Plan de soutien automobile : "Si le gouvernement persiste, ces 5 milliards d'euros vont servir une logique suicidaire", estime la CGT du groupe Renault

Pour Fabien Gâche, délégué central CGT chez Renault, la stratégie du groupe automobile doit changer pour que le prêt garanti par l'État soit utilisé à bon escient. 

Un salarié masqué quitte l\'usine Renault de Sandouville (Seine-et-Maritime), le 22 mai 2020.
Un salarié masqué quitte l'usine Renault de Sandouville (Seine-et-Maritime), le 22 mai 2020. (LOU BENOIST / AFP)

Le président Emmanuel Macron se rend mardi 26 mai dans une usine de l'équipementier Valeo à Étaples, près du Touquet (Pas-de-Calais) pour annoncer un plan d'aide à la filière automobile, durement touchée par deux mois de confinement. Avant son déplacement, le chef de l'État doit recevoir en début de matinée à l'Elysée Jean-Dominique Senard, le PDG de Renault, où les syndicats redoutent des suppressions de postes et la fermeture de sites, alors que la Commission européenne a donné son accord à l'octroi d'un prêt garanti par l'État à Renault de 5 milliards d'euros. "Si le gouvernement persiste dans sa stratégie, ces 5 milliards d'euros vont finalement servir pour poursuivre cette logique suicidaire", a réagi sur franceinfo ce mardi 26 mai, Fabien Gâche, délégué central CGT chez Renault.

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Fabien Gâche. Bien sûr, on assiste à l'amplification et l'accélération de stratégies que l'on connaît malheureusement depuis une vingtaine d'années. Elles consistent à focaliser la stratégie de l'entreprise sur des résultats financiers, c'est-à-dire un niveau de marge par véhicule vendu toujours le plus important possible et maintenant à deux chiffres. Ce qui se traduit dans les faits par la délocalisation et l'externalisation.

Sauf que là, on arrive à une situation qui pour nous pose le problème de l'existence même de Renault à très court terme, si le gouvernement persiste dans sa stratégie, ces 5 milliards d'euros vont finalement servir pour poursuivre cette logique suicidaire.

Plusieurs fermetures de sites sont évoqués chez Renault à Caudan, dans le Morbihan, à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) également à Dieppe (Seine-Maritime). En avez-vous eu la confirmation ?

Pas encore. On rencontre M. Senard ce mardi après-midi, on espère que l'on pourra discuter de cette situation. En tout cas, une chose est certaine, c'est que l'on avait déjà eu à l'intérieur de l'entreprise des informations qui faisaient état du non-renouvellement d'une partie de la gamme Renault. Ce qui veut dire que concrètement, Renault n'aurait à offrir que deux véhicules électriques en France qui coûterait pour l'instant pas moins de 40 000 euros pour l'un et pour l'autre 70 000 euros. Le reste, c'est-à-dire Clio et Captur, qui sont des véhicules thermiques et hybrides, sont totalement fabriqués hors de l'Hexagone. Ce qui veut dire qu'on va affaiblir d'autant plus Renault dans sa capacité d'offrir des véhicules qui correspondaient en tout cas à ce qu'on appelait son cœur de gamme.

Or nous, on a un projet sur lequel on va aussi discuter cet après midi, de pouvoir fabriquer en France le cœur de gamme de Renault. Des véhicules électriques et des véhicules hybrides à des prix abordables pour le plus grand nombre d'une part, mais aussi relocaliser des Clio et des Dacia en France parce qu'il est faux de dire qu'elles ne sont plus fabricables sur le pays.

Avant l'annonce de son plan, Emmanuel Macron va rencontrer le PDG de Renault, Jean-Dominique Senard, que souhaitez-vous qu'il lui dise ?

Il faudrait déjà que Bruno Le Maire soit à l'écoute et qu'il dresse une oreille attentive à ce que l'on peut essayer de lui dire. Il n'a jamais daigné répondre à nos sollicitations multiples. Notamment concernant le fait de remettre sur la table une stratégie qui tienne compte de tous les enjeux actuels, qui sont d'abord des enjeux sociaux. Pour nous, les enjeux sociaux sont indissociables des enjeux environnementaux. Par exemple, Bruno Le Maire dit qu'il ne s'opposera pas à la fermeture des sites en France, car ça ne ferait selon lui qu'ajouter aux difficultés de Renault, et c'est bien ça le problème.

Le ministre est en train de signer l'arrêt de mort de Renault à notre sens, à très court terme. Il valide une fois encore une stratégie suicidaire pour l'entreprise, suicidaire sur le plan social pour toute la filière automobile. De nouvelles suppressions d'emplois chez Renault, c'est aussi la suppression d'emplois dans toute la filière automobile française. Or, nous pensons au contraire aujourd'hui qu'il faut remettre sur la table deux questions fondamentales. La première : quel développement souhaite-t-on aujourd'hui de l'industrie automobile en France ? La seconde : quelle utilisation faisons-nous des fonds publics ? Ces deux questions, on pense qu'elle mérite un débat.