Agression d'élus par des anti-pass : "Si vous n'êtes pas d'accord, mettez-nous dehors avec un bulletin de vote, pas avec de l'agressivité", clame un député LREM

Le député Romain Grau a été agressé samedi à Perpignan par des manifestants anti-pass. Pour Patrick Vignal "la classe politique a une responsabilité" dans ce climat alors que les menaces et agressions se multiplient envers les élus.

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Radio France
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Le député LREM Patrick Vignal à Montpellier le 29 janvier 2020. (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

"Si vous n'êtes pas d'accord avec nous, mettez-nous dehors avec un bulletin de vote, pas avec de l'agressivité", a déclaré dimanche 23 janvier sur franceinfo le député LREM de l'Hérault Patrick Vignal, au lendemain de la nouvelle agression d'un député par des anti-pass, à Perpignan (Pyrénées-Orientales). "Ce n'est pas cette société que l'on veut", assure-t-il, avant d'estimer que "la classe politique a une responsabilité".

franceinfo : Les élus locaux sont-ils plus en danger aujourd'hui qu'auparavant ?

Patrick Vignal : Bien sûr qu'ils sont en danger mais cela va au-delà des élus. C'est toute la société qui est au bord du burn out. Rappelez-vous du moment des attentats de 2015. Nous avions alors une France qui faisait corps, une France qui était capable de féliciter ses policiers. À ce moment-là, nous avions déjà une classe politique qui était dans l'adversité, malgré ce qu'il s'était passé.

"Aujourd'hui, la classe politique a une partie de responsabilité dans ce qu'il se passe, dans la violence verbale, dans nos réflexions sur les plateaux médiatiques. Le vrai débat, c'est que nous, les politiques, nous cherchons à avoir des électeurs et non pas à former des citoyens."

Patrick Vignal, député LREM

à franceinfo

Vous voyez bien comment fonctionne la société aujourd'hui, dans laquelle vous avez des cabinets de communication qui expliquent aux politiques ce qu'il faut dire. Regardez en ce moment avec la présidentielle : on ne parle pas de projets, on ne parle pas d'idées, mais on se pose la question de savoir comment on va contrecarrer l'autre.

Tout cela infuse la société et le vrai débat, c'est de retrouver l'ADN de la démocratie. Qu'on soit d'accord ou non, ce n'est pas possible d'aller invectiver un parlementaire. Est-ce que vous vous rendez compte qu'on a cassé cinq fois ma permanence ! Ce qui me gêne beaucoup, c'est que nous, les politiques, devons avoir une autre approche de la démocratie. Les mots ont leur importance et on doit faire attention à ce que l'on dit et comment on discute.

Pensez-vous qu'il y a donc trop de cacophonie aujourd'hui dans le débat politique ?

Oui, il y a trop cacophonie. Pourquoi ? Parce que chacun veut dire la sienne. Parce que chacun est là uniquement en réserve, en se demandant comment il va piéger l'autre, comment il va faire pour dresser un mauvais bilan du président, comment il va mettre à terre les socialistes, comment il va faire pour parler d'immigration. Ce n'est pas ça la France qu'on aime ! La France qu'on aime, c'est une France qui se parle, ce n'est pas une France qui est dos à dos. C'est pour cela que nous, les politiques, avons une responsabilité qui est écrasante.

Depuis que vous êtes député, avez-vous changé ?

Quand on a un mandat politique, c'est dur. Il faut dire qu'on ne s'appartient plus. On doit faire attention avec qui on sort, dans quelle voiture on roule parce que c'est comme ça, parce que vous êtes une personnalité publique. Nous avons une société qui est tendue. On a une société au bord du chaos. Pourtant, c'est comme ça, quand on a un mandat politique, on doit accepter aussi cette participation et même ce voyeurisme.

Pensez-vous parfois à mettre la vie politique de côté ?

Je ne veux pas lâcher l'affaire. Je continuerai à faire mes réunions. J'ai fait neuf débats avec plus de 2 000 gilets jaunes, et à chaque fois j'ai refusé qu'il y ait des gendarmes dans la salle. Je suis menacé comme beaucoup de parlementaires. Est-ce que vous pensez que je peux discuter économie, de notre société, avec des gendarmes et des mitraillettes à côté de moi ? Ce n'est pas cette société que l'on veut. Ça veut dire que la classe politique a une responsabilité et je le dis aux citoyens: on peut régler les problèmes avec les urnes. Si vous n'êtes pas d'accord avec nous, mettez-nous dehors avec un bulletin de vote et pas avec de l'agressivité qui ne sert à rien.

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