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Déconfinement : l'Académie de médecine défend une logique "région par région" et non pas en fonction de l'âge, critère "insuffisant"

Le président de l'organisation Jean-François Mattéi rappelle que "des personnes moins âgées qui ont du diabète, de l'hypertension artérielle ou une maladie chronique" sont "également vulnérables."

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Radio France
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L'Académie de médecine préconise de déconfiner d'abord les régions "où il y a une baisse nette du nombre de patients hospitalisés et où les besoins de réanimation sont faibles." (DENIS CHARLET / AFP)

Pour l'Académie de médecine, le déconfinement ne doit pas intervenir par classe d'âge, mais région par région. Dans une recommandation publiée mardi 7 avril, elle préconise de commencer par celles où il y a une baisse nette du nombre de patients atteints du coronavirus hospitalisés et où les besoins de réanimation sont faibles.

"On ne peut pas penser que la vulnérabilité est l'exclusive de l'âge. Nous pensons que ce n'est pas un critère suffisant", a expliqué, mardi 7 avril, sur franceinfo, Jean-François Mattéi, le président de l’Académie de médecine. Procéder au déconfinement par région "a une logique" en commençant par "les régions les plus touchées quand l'activité de réanimation retombe à son niveau d'avant l'épidémie".

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Mais le déconfinement ne veut pas dire "le retour de la vie à la normale", a tenu à souligner Jean-François Mattéi. "Nous sommes dans l'inconnu. Ce virus, non seulement il est invisible, mais il est inconnu et imprévisible", a-t-il rappelé. En cas de déconfinement, Jean-François Mattei recommande "le maintien absolu de toutes les mesures barrières en les renforçant par le port d'un masque".

franceinfo : Vous recommandez le confinement région par région et non par classes d'âge. Pourquoi ?

Jean-François Mattei : D'abord, on sait bien que les personnes âgées peuvent être plus fragiles. Mais vous avez des personnes moins âgées qui ont du diabète, de l'hypertension artérielle ou une maladie chronique et qui sont également vulnérables. On ne peut pas penser que la vulnérabilité est l'exclusive de l'âge. Et donc nous pensons que ce n'est pas un critère suffisant. Nous pensons d'autre part que, dans les familles, il peut y avoir des personnes plus âgées et d'autres moins âgées. Ce serait quand même risqué que celles qui se déconfineraient parce que plus jeunes rapportent éventuellement le virus à la maison.Nous, nous pensons que ça n'est pas le meilleur système.

En revanche, nous pensons que, par région, cela a véritablement une logique. Nous pensons qu'il faut commencer par les régions les plus touchées quand l'activité de réanimation retombe à son niveau d'avant l'épidémie et donc un retour à la normale de l'activité dans les services de réanimation. À ce moment-là, on peut envisager de déconfiner ces régions-là. Et les moins touchées suivront si les indicateurs épidémiques ne montrent pas d'augmentation de l'incidence des cas. Ce qui indique évidemment qu'il faut mettre en route toutes les études de sérologie à visée épidémique de façon à apprécier le risque éventuel de tel ou tel voire de l'éventualité d'une deuxième vague.

Ce qui déclencherait la mise en route d'un déconfinement, c'est le nombre d'entrées et de présence en réanimation ?

C'est un critère absolu, c'est-à-dire que si les lits de réanimation reviennent à une occupation de ce qu'elle était avant l'épidémie, alors naturellement, c'est le signe d'un retour à une situation beaucoup plus normale. Mais je voudrais quand même ré-insister. Il ne faut pas déformer la pensée de l'Académie. Ce n'est pas parce que nous préconisons ce déconfinement par région et avec un port obligatoire de masque que nous disons que c'est le retour de la vie à la normale. Pas du tout. Il faut le maintien absolu de toutes les mesures barrières en les renforçant par le port d'un masque. On ne peut pas dire à l'avance, cela va durer un mois, deux mois, trois mois. Je vois d'ailleurs que le gouvernement commence à dire qu'il vaudrait mieux éviter de faire des projets pour les grandes vacances. Nous sommes dans l'inconnu. Ce virus, non seulement il est invisible, mais il est inconnu et imprévisible.

Est-ce que cela veut dire qu'on peut très bien se retrouver dans plusieurs semaines, et peut-être plusieurs mois, avec des régions confinées, et l'impossibilité de voyager d'une région à une autre ?

Il appartiendra au gouvernement et à son administration de prendre les mesures parce qu'il faudra établir des contrôles éventuels. Ce n'est pas notre travail. Vous le voyez bien dans le Grand-Est, en Ile-de-France, il y a beaucoup plus de cas, ce qui veut dire que le virus circule beaucoup plus qu'ailleurs. Le bon sens fait que, si vous êtes dans la Nouvelle-Aquitaine ou dans les Pays-de-Loire où il y a moins de cas, vous n'allez pas aller chercher le virus là où il circule. On va revenir à la première question au début de l'épidémie. Est qu'on va chercher à vaincre l'épidémie par l'immunité collective, c'est-à-dire quand 60% des gens ont été contaminés ? Donc on a besoin des tests de sérologie.

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