Covid-19 : quatre choses à savoir sur le documentaire "Hold-up", qui prétend dénoncer les "mensonges" autour de la pandémie

Financé par des cagnottes en ligne et officiellement sorti mercredi 11 novembre sur internet, ce documentaire de deux heures quarante aux accents complotistes fustige les mesures prises contre le Covid-19, en multipliant les contre-vérités et les affirmations hâtives. 

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France Télévisions
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L'affiche du documentaