Témoignages Covid-19 : avec le retour du confinement, l'angoisse et le stress reviennent aussi

Nécessaire pour certains afin d'enrayer l'épidémie, liberticide pour d'autres, il va réglementer la vie des Français jusqu'au 1er décembre, a minima.

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La place de la Concorde à Paris vide le 19 avril 2020. (ARTHUR NICHOLAS ORCHARD / HANS LUCAS / AFP)

La France se confine à nouveau. Emmanuel Macron a annoncé mercredi 28 octobre un nouveau confinement à compter du vendredi 30 octobre et jusqu'au 1er décembre, au moins. Après avoir été total entre le 17 mars et le 11 mai, ce deuxième épisode, mis en place pour enrayer une épidémie de Covid-19 galopante, sera cependant plus allégé que le précédent. Les crèches, écoles, collèges et lycées resteront ouverts, davantage de secteurs de l'économie pourront poursuivre leur activité et les visites dans les Ehpad seront cette fois autorisées.

Pour savoir comment vous comptez vous organiser face à ce nouveau confinement, nous avons lancé un appel à témoignages. Vous avez été une centaine à nous répondre, et nous avons retenu six de vos témoignages. Si certains abordent cette période avec plus de sérénité qu'il y a six mois, d'autres n'hésitent pas à confier leurs angoisses et leur ras-le-bol. Tous en revanche s'accordent sur la nécessité d'une telle mesure face au virus. Voici ce que vous nous avez confié.

Claire*, 47 ans, infirmière

"Lors du premier confinement, gérer mon travail et la maison, ça a été l'enfer. Je suis séparée avec deux enfants de 13 et 16 ans. La plus grande était autonome, mais le plus jeune n'a pas été pris en charge car il n'y avait pas de professeurs au collège. Un étudiant est venu pendant un mois pour gérer ses devoirs, mais j'ai complètement craqué au mois de juin. J'allais travailler le matin, en rentrant, je devais m'occuper des devoirs qui n'étaient pas faits, je devais gérer les conflits depuis l'hôpital, je recevais des sms où l'un reprochait quelque chose à l'autre... Gérer tout cela tout en travaillant, c'était trop.

Je ne suis pas encore totalement remise de cette période qu'on nous annonce un nouveau confinement... Je ne vais pas tenir si cette deuxième vague dure trop longtemps. En plus, on l'attaque alors qu'on est déjà en sous-effectif à l'hôpital. J'ai peur de laisser encore livrés à eux-mêmes mes enfants – j'ai eu l'impression de les abandonner au printemps. Ce reconfinement est nécessaire parce que les gens ne sont pas assez responsables. Mais je suis en colère contre le gouvernement qui n'écoute pas les gens sur le terrain.

Le gouvernement gère des chiffres, mais ce n'est pas la même chose que de gérer des gens qui meurent.

Claire, infirmière

à franceinfo

Cela fait 30 ans que je fais ce métier, 20 ans qu'on tire la sonnette d'alarme. Même la revalorisation qu'on nous promettait en octobre, je ne l'ai pas touchée. On nous promet des choses qu'on n'obtient pas et on nous demande encore des efforts... De sauver le monde avec des bouts de ficelle."

Gwenaëlle, 42 ans, cadre 

"Je ne suis pas inquiète que l'on soit reconfinés. Lors du premier épisode, nous nous étions installés dans notre maison secondaire à Pont-l'Evêque (Calvados).  Lorsque le président de la République l'a annoncé le 16 mars à 20 heures, à 22 heures, nous étions dans la voiture – on quittait les Yvelines, direction la Normandie. Entre un 65 m² et un 120 m² avec jardin, on n'a pas hésité. On a une chance inouïe d'avoir cette maison. C'est un luxe, on en a conscience.

On a été très respectueux des consignes pendant cette période car le racisme anti-Parisien était très fort.

Gwenaëlle, cadre

à franceinfo

Encore aujourd'hui, les gens du coin accusent les Parisiens de faire circuler le Covid-19. Je suis actuellement en vacances là-bas avec ma fille et toute la question était de savoir si on allait pouvoir y demeurer. J'aurais bien aimé, mais l'école à la maison semble impossible. Nous allons suivre les recommandations et rentrer en Ile-de-France, à notre grand desarroi. On a prévu de revenir dimanche matin, car les annonces du président de la République le permettent, sauf si entre-temps, les précisions de Jean Castex laissent la possibilité de faire l'école à distance. On espère juste que ce confinement nous permettra de nous réunir en famille à Noël."

Franck*, 28 ans, médecin

"Je comprends la mesure d'un reconfinement, qui est vraiment le dernier recours quand la situation devient incontrôlable. Mais j'attendais du discernement de la part de l'Etat. Les dernières annonces sont encore trop floues – je souhaitais notamment des règles plus permissives lorsqu'il s'agit du rapprochement conjugal. Je suis en couple depuis sept ans avec quelqu'un qui vit à Lille. J'étais à Reims pendant le premier confinement et la distance a été difficile à vivre. On pouvait se voir grâce aux moyens technologiques, mais ça ne remplace pas la présence physique. C'était encore pire pour elle, car elle ne voyait personne. Ce n'était vraiment pas facile à gérer : symptômes anxio-dépressifs, difficultés à se lever le matin, pas forcément envie de travailler.

