Hôpital public : "Beaucoup de promesses ont été faites depuis deux mois" mais "rien n'est acquis", alerte François Salachas, du collectif Inter-Hôpitaux

En février dernier, François Salachas avait interpellé Emmanuel Macron sur la crise de l'hôpital public. Depuis, "rien n'a été décidé", assure-t-il, alors que "le danger imminent est de nouveau là".

En visite à la Pitié Salpêtrière, jeudi 27 février, Emmanuel Macron avait été interpellé par ce médecin de l\'APHP.
En visite à la Pitié Salpêtrière, jeudi 27 février, Emmanuel Macron avait été interpellé par ce médecin de l'APHP. (MARTIN BUREAU / POOL)

"Des promesses, il y en a beaucoup qui ont été faites depuis deux mois" mais "rien n'est acquis", alerte François Salachas, neurologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et membre du collectif Inter-Hôpitaux, ce mardi sur franceinfo. En février dernier, il avait interpellé Emmanuel Macron sur la crise de l'hôpital public. 

franceinfo : Vous appelez à manifester aujourd'hui. Cela veut dire que rien n'a changé depuis que vous avez interpellé Emmanuel Macron en février dernier ?

François Salachas : Cela veut dire surtout qu'on est sûrs de rien. Parce que des promesses, il y en a beaucoup qui ont été faites depuis deux mois. Le président a dit : "Je vous fais confiance, est-ce que je peux compter sur vous ?" On avait dit : "Oui, mais l'inverse reste à prouver." À l'heure où je parle, l'inverse reste toujours à prouver. C'est-à-dire que l'une des demandes principales, à savoir le fait qu'on puisse revaloriser les plus bas salaires, notamment des personnels paramédicaux, n'est absolument pas acquise. Il ne faudrait pas que nos concitoyens confondent la prime ponctuelle pour les régions exposées au Covid avec une vraie revalorisation de salaire. Je rappelle au passage qu'on est au 28e rang de l'OCDE et à 10% en dessous du salaire moyen français pour les infirmières. Donc, c'est une situation qui est scandaleuse depuis de très nombreuses années. Il faut vraiment prendre le taureau par les cornes.

Nous sommes à mi-parcours du "Ségur de la santé". Sert-il à quelque chose, selon vous ?

On est à mi-parcours d'un Ségur qui a été mis en place très rapidement, avec beaucoup de problèmes de méthodologie, et avec un pilier principal qui est chargé de résoudre le problème des rémunérations. À l'heure où je parle, rien n'est décidé. Et dans les échanges qu'on a eus, on a eu l'impression qu'il fallait de nouveau prouver dans quel état était l'hôpital public en France. C'est un peu dramatique. On a même entendu : "Ah bon ? Vous manquez de personnel ? Mais il paraît que ça dépend des régions et que, finalement, vous ne manquez pas tant de personnel que ça." Ça, ce sont des choses qu'on ne peut plus entendre.

Il y a une amnésie, pour vous ?

Non, il y a un déni. Et c'est ce que j'avais dit au président de la République, au nom du collectif. Et il avait répondu : "Moi, je ne suis pas dans le déni, vous allez voir ce que vous allez voir." À l'heure actuelle, on n'a encore rien vu. Et l'objectif de cette mobilisation, c'est d'une part que tout le monde soit bien au courant que rien n'a été opérationnel dans ce domaine et surtout que le danger imminent est de nouveau là. Je ne parle même pas d'une deuxième vague. Même en l'absence de deuxième vague, il y a un danger majeur parce que je ne suis pas sûr que dans l'opinion, on sache que dans de nombreuses régions l'hôpital public tourne sur deux cylindres sur quatre, c'est-à-dire à 50% de ses capacités, et que pour que ça change, il faut qu'on puisse embaucher extrêmement rapidement. Et pour qu'on puisse embaucher, il faut que ce soit attractif. Tout ça, on le fait pour les usagers. Et d'ailleurs, on a un appel aujourd'hui à ce que les fameux applaudissements qui nous ont fait chaud au cœur reprennent avant 20 heures, de façon à bien montrer à l'ensemble du pays, et surtout aux gouvernants, que le soutien des Français à l'hôpital public n'est pas fictif et que c'est quelque chose qui est extrêmement ancré.