ressembler aux dernières et risquent malheureusement de ressembler à mars. Et ce serait vraiment catastrophique que mars 2021 soit égal à mars 2020. Tous les ingrédients sont réunis, sans compter l'arrivée de deux mutants qui sont pour le moins inquiétants par leur capacité à se propager plus vite et qui pourraient devenir prépondérants dans l'épidémie : le mutant britannique et le mutant mis en évidence en Afrique du Sud pour la première fois, et qui sont beaucoup plus virulents au sens qu'ils se propagent plus facilement. Ils pourraient donc changer encore la dynamique virale.

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