"Respecter un mètre de distance, ce n'est pas possible" : l'organisation difficile des universités, entre amphithéâtres bondés et cours à distance

Une circulaire du ministère de l'Enseignement supérieur demande aux universités de se préparer à plusieurs scénarios possibles à cause de l'épidémie de coronavirus. Cette circulaire envisage la fermeture et la totalité des cours à distance.

Article rédigé par
Lou Bourdy - Alexis Morel
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Dans l'amphithéâtre du campus des sciences de l'Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, une place sur deux est condamnée. (ALEXIS MOREL / FRANCE-INFO)

Adélaïde est en terrasse devant la Sorbonne avec ses camarades. "On est emboîtées comme des sardines" dans les amphithéâtres, déplore-t-elle. "On a des photos d'amphis où les gens sont à l'intérieur et on est tous serrés", renchérit une de ses camarades. "Impossible de rentrer dans la salle pour assister aux cours", ajoute une autre. Sur leur téléphone, les étudiantes font défiler des photos prises cette semaine dans les locaux de la fac. On y voit des étudiants masqués pour se protéger mutuellement du coronavirus, mais agglutinés à l'entrée de l'amphithéâtre. Certains sont carrément assis par terre dans le couloir.

La rentrée universitaire vient à peine de commencer, et une dizaine de foyers de contamination ont déjà été recensés sur les campus partout en France. Il y a notamment eu des contaminations après des soirées, mais aussi à l'intérieur des facs. Après six mois de fermeture, elles doivent concilier accueil des étudiants et impératifs sanitaires. Le mot d'ordre, c'est que les étudiants reviennent dans les amphithéâtres. "Ça ne rassure pas trop de voir autant de gens agglutinés les uns contre les autres. Respecter un mètre de distance, c'est pas possible", s'agace cette étudiante de la Sorbonne.

J'ai été dans des cours où les profs demandent qu'une place sur deux reste vide, mais ce n'est pas possible pour tous. Il y a des cours qui sont très sollicités. Il y en a auxquels je n'ai pas pu assister.

une étudiante

à franceinfo

Héloïse et Océane sont en troisième année de licence à la Sorbonne. Selon elle, l'accueil des étudiants n'est pas adapté au contexte sanitaire. "Il n'y a pas de gel hydroalcoolique en libre service. Ni à l'entrée, ni dans les couloirs, ni aux toilettes", s'inquiète Héloïse. En plus de ça, tous les étudiants ne respectent pas le masque, ajoute Océane. "Il y en a beaucoup qui le mettent sous le menton. Dans les couloirs même, on les voit sans masque."

Victoria, elle, en a marre qu'on pointe du doigt l'irresponsabilité des jeunes. "C'est un peu hypocrite de nous demander de respecter des mesures, des normes et en attendant, l'institution fait qu'on ne peut pas les respecter", analyse-t-elle. De son côté, la direction de la Sorbonne assure que l'organisation de la faculté s'adaptera à l'évolution de l'épidémie.

Organisation hybride

D'autres universités ont décidé d'éviter à tout prix les amphis bondés en préparant pendant l'été une organisation hybride : une partie des cours sur le campus, une autre partie à distance. C'est le cas de l'université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Le campus des sciences compte 3 800 étudiants. Seule la moitié d'entre eux est présente en même temps sur le site.

En cours d'informatique, pour les jeunes en première année de licence, l'amphithéâtre est clairsemé. La faculté a décidé de favoriser ces nouveaux étudiants, ceux qui découvrent l'université. Tous leurs cours magistraux se font donc sur le campus, face au professeur. Pour respecter les distances, tout est dédoublé. À la place d'un amphi de 250 étudiants, il y a deux amphis avec chacun 125 jeunes.

Dans l'amphithéâtre du campus des sciences de l'Université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, une place sur deux est condamnée. (ALEXIS MOREL / FRANCE-INFO)

Pour y arriver, il a fallu faire quelques sacrifices pour les autres promotions. "On est conditionnés par nos locaux, donc cela entraîne qu'en deuxième année et en troisième année de licence, les étudiants aient moins de présentiel", explique Christine Greck, directrice de la faculté de sciences. "Pour les deuxièmes et troisièmes années, tous les cours magistraux sont en à distance et les travaux dirigés se font par demi groupe."

Les étudiants viennent une semaine en présentiel et la semaine suivante, ils travaillent en autonomie.

Christine Greck

à franceinfo

Les étudiants, eux, sont très partagés. "Parfois, on ne voit pas le prof, on voit juste un écran noir et on n'arrive pas à se concentrer et écouter seulement la voix du prof", évoque une étudiante. "Surtout, les cours à distance sont le matin, donc c'est chaud. Tu te laisses aller, tu te réveilles deux ou trois minutes avant, c'est compliqué", sourit une autre.

L'université a investi pour essayer de rendre le processus plus fluide : 750 000 euros d'investissement au total pour des caméras pour filmer les cours, des ordinateurs pour professeurs et étudiants. Désormais, la fac est bien plus préparée qu'au début du confinement, selon Abderaouf Ben Ali, enseignant en électronique.

Au mois de mars, il n'y avait pas d'outil d'enseignement, c'était plus des outils pour faire de réunions à distance. Là, en septembre, on dispose de deux outils spécifiquement pour faire un cours.

Abderaouf Ben Ali

à franceinfo

"Au mois de mars, les étudiants ne connaissaient que Skype. Maintenant, les dispositifs d'enseignement à distance, ils en maîtrisent quelques uns. C'est bon, ils sont préparés", ajoute l'enseignant.

La dernière circulaire du ministère demande aux universités de se tenir prêtes, avec quatre scénarios pouvant aller jusqu'à la fermeture totale et le 100% à distance. Déjà ces derniers jours, à Rennes ou Montpellier, des établissements ont dû suspendre les cours pour des promotions entières d'étudiants, après la découverte de dizaines de cas de Covid-19.

La rentrée universitaire en temps de Covid-19 : écoutez le reportage de Lou Bourdy et Alexis Morel
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