"Ce qui m'a frappée, c'est le désert" : à Paris, l'absence de touristes étrangers réjouit les habitants mais désespère les commerçants

La tour Eiffel, emblème de la capitale, attire deux fois moins de visiteurs quotidiens que l'année dernière. Les terrasses du quartier sont vides et certains hôteliers doivent casser les prix.

Article rédigé par
Valentine Letesse - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Le Champ de Mars à Paris, le 13 mai 2020. (MARTIN BUREAU / AFP)

Paris vidée de ses touristes par le coronavirus. L'été 2020 est bien calme dans la capitale, trop calme au goût des professionnels du secteur. Les grands monuments de la capitale, les musées, ont deux à trois fois moins de visiteurs par rapport à l'année dernière. Hôtels et restaurants sont à moitié vides en raison de la crise sanitaire. Exemple très symbolique : la tour Eiffel est en ce moment visitée par 8 000 à 11 000 personnes par jour en moyenne, contre 23 000 à 25 000 visiteurs quotidiens l'année dernière.

Au Louvre, 60% de visiteurs en moins

Sous le soleil, assis sur un banc du champ de Mars, Nicole et Lucien, deux Parisiens, contemplent le vide. "Ce qui m'a frappée c'est le désert. D'habitude, on peut à peine circuler. Tandis que là, au moins, je profite de ma ville", s'enthousiasme Nicole. Le couple d'octogénaires a passé sa vie entière dans la capitale et n'a jamais vu un été aussi calme.

C'est dingue. On a été sur le bateau-mouche, il n'y avait personne. On était peut-être cinq ou six sur le bateau.

Lucien, octogénaire parisien

à franceinfo

Plus étonnant, les Parisiens entendent surtout parler français. En temps normal, 80% des visiteurs de la tour Eiffel sont des étrangers. Cette année, ils ne sont que 25%. "Là, je trouve qu'il y a beaucoup plus de Parisiens qui visitent que des visiteurs étrangers, confirme une Parisienne croisée au pied de la dame de fer. Je fais la visite, parce que c'est la première fois que mes cousins et cousines viennent. Ils ne connaissent pas du tout Paris."

Avant la tour Eiffel, la famille a visité le Louvre et le jeune Noam dit avoir croisé beaucoup de monde dans le musée : "Oui, beaucoup comparé à ici. Il y en avait beaucoup plus." En réalité, le grand musée d'art et d'antiquité attire en ce moment 10 000 visiteurs par jour et même si cela peut paraître beaucoup, c'est 60% de moins que l'année dernière.

Des chambres d'hôtel à moitié prix

Partout, les touristes se font attendre. À quelques centaines de mètres du Champ de Mars, la terrasse de la Brasserie de la tour Eiffel est totalement vide. "On fait 20% de notre chiffre d'affaires en ce moment, déplore le gérant. Normalement, on est pleins. Ce sont les 15 plus gros jours de l'année d'habitude."

Chez les hôteliers, le constat n'est pas plus réjouissant. Pour remplir ses 15 hôtels parisiens, Wu Quin, le patron de la chaîne Hipotel, casse les prix. "Pour un hôtel trois étoiles, on doit louer une chambre pour un minimum de 100 euros. Aujourd'hui, on est à moitié prix juste pour nous couvrir les charges, parce qu'on n'a pas de touristes, se désespère le commerçant. Ce sont les touristes qui peuvent payer plus cher."

Nous avons ceux qui viennent dormir chez nous par nécessité, c'est-à-dire qu'ils viennent voir leurs proches. Ils viennent pour travailler. Il y en a même qui sont partis parce qu'ils ne supportent plus leur conjoint.

Wu Quin, gérant de la chaîne Hipotel

à franceinfo

Le registre de l'hôtel le confirme : "On n'a que deux étrangers, un de Hollande et un autre d'Espagne", indique Wu Quin. Dans le très haut de gamme, c'est encore pire. Faute de riches touristes venus des États-Unis, d'Asie ou du Moyen-Orient, la plupart des palaces ou grands hôtels parisiens sont toujours fermés et ne rouvriront que début septembre.

Paris sans touristes : écoutez le reportage de Valentine Letesse
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