Covid-19 : peut-on laver son masque chirurgical pour pouvoir le réutiliser ?

Philippe Vroman, enseignant-chercheur à l'Ecole nationale supérieure des Arts et industries textiles à Roubaix, a assuré à France Bleu Nord qu'il était possible de laver et réutiliser ses masques chirurgicaux. L'Afnor et l'Académie nationale de médecine émettent des réserves.

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Le président de la cellule Covid-19 de l'Académie nationale de médecine, Yves Buisson, "ne conseille pas de laver les masques chirurgicaux tant qu'on n'a pas d'essais validés". (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP)

C'est un problème économique et écologique. Des millions de masques chirurgicaux finissent à la poubelle, quand ce n'est pas sur le trottoir, après avoir été portés quelques heures. Pour mettre fin à ce gâchis, Philippe Vroman, enseignant-chercheur au laboratoire de recherche textile Gemtex de l'Ecole nationale supérieure des Arts et industries textiles à Roubaix, a expliqué à France Bleu Nord, lundi 21 septembre, qu'on pouvait laver et réutiliser ces masques, comme ceux en tissu. Pourtant, les recommandations de l'Association française de normalisation (Afnor) sont claires : "Un masque chirurgical est un dispositif médical à usage unique". A jeter, donc, après usage. Faut-il s'affranchir de cette consigne, comme le chercheur semble nous y inviter ?

Même lavé, le masque chirurgical reste "efficace"

L'argument du chercheur est simple. "Le masque chirurgical est très efficace en termes de filtrage. Comme il a une efficacité globalement supérieure à la moyenne des autres masques [en tissu et lavables], même après avoir été lavé (...), il reste plus efficace que les autres", expose Philippe Vroman. En effet, le masque chirurgical, poursuit-il, "filtre 95% des particules mesurant trois microns et aussi des particules plus petites". Même lavé, son "niveau de filtration (...) reste bien supérieur à celui des masques grand public, qui ne filtrent que 90% des particules de trois microns".

Cette comparaison entre les capacités de filtration des masques en tissu et des masques chirurgicaux agace Jacques-Hervé Lévy, le directeur général de l'Institut français du textile et de l'habillement, qui gère pour l'Afnor la normalisation de la filière textile et donc celle des masques. "Cette querelle d'experts profite aux médias et pas aux scientifiques", dénonce-t-il. Pour lui, les pourcentages importent peu si les deux types de masques, lorsqu'ils sont portés par tous, sont efficaces pour lutter contre l'épidémie de coronavirus.

"On ne sait pas comment il résiste au lavage"

La question du lavage des masques chirurgicaux n'en est pas moins pertinente, reconnaît-il. "Les masques FFP2 (destinés aux soignants) ont bien été désinfectés (pour être réutilisés) en milieu hospitalier, au début de l'épidémie, quand on en manquait, poursuit-il. Or, la technologie des masques FFP2 et des masques chirurgicaux est quasiment la même, ce qui signifie qu'on doit pouvoir désinfecter aussi bien les masques chirurgicaux".

Il pointe aussitôt la limite de ce parallèle : les conditions de désinfection ne sont pas les mêmes à l'hôpital et à domicile. "Le problème, c'est que chez soi, on n'a pas d'autoclave", cette machine à stériliser du linge ou du matériel médical, résume-t-il.

Une fois qu'on a dit qu'on pouvait laver les masques chirurgicaux, on n'a rien dit. A quelle température ? Dans quelles conditions ? Avec le reste de la lessive ou séparément ?

Jacques-Hervé Lévy

à franceinfo

Certes, le masque chirurgical dispose d'un avantage sur le textile. Il est "composé de polypropylène, une matière hydrophobe". Ce type de masque pose donc moins de problème de séchage, "contrairement au masque de tissu qui doit absolument être bien séché pour éviter les moisissures". En revanche, "on ne sait pas comment il résiste au lavage. Il y a des études en cours, il faut attendre le résultat", considère Jacques-Hervé Lévy. Auprès de France Bleu Nord, Philippe Vroman, que franceinfo a tenté de joindre sans succès, a également mentionné des études en cours "pour vérifier la capacité de ce masque à être réutilisable".

Contacté par franceinfo, le président de la cellule Covid-19 de l'Académie nationale de médecine, Yves Buisson, "ne conseillera pas de laver les masques chirurgicaux tant qu'on n'a pas d'essais validés". Il réaffirme la position de l'Académie de médecine : "Dans l'espace public, les masques en tissu, lavables, doivent être préférés aux masques jetables pour d'évidentes raisons économiques et écologiques."

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