​​​​​​​Déconfinement : "coup de massue", "incompréhension" et "colère" pour le secteur de la nuit

"Depuis le 13 mars, l'année dernière, on ne nous a jamais laissé la chance d'ouvrir", déplore sur franceinfo Thierry Fontaine, le président de l'UMIH-Nuit France, après l'annonce du calendrier de déconfinement progressif.

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Manifestation de restaurateurs, hoteliers et gérants de discothèques, le 14 décembre 2020 à Paris. (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

"C'est un coup de massue" pour le secteur de la nuit, réagit sur franceinfo Thierry Fontaine, le président de l'UMIH-Nuit France alors que le calendrier de déconfinement progressif a été annoncé jeudi 29 avril, dans lequel le secteur de la nuit n'a aucune perspective de reprise. Pour ce responsable de deux discothèques lyonnaises, ces annonces "méprisent" les responsables de discothèques et leurs salariés, fermés depuis quinze mois.

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franceinfo : En voyant ce calendrier et que les discothèques n'en font pas partie, c'est un coup de massue ?

Thierry Fontaine : Oui, un coup de massue, de l'incompréhension, de la colère. Quand on est méprisé, on ne peut être qu'en colère. Quand on lit ce calendrier on ne voit que du mépris entre les lignes. Depuis le 13 mars, l'année dernière, on ne nous a jamais laissé la chance d'ouvrir. Aujourd'hui, quand le président dit qu'il va donner une date à tous les Français je dois comprendre quoi ? Que les exploitants de discothèques et leurs salariés ne sont pas des Français ? Qu'on n'a pas le droit, nous aussi d'avoir un calendrier de retour à nos vies ? Qu'on va continuer à ne pas percevoir de salaire ?

"Quinze mois sans salaire ! Que n'importe quel de vos auditeur se mette à notre place et se demande comment on peut vivre ! On n'a même pas le droit au RSA. On n'a pas un euro depuis quinze mois. C'est dramatique."

Thierry Fontaine, président de l'UMIH-Nuit France

à franceinfo

J'ai des exploitants qui sont en colère, désespérés, en dépression, qui ne savent pas ce que va devenir leur vie, leur commerce. Ces gens-là sont sont au bord du gouffre et on leur dit qu'il faut attendre encore un peu. On ne peut plus patienter ! On nous aurait dit que c'était jouable au 15 juillet. Qu'on nous donne des critères. Même pas, on n'a même pas la décence de nous donner ces informations.

Selon vous, quelle est l'explication au fait que vous n'apparaissiez pas dans ce calendrier ?

Le gouvernement s'occupe de ce qui les intéresse. Ils sont consommateurs de restaurants, d'hôtels. Mais ils ne sont plus consommateurs depuis tellement d'années de discothèques qu'ils ne s'imaginent pas que ça puisse être important, notamment pour les jeunes. Aujourd'hui, le gouvernement nous prouve qu'il n'a pas pris l'ampleur de ce qui s'est passé l'année dernière, parce qu'on va avoir la même chose que l'été dernier et on va avoir la même chose cet été, c'est-à-dire des fêtes sauvages. Des dealers qui vont louer des villas en Airbnb pour alimenter notre jeunesse avec leurs produits stupéfiants. C'est un beau cadeau que leur fait le gouvernement. Ils n'ont pas non plus pris la notion de tous ces jeunes qui sont seuls chez eux et qui ont besoin de cette mixité sociale, de créer des liens.

Aujourd'hui il y a environ 1 600 discothèque en France, ça représente plus de 30 000 emploi directs… Est-ce que vous avez encore de l'espoir ou est-ce que vous avez peur que ce milieu s'effondre ?

L'espoir, oui, je l'ai parce que pour se battre pour une profession on est obligé d'avoir de l'espoir. On ne peut pas monter sur un ring en se disant j'ai perdu. Mais j'ai plein d'exploitants de discothèques qui sont désespérés.

Il y a eu 150 dépôts de bilan entre mars et décembre 2020, mais combien y en aura t-il à la suite de ces annonces ? Jusqu'où le gouvernement dans sa cruauté va aller éteindre des vies comme cela ?

Thierry Fontaine, président de l'UMIH-Nuit France

à franceinfo

On sait que les discothèques sont des lieux clos la plupart du temps, qu'il est difficile de vivre la fête avec un masque et que c'est un lieu où l'on consomme de l'alcool… C'est pratiquement le scénario catastrophe par rapport à des protections sanitaires en terme de comportement… Vous pensez que cela prend une part ?

Depuis plus de dix ans, il est interdit de fumer en discothèque et les gens respectent ça, malgré leur taux d'alcool. On a réussi à faire respecter ça, donc le port du masque on sera capable de le faire respecter. L'étude qui a été faite à Barcelone, sur 5 000 personnes lors d'un concert, sans distanciation sociale, masqué et en dansant, a prouvé qu'il y avait zéro contamination. Nous serions prêts à devoir imposer un test PCR, ou le pass sanitaire, le masque. Mais on nous dit que ça n'est pas faisable, mais ça s'est bien fait à Barcelone. Et il y a une étude très sérieuse du MIT, qui nous dit que la distanciation sociale ne résout rien et que ce qui est important en intérieur c'est la ventilation. Depuis des mois et des mois, on répète au gouvernement que nos discothèques ont obligation d'avoir des désenfumages qui renouvellent l'air toutes les huit minutes. On est les lieux les mieux ventilés de la république ! Donc écoutons un peu le MIT, essayons, faisons au moins des tests.

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