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Covid-19 : une tribune de scientifiques dénonce les méthodes de l'IHU de Marseille et "l'inaction de nos autorités de tutelle", le professeur Raoult se défend

Une quinzaine de sociétés savantes publient dimanche dans "Le Monde" une tribune pour dénoncer "vraisemblablement le plus grand essai thérapeutique sauvage connu à ce jour", mené par l'IHU Méditerranée Infection durant la crise du Covid-19.
Article rédigé par Solenne Le Hen
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Le professeur Didier Raoult, ancien directeur de l’IHU Méditerranée Infection, le 17 mai 2023. (SPEICH FREDERIC / MAXPPP)

Le professeur Mathieu Molimard, chef du service de pharmacologie au CHU de Bordeaux, est l'un des scientifiques à l'initiative d'une tribune publiée dimanche 28 mai dans le journal Le Monde. Il a signé le texte au nom de la Société française de pharmacologie et de thérapeutique qui, comme les 15 autres signataires, reproche aux équipes de l'Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection à Marseille d'avoir prescrit systématiquement de l'hydroxychloroquine à plus de 20 000 patients atteints de Covid-19.

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Cette prescription systématique s'est prolongée pendant plus d'un an et demi et alors même que, dès le printemps 2020, des études internationales écartaient l'usage de ce médicament. "Il a été montré dans les grands essais thérapeutiques que l'administration d'hydroxychloroquine était associée à une augmentation du risque, du risque d'être intubé et de décéder (de l'ordre de 13% d'augmentation)", précise le Pr Mathieu Molimard.

"Malgré ces publications, répétées, montrant l'absence de bénéfice de l'hydroxychloroquine, malgré la démonstraion formelle de l'inefficacité l'hydroxychloroquine, l'IHU a continué."

professeur Mathieu Molimard

franceinfo

Les signataires de cette tribune font un deuxième reproche aux équipes du controversé professeur Didier Raoult, ancien directeur de l'IHU Méditerranée Infection à Marseille : avoir donné de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine à presque tous leurs patients, même asymptomatiques, avec des ordonnances standards sur lesquelles le médecin avait juste à cocher des cases ou rayer un médicament. "Les ordonnances semblent, pour celles que j'ai pu récupérer toutes pareilles. Donc, tout est pré-imprimé. Il n'y a pas besoin de changer quoi que soit", rapporte le Pr Molimard. Selon lui, "cela prouve que c'est systématique et ça prouve qu'on est vraiment sur du protocole"

La finalité d'un protocole de recherche est de réaliser un essai clinique. "C'est une recherche clinique oui", affirme chef du service de pharmacologie au CHU de Bordeaux. "Il y a une volonté de publier. On n'est clairement pas dans du soin, on n'est clairement pas dans l'intérêt direct du patient. Par contre, il y a un intérêt à publier." 

"L'intérêt de publier, c'est ce que cela rapporte de l'argent."

professeur Mathieu Molimard

franceinfo

Le médecin explique que le système Sigaps (Système d'interrogation, de gestion et d'analyse des publications scientifiques) permet aux auteurs de publications "de ramener de l'argent vers leurs institutions. Donc, poursuit-il, quand on fait des publications itératives, on rapporte, on rapporte, on rapporte ... C'est un modèle économique." 

Les signataires dénoncent un "essai clinique sauvage ", car selon eux, l'IHU a "enfreint les règles" en ne demandant aucune autorisation à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), garante de la sécurité des patients. C'est pourtant obligatoire pour réaliser un essai clinique. Malgré cette entorse aux règles l'IHU Méditerranée Infection a publié des études à partir des données récoltées et s'apprête à en publier de nouvelles. "Et ça le problème que nous pointons dans cette tribune", réagit le docteur Amélie Boissier Descombes, présidente de l'association des victimes d'essais cliniques non autorisés.

"Nous sommes assez inquiets avec tous mes collègues hospitalo-universitaires qui se sont saisis de ce sujet puisque nous sommes face à l'inaction de nos autorités de tutelle."

Le docteur Amélie Boissier Descombes

franceinfo

Elle réclame aux autorités de santé une réaction et des sanctions, car dit-elle, "nous sommes en 2023 et, à l'occasion encore une fois malheureusement de nouvelles publications de la part de nos collègues de Marseille, nous constatons qu'il n'y a aucune sanction, aucune réaction forte de nos autorités de tutelle et c'est en cela que c'est un sujet qui est très inquiétant pour nous". François Braun, le ministre de la Santé et l'Agence nationale de sécurité du médicament assurent avoir saisi l’an dernier, le procureur de la République et que l’enquête est toujours en cours. L'ANSM estime par ailleurs, que la toute dernière publication de l'IHU de Marseille s'apparente en effet à un essai clinique pour lequel son avis aurait dû être sollicité. Elle se réserve le droit à nouveau de saisir la justice.

Le Pr Raoult fustige une "tribune d'imbéciles"

Une "tribune d'imbéciles", a réagi auprès de franceinfo le professeur Didier Raoult. "Que les autorités de santé viennent faire leur enquête sur l'hydroxychloroquine", poursuit-il, estimant que son protocole fonctionne, et que les études internationales ont été "truquées". Il assure que les équipes de l'IHU ont d'abord soigné. Il affirme également que les études cliniques publiées ou en voie de l'être sont "un travail rétrospectif".

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