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"Du jour au lendemain on a été mis devant un respirateur, on ne savait même pas l'allumer" : une infirmière confie son mal-être, accentué par la crise du coronavirus

Élisabeth est infirmière hospitalière dans le Bas-Rhin. Alors que l'épidémie de coronavirus marque le pas, elle raconte à franceinfo comment elle a été complètement désabusée par les conditions d'exercice de son métier pendant la crise sanitaire et encore aujourd'hui.

Article rédigé par franceinfo - Victor Vasseur
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Une infirmière s'occupe d'une personne atteinte du Covid-19, à l'hôpital (illustration). (LOIC VENANCE / AFP)

"On nous a dit, du jour au lendemain, qu'il fallait qu'on fasse ce travail, on était devenu une équipe de réanimation, on n'avait pas le choix", raconte Elisabeth, infirmière à Strasbourg. Son service de soins intensifs en cardiologie a été transformé en service de réanimation pendant l'épidémie de coronavirus.

Comme beaucoup d'autres soignants, elle va manifester mardi 16 juin, pour réclamer plus de moyens pour l'hôpital et une meilleure reconnaissance. Ils ne sont pour l'instant pas convaincus par le "Ségur de la santé", destiné à refonder le système de santé français. La concertation doit aboutir d'ici début juillet à des propositions concrètes, mais aucun chiffre n'a, à ce stade, été mis sur la table.

On n'a plus envie d'aller travailler, parce qu'on sait qu'on ne fera pas le travail comme on l'estime correct.

Élisabeth, infirmière

à franceinfo

"L’hôpital est une machine qui broie les gens", raconte Elisabeth, mais aussi les patients, car elle n'a plus le temps pour les soigner comme elle le souhaite. Ce sentiment de mal faire son travail s'est accentué pendant la crise du Covid-19. L'infirmière alsacienne est aujourd'hui désabusée, pas loin de tout lâcher.

"En quatre jours, on est passé de patients qu'on savait soigner, où on comprenait ce qu'on faisait, à quelque chose qu'on ne comprenait pas. Pour moi, ça a été très difficile, ça a été source de beaucoup de stress de ne pas comprendre ce que je faisais", confie l'infirmière. "Du jour au lendemain, on a été mis devant un respirateur. On ne savait pas bien s'en servir, on ne savait même pas l'allumer. On se retrouvait dans le vestiaire en disant se disant 'j'espère qu'on ne va tuer personne aujourd'hui'. Et ça a été ça pendant deux mois."

Même si les patients ne sont pas décédés par notre faute, c'est un peu le sentiment qu'on avait, c'est qu'on nageait tellement dans une eau trouble que l'on avait l'impression qu'on allait les tuer.

Élisabeth, infirmière

à franceinfo

Cette mère de famille de 31 ans est écœurée par l’hôpital. Elisabeth évoque ses heures supplémentaires non payées, son maigre salaire de 1 500 euros par mois. Ce qu'elle aimerait, c'est une vraie prime et prendre des vacances quand elle le souhaite. "On passe deux heures tous les ans à se faire la guerre pour savoir qui pourra prendre ses vacances quand il le souhaite. Sur des semaines de vacances, on est quasi systématiquement rappelés parce qu'il y a un manque de personnel. Mais en fait ce n'est pas normal !"

Comme d'autres dans son service, Élisabeth compte démissionner, se reconvertir. Elle rêve de quitter l’hôpital, pour devenir infirmière domicile, et si elle le peut, un jour apprendre à fabriquer des bijoux.

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