Covid-19 : "La volonté politique de contrôler l'épidémie n'est pas claire", estime Samuel Alizon, du CNRS

Selon Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS, au laboratoire maladies infectieuses et vecteurs, la stratégie choisie par la France "est de laisser circuler le virus largement".

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Un infirmier prépare un vaccin à Toulon, le 16 avril 2021. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Sur le moyen ou le long terme, la volonté politique de contrôler l'épidémie de Covid-19 n'est pas claire", a estimé dimanche 18 avril sur franceinfo Samuel Alizon, directeur de recherche au CNRS, au laboratoire maladies infectieuses et vecteurs. Alors que la France met en place progressivement une quarantaine obligatoire pour les voyageurs en provenance du Brésil, d'Argentine, du Chili et d'Afrique du sud, mais aussi de Guyane, Samuel Alizon juge que cela n'aura pas d'effet sur les variants qui "sont déjà là". Selon lui, la stratégie choisie par la France "est de laisser circuler le virus largement".

franceinfo : Est-ce que la mise en place de quarantaine peut vraiment limiter l'arrivée en Europe et en France du variant brésilien ?

Samuel Alizon : On peut s'interroger sur la motivation. Parce que si c'est pour empêcher l'arrivée des variants venus d'autres pays, c'est trop tard. On sait qu'ils sont déjà en France. À ce niveau-là, cela peut jouer sur des nouvelles importations. Mais les variants sont déjà là, on les a détectés même s'ils sont rares. Il y a des inconnues aujourd'hui sur ces variants, mais ils sont déjà là. Si cela a un effet, ça ne sera pas sur l'arrivée des variants.

Est-ce qu'il faut s'inquiéter des variants brésilien et sud-africain ?

À court terme, le problème c'est le variant V1 détecté au Royaume-Uni. C'est 80% des cas. Celui-là, il est maintenant à peu près avéré qu'il est plus virulent. C'est à dire que si vous êtes infecté par celui-là, vous avez plus de risques de faire un Covid sévère. Il y a un peu un décalage entre ces effets d'annonce sur les quarantaines imposées aux voyageurs et l'absence d'annonce vis à vis du variant V1, dit britannique, avec la réouverture des écoles dans une semaine où là, on ne sait pas trop ce qui est prévu. Sur le moyen ou le long terme, les variants V2 et V3, ceux détectés en Afrique du Sud et au Brésil, posent pas mal de questions, notamment parce qu'ils semblent échapper à l'immunité naturelle et à l'immunité de certains vaccins.

Si vous avez déjà été infectés par des lignées qui circulaient en 2020, a priori, vous n'êtes pas immunisés ou très peu immunisés contre les variants V2 et V3. C'est ce qu'a vécu le Brésil, qui a eu une première vague extrêmement meurtrière et qui malgré cela est en train de revivre une deuxième vague extrêmement meurtrière.

Est-ce qu'il y a donc un intérêt à mettre tous les voyageurs en quarantaine en provenance de ces pays où le variant circule ?

Ces variants sont déjà là, donc, à court terme, vous n'empêcherez pas leur arrivée. Sur le moyen ou le long terme, la volonté politique de contrôler l'épidémie n'est pas claire. Aujourd'hui, la circulation massive en France, fait par exemple que la France est potentiellement aussi un des pays où des variants risquent d'évoluer. Le virus mute en continu. La plupart de ces mutations sont neutres. Plus vous le laissez circuler, plus il y a de risques que certaines de ces mutations aient des effets. Donc, la stratégie choisie par la France qui est de laisser circuler le virus largement est une stratégie qui maximise les risques, qui maximise les coûts à court terme, et qui, sur le long terme, maximise les risques aussi en termes d'évolution virale.

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