Propos du Pr Raoult sur la saisonnalité du Covid-19 : penser "simplement" que "le fait qu'il fasse beau et chaud va freiner le virus est un petit peu trop optimiste", réagit un virologue

Bruno Lina, professeur de virologie au CHU de Lyon, appelle à la prudence après les propos du professeur marseillais Didier Raoult, qui estime que le virus cessera de se propager avec la hausse des températures.  

Le professeur Bruno Lina, virologue, à l\'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon (Rhône), le 21 avril 2020. 
Le professeur Bruno Lina, virologue, à l'hôpital de la Croix-Rousse à Lyon (Rhône), le 21 avril 2020.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

"Avoir simplement comme idée que le fait qu'il fasse beau et chaud va freiner le virus est probablement un petit peu trop optimiste", estime le professeur de virologie au CHU de Lyon, Bruno Lina, ce mercredi 22 avril sur franceinfo. Le professeur Didier Raoult, déjà connu pour son utilisation de l'hydroxychloroquine comme traitement du coronavirus Covid-19, explique dans une vidéo que le coronavirus est très certainement un virus saisonnier et qu'"il est possible que d’ici un mois, il n’y ait plus de cas du tout dans la plupart des pays tempérés" avec l'arrivée d'un temps plus chaud.

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Pour Bruno Lina, le Covid-19 "deviendra très probablement un virus saisonnier" mais, pour le moment, "même si le temps peut jouer en notre faveur, ce n'est pas suffisant." Le Covid-19 "ne disparaîtra pas complètement cet été". Pire, "si l'on retrouve une vie normale comme l'été dernier, l'épidémie repartira".

franceinfo. Est-il permis de partager cette hypothèse sur le caractère saisonnier du coronavirus ?

Bruno Lina. À terme, ce virus deviendra très probablement un virus saisonnier. Je ne vais pas dire que c'est certain mais ce sera très probable. Beaucoup de virus respiratoires, une fois qu'ils sont installés chez l'homme, prennent une saisonnalité. Soit hivernale classique comme on le voit pour la grippe, soit 'automno-estivale' comme pour les rhinovirus. Donc ça ne veut pas forcément dire que ce sera l'hiver quand on parle de saisonnalité.

Dire que le coronavirus pourrait disparaître d'ici un mois dans les pays tempérés comme le fait le professeur Raoult, c'est aller un peu vite en besogne ?

Pour l'instant, quand on observe la décroissance du coronavirus, ce n'est pas grâce à la saison mais au confinement. C'est peut-être amélioré par un effet de saison mais c'est bien le confinement qui permet ça. Il faut être extrêmement prudent car, quand le confinement sera levé aux alentours du 11 mai, il y a un risque de redémarrage épidémique. Ce dernier est observé en Asie où il fait chaud. On voit aussi qu'il y a une épidémie très importante en Floride où il fait chaud.

Avoir simplement comme idée que le fait qu'il va faire beau et chaud va freiner la diffusion du virus est probablement trop optimiste. Il y a encore des notions de comportement pour ce virus qui a encore un caractère pandémique et non saisonnier pour le moment. Il a une capacité de reprise épidémique importante, très peu d'entre nous sont immunisés.

Il pourrait dans l'absolu disparaître et revenir l'hiver prochain ?

Le voir disparaître totalement cet été, je ne crois pas. En revanche, qu'il circule à très bas bruit cet été et que l'on ait un nombre de cas très limité, c'est tout l'enjeu de la levée du confinement. Mais il ne disparaîtra pas complètement cet été. En revanche, il faut qu'on soit vigilant sur une chose, c'est qu'à partir du moment où les températures faciliteront la diffusion d'un virus, il y a risque de reprise épidémique.

Mais penser que le virus, si l'on retrouve une vie normale comme l'été dernier avec 40 millions de personnes accumulées sur la Côte d'Azur ou dans le sud de la France avec des étrangers, l'épidémie repartira, c'est une évidence. Il faut donc rester prudent. Même si le temps peut jouer en notre faveur, ce n'est pas suffisant.