Déconfinement : le directeur des Vieilles Charrues demande "un plan de sauvegarde et un plan de relance" pour la culture

"Ce qu'on attend, ce sont des réponses concrètes sur comment on va pouvoir passer cette année sans activité" a expliqué sur franceinfo Jérôme Tréhorel, alors qu'Emmanuel Macron doit arrêter des mesures pour aider le secteur de la culture.

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Jérôme Tréhorel, directeur général des Vieilles Charrues, en décembre 2015. (DAVID ADEMAS / MAXPPP)

"Il va falloir accompagner dans un plan dans un premier temps de sauvegarde et un plan de relance, l'ensemble de ces structures qui emploient des milliers et des milliers de personnes", a déclaré le directeur du festival des Vieilles Charrues Jérôme Tréhorel, mercredi 6 mai sur franceinfo, alors qu'il a dû reporter d'un an le festival breton, à Carhaix-Plouguer (Finistère).

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C'est le plus important de l'été pour les musiques actuelles : il a rassemblé 270 000 spectateurs l'an dernier. Jérôme Tréhorel attend "des réponses concrètes" du gouvernement, alors que le gouvernement doit annoncer les premières orientations d’un "plan pour la culture" que "le gouvernement sera amené à mettre en œuvre rapidement."

franceinfo : Comment envisagez-vous l'avenir de votre festival ?

L'avenir est vraiment incertain parce que les structures, il va falloir les sauver. Toutes, les petites, les moyennes. Si on veut maintenir la diversité culturelle si chère à la France, il va falloir accompagner dans un plan dans un premier temps de sauvegarde et un plan de relance, l'ensemble de ces structures qui emploient des milliers et des milliers de personnes et les intermittents dont on parle beaucoup actuellement. Ce qu'on attend, ce sont des réponses concrètes sur comment on va pouvoir passer cette année sans activité.

Pour l'exemple des Vieilles Charrues, c'est quasiment 2 millions d'euros de frais que l'on va avoir. Comment on envisage l'avenir ? On aura besoin de repenser nos modèles, repenser nos budgets. On le voit, il y a une énorme solidarité entre les différents acteurs de la culture. Je pense notamment à énormément d'échanges entre des producteurs, les salles, les festivals et les artistes afin d'essayer d'imaginer comment rebondir demain. Et là, on a vraiment besoin de mesures gouvernementales fortes. On a été les premiers touchés, les premiers impactés, les premiers à fermer, on sera les derniers à réouvrir. On peut tout à fait l'entendre du fait de la gravité de la situation sanitaire. Maintenant, il faut des mesures concrètes en matière financière, en matière d'aide également, au maintien des emplois, des emplois directs et puis tous les emplois indirects. Il faut sauver les Vieilles Charrues.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud annonce que le chômage partiel sera maintenu le temps qu'il faudra pour les secteurs dont l'activité ne reprendra pas après le 11 mai. Est-ce une bonne décision ?

Ça nous permettra de maintenir ces emplois permanents et, surtout, de pouvoir engager dès les prochains mois des intermittents qui nous accompagnent dans la construction de festivals et également donner des garanties à des fournisseurs qui soient liés aux métiers du spectacle ou autre. Je pense à des boulangers, à des supermarchés, etc. avec qui on travaille, on construit le festival avec tous ces gens-là, il va falloir donner une réponse.

Le chômage partiel est indispensable. Et ça nous permettra d'être mis "sous cloche" pour passer cette édition et commencer à envisager l'avenir, et notamment les promesses d'embauche pour les intermittents.

Jérôme Tréhorel

à franceinfo

Ce sont plus de 2 500 personnes qui sont impactées pour les Vieilles Charrues directement et sans compter la centaine d'artistes que l'on reçoit, qui viennent chacun avec entre dix et une centaine de personnes qui sont intermittents également.

L'une des règles sanitaires après le déconfinement, est de respecter une distance d'un mètre entre les personnes. Est-ce qu'un festival est encore viable avec deux, trois ou quatre fois moins de spectateurs ?

Non, ce n'est pas viable aujourd'hui. Il faut savoir que le festival des Vieilles Charrues, c'est un festival 100% associatif. Il y a zéro subvention, c'est 17 millions d'euros de budget. On a à cœur depuis le début de proposer des tarifs d'entrée le plus bas possible pour être accessible au plus grand nombre. C'est 44 euros l'entrée pour une quinzaine de concerts chaque jour. Depuis plusieurs années, on est sur le fil du rasoir au niveau budgétaire. Il y a le budget artistique, il y a eu la flambée des cachets du fait de la crise du disque qui s'est répercutée sur le live, et puis les coûts sécuritaires - on a beaucoup parlé de la circulaire Collomb et d'autres factures de sécurité qu'on a dû absorber. Aujourd'hui, il faut savoir qu'on a besoin de vendre les billets à hauteur de 90-95% pour être rentable. Vous imaginez la prise de risque considérable pour un festival. (…) Ce n'est pas tenable effectivement, en termes de gestion, si on met moins de monde. Après, ce ne serait pas non plus la même saveur.

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