Quand on a pu se retrouver au mois de mai, on a préféré occulter la période qu'on venait de vivre, on voulait passer à autre chose, car on se disait que ce serait la dernière fois.

Franck*, médecin

à franceinfo

Notre couple, ce n'est pas Les Feux de l'Amour (rires), il n'y a pas eu d'engueulades, on n'a pas été au bord de la rupture. C'est plus de la crainte et de l'anxiété car on sait que ce sera très, très dur à revivre. J'estime qu'on a fait partie des oubliés du confinement. On espère juste que cette période va vite se terminer."

Patricia*, 54 ans, enseignante

"En tant qu'enseignant, on a une mission par rapport à la société, aux enfants – mais j'ai quand même l'impression qu'on nous envoie au casse-pipe. Face à mes 28 élèves de CP qui ne portent pas de masques, je ne me sens pas forcément en sécurité [Ndlr : Jean Castex a depuis annoncé que les enfants dès 6 ans porteraient des masques à l'école]. Mais j'irai évidemment enseigner lundi 2 novembre. J'ai fait ce choix, j'ai ma conscience civique et je ferai n'importe quoi pour mes élèves. On a envie qu'ils fassent une année scolaire qui ressemble à quelque chose. Pour l'instant, on n'a aucune visibilité sur la rentrée du 2 novembre. Nous accepterons les élèves dès 8h30, bien qu'en raison de l'hommage à Samuel Paty, la reprise ne soit prévue qu'à 10 heures.

Dans mes rêves les plus fous, je préférerais avoir des demi-groupes, mais les délais sont trop courts pour que l'on s'organise.

Patricia*, institutrice

à franceinfo

J'aimerais que l'on parle un peu plus des risques que les enseignants de l'élémentaire prennent face à des élèves qui n'ont aucune conscience des gestes barrières, notamment les plus jeunes."

Emma, 26 ans, ressources humaines

"Ce nouveau confinement ne m'inquiète pas – j'irai toujours faire les courses chez le même petit producteur à côté de chez moi et je continuerai à faire du sport. Mais on n'a pas la discipline : les jeunes ont l'impression qu'on leur vole leur jeunesse, donc ils jouent les rebelles. Ce sont des comportements très individuels. On aura beau essayer de leur expliquer, on n'arrivera pas à faire comprendre qu'il faut jouer collectif. S'il y a des règles, c'est pour qu'on les respecte, je préfère me dire que je laisse en suspens six mois de ma vie.

Je n'en veux pas aux gens parce qu'on a tous le droit de vivre, mais certains n'ont pas conscience de l'ampleur des choses. Ma grand-mère a attrapé le Covid-19, elle est sous morphine à Grenoble. Son état est stable. Elle n'a pas envie de partir parce que mon grand-père est encore en vie, mais j'ai peur qu'elle s'acharne. Ma mère m'a dit d'aller la voir. Et j'ai envie de la voir maintenant plutôt que de ne garder qu'un souvenir de crématorium." 

Hervé*, 24 ans, chargé de marketing

"Lors du confinement au printemps, j'étais chez moi, en télétravail, tout seul. Je ne suis pas prêt à revivre cela. J'étais très dépressif, j'avais des accès de colère lorsque quelque chose ne fonctionnait pas et mes voisins s'en sont plaints. C'est important que je voie ma famille, mes amis, d'avoir une vie sociale. Je ne veux pas faire, à nouveau, ce sacrifice.

Je ne respecterai donc pas ce deuxième confinement.

Hervé*, chargé de marketing

à franceinfo

Durant la période de couvre-feu, j'ai fait quelques soirées de 21 heures à 6 heures chez des amis, il n'y avait plus de gestes barrières, mais ceux qui y participaient n'avaient pas de problème avec ça. En dehors de ce genre de soirées, je porte le maque, je garde les distances et je me lave les mains.

Je suis prêt à entendre les remontrances. Je sais que mon discours peut ne pas être accepté. Moi c'est la situation de l'hôpital que je n'accepte pas. On savait qu'en cas de grosse épidémie, on allait droit dans le mur. Durant l'été, on aurait dû imposer des mesures plus draconiennes tout de suite, plutôt que de faire des compromis comme à Paris  – des rues avec masques, d'autre sans, ça n'avait aucun sens. Je comprends l'urgence à reconfiner, mais c'est une mesure liberticide. On ne devrait pas s'habituer à un état d'urgence sanitaire : si cela dure dans le temps, ce n'est plus de l'urgence."

* A la demande des personnes interrogées, ces prénoms ont été modifiés.

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