Neuf nouveaux cas de thromboses chez des patients vaccinés à l'AstraZeneca : "Ce n'est pas une bonne nouvelle", convient un pharmacologue

Mais "le risque, c'est que si on se prive de ces vaccins, on retarde la vaccination et on expose des patients à la mort par Covid-19", estime Mathieu Molimard, chef du service pharmacologie du CHU de Bordeaux.

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L'agence de sécurité du médicament a recensé en France neuf nouveaux cas de thromboses atypiques et deux cas de coagulation intravasculaire disséminée vendredi 16 avril.  (AMIR MAKAR / AFP)

"C'est clair que ce n'est pas une bonne nouvelle", mais "ce risque est très faible", a réagi vendredi 16 avril sur franceinfo Mathieu Molimard, chef du service pharmacologie du CHU de Bordeaux, après que l'Agence de sécurité du médicament a recensé en France 9 nouveaux cas de thromboses atypiques chez des patients âgés de plus de 55 ans et vaccinés avec AstraZeneca. "Le risque, c'est que si on se prive de ces vaccins, on retarde la vaccination de patients qui sont à risque et donc on les expose à la mort par Covid-19", a-t-il estimé.

franceinfo : Ce n'est décidément pas une bonne nouvelle pour ce vaccin qui était qui avait déjà une réputation un peu ternie ?

Mathieu Molimard : C'est clair que ce n'est pas une bonne nouvelle, mais ce n'est pas très surprenant. On a plusieurs éléments qui peuvent expliquer cela. D'abord, il y a ce qu'on appelle le biais de notoriété, c'est-à-dire qu'on a tellement parlé des thromboses que toute thrombose qui survient maintenant est déclarée en pharmacovigilance, donc on augmente la notification. Donc ça, c'est une première raison qui va faire qu'on a beaucoup de thromboses qui apparaissent actuellement dans les centres régionaux de pharmacovigilance. Donc, ça fait plus de cas qui remontent. Après, ce risque reste très faible puisqu'on est de l'ordre de 1 cas pour 100 000 patients traités. Cela peut sembler beaucoup, mais le risque de se faire foudroyer est aussi un risque, et mourir de la foudre est un risque qui est de cet ordre de grandeur.

C'est quand même un risque qui demeure et que l'on doit prendre en compte  ?

C'est un risque grave qui pose problème. C'est pour ça qu'on a réservé ce vaccin aux patients de plus de 55 ans, parce que parmi les cent mille morts que l'on vient malheureusement de noter en France, 95 000 sont des patients de plus de 55 ans. Donc, effectivement, prendre un risque de 1 sur 100 000 face à des gens qui ont un risque de mourir du Covid-19 de 1% ou 1 pour mille, ça reste encore avec un bénéfice risque qui est favorable. Malheureusement, on aimerait éviter ces cas et c'est vrai qu'on n'a pas trop d'autres solutions. Maintenant, c'est vrai que dans un an, on aurait assez de vaccins qui n'ait pas ce risque on ne discuterait pas, mais pour l'instant, il faut vacciner, vacciner et vacciner. Le risque, c'est que si on se prive de ces vaccins, c'est de retarder la vaccination de patients qui sont à risque et donc les exposer à la mort par Covid-19.

La bonne stratégie vaccinale. C'est de continuer aujourd'hui à vacciner avec ce vaccin AstraZeneca malgré ces risques  ?

Tout dépend de la quantité de vaccins d'autre nature qu'on peut récupérer. J'ai vu qu'on avait augmenté le nombre de vaccins de type ARN qui vont être disponibles. Mais si on se prive des vaccins AstraZeneca, on se prive également du vaccin Janssen, on se prive également du vaccin Spoutnik, qui ont la même plateforme. Donc, si on n'utilise pas ces vaccins chez les gens qui sont très à risque de mourir du Covid-19, au motif qu'il y a un risque de 1 sur 100 000, du coup, ces gens-là peuvent mourir du Covid-19 sans avoir été vaccinés. Alors c'est vrai, ça aussi, c'est difficile. Là, les autorités de santé vont devoir trancher dans les jours qui viennent. La raison voudrait qu'on continue à vacciner tant qu'on n'a pas assez de vaccins ARN qui ont moins ce risque. Mais c'est difficile politiquement.

Mais vous vous comprenez tout de même que certains Français hésitent à se faire vacciner AstraZeneca  ?

C'est clair que si on a plus de 55 ans, on est donc à risque. Le premier vaccin disponible, c'est celui que je prends, y compris pour moi-même. Donc, le risque est de 1 sur 100 000. C'est un risque infinitésimal. C'est exceptionnel. On compte d'habitude les risques jusqu'à 1 sur 10 000 avec les médicaments classiques. Quand vous prenez votre voiture, votre risque est de 1 sur 20 000 de mourir tous les ans, donc vous avez un risque cinq fois plus faible que celui de mourir en voiture dans une année. Donc, bon, il faut savoir raison garder. C'est vrai que cette notion de risque est difficile à expliquer. C'est vrai que quand on a cette thrombose cérébrale, c'est cent pour cent pour soi. Donc le risque est faible mais il existe. Tous les médicaments ont des risques. Ils ont parfois du bénéfice. En l'occurrence, les vaccins ont beaucoup de bénéfices.

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