Tribune pour la scène musicale française : Jean-Michel Jarre "milite pour les concerts payants en ligne"

L'auteur-compositeur-interprète Jean-Michel Jarre, signataire d'une tribune dans le Journal du Dimanche, prône l'invention d'une "nouvelle culture alternative à celle des concerts" physiques. 

Le musicien Jean-Michel Jarre, invité de franceinfo en octobre 2019.
Le musicien Jean-Michel Jarre, invité de franceinfo en octobre 2019. (Jean-Christophe Bourdillat / Radio France)

"Je milite beaucoup pour les concerts payants en ligne", déclare Jean-Michel Jarre ce dimanche 24 mai sur franceinfo. L’auteur-compositeur-interprète prône l’invention d’une "nouvelle culture, une nouvelle économie alternative à celle des concerts" physiques. Avec 142 artistes et acteurs du monde culturel, le musicien signe une tribune dans le Journal du Dimanche pour soutenir la scène française, déjà largement touchée par la crise économique causée par la pandémie de coronavirus.

franceinfo : Dans votre tribune, vous demandez aux médias de diffuser davantage de titres musicaux français. Pourquoi ?

Jean-Michel Jarre : Depuis deux mois, tout le pays est confiné. Nous avons fait deux choses : sortir pour se nourrir ou pour prendre des médicaments, et puis regarder des films, lire et écouter de la musique. Or, s'il fallait encore le prouver : la musique comme le reste des secteurs culturels et des modes d'expression sont des biens de première nécessité. Pourtant, le secteur de la culture en général et celui de la musique en particulier sont totalement sinistrés. Tout l'écosystème de la scène musicale avec les artistes, les auteurs, les créateurs, mais aussi des techniciens est à l'arrêt total. 50% des petites PME, des petites productions de concerts, et des moins petites d'ailleurs, risquent de disparaître en 2021. Il est donc urgent qu'on fasse quelque chose et que cette solidarité qu'on a senti dans notre pays pendant plus de deux mois, puisse aussi s'appliquer aux artistes et aux musiciens en particulier. Nous demandons d'une part que l'ensemble des médias fassent passer en priorité, comme une sorte d'effort d'après-guerre, les artistes français, et d'autre part que l'on puisse le plus vite possible avoir des décisions claires sur les festivals et les concerts. Cela s'applique bien entendu aussi à nos amis du théâtre et du cinéma.

Pendant le confinement, des artistes tels que Christine and the Queens ou Alain Bouchon, ont fait des concerts en ligne, et la Sacem a annoncé qu’ils seraient rémunérés. Est-ce une bonne façon d’aider l’industrie de la musique pendant la pandémie ?

Bien sûr. C'est un très bon exemple que celui de la Sacem, c’est-à-dire de pouvoir prendre en compte le fait que la musique n'est pas comme l'air qu'on respire et qu’il faut sortir de cette attitude que nous avons de considérer au fond que la musique est gratuite. On rechigne à payer quelques euros pour un album, par exemple, ou pour un concert, alors que les mêmes n'hésitent pas à s'acheter un t-shirt ou une paire de tennis à plusieurs dizaines d'euros. Donc, il y a quelque chose qu'il faut rééquilibrer. Profitons justement de cette crise pour donner à la musique les égards qu'elle mérite.

Souhaitez-vous que des concerts payants soient organisés en ligne ?

Absolument ! Je milite beaucoup pour les concerts payants en ligne. On s'aperçoit que les grandes plateformes internet ont finalement fait leur beurre. Elles se sont enrichies sur le dos du coronavirus, de manière indirecte, en diffusant du contenu créé par des auteurs qui ont du mal à s'en sortir. On a un certain nombre de projets pour la rentrée et c'est effectivement quelque chose dont on parle sérieusement. Je pense qu'il faudrait de manière globale qu'on puisse inventer une nouvelle culture, une nouvelle économie alternative à celle des concerts où on se retrouve physiquement épaule contre épaule. Même s'il n'y a rien de mieux. Cette idée de faire des concerts sur Internet est quelque chose qui peut fonctionner et il n’y a aucune raison pour que ça ne soit pas payant et qu'on ne rétribue pas les artistes qui nous donnent de la joie et qui nous aident à vivre cette résilience et dont on va avoir cruellement besoin dans les mois qui viennent.

Emmanuel Macron a annoncé des mesures pour la culture, une baisse des taxes, une prolongation des droits pour les intermittents. Est-ce suffisant ou faut-il aller encore plus loin ?

Le seul État dont le président a inclus dans ses réflexions la culture, c'est quand même la France, donc il faut quand même remettre les choses en place. Il y a malheureusement des pays émergeants comme en Afrique, comme en Amérique du Sud, comme des tas de pays dont le secteur de la culture est encore dans une situation beaucoup plus critique que la nôtre. Je pense que le l'État est dans son rôle, mais il faut en même temps que les artistes français se bougent. Il faut arrêter de considérer l'État comme un État providence, d'avoir une attitude d'assistés. Ce n'est pas le cas dans d'autres pays européens. Je pense que c'est à nous aussi d'être créatif. C'est à nous d'envoyer un message clair comme celui qu'on envoie aujourd’hui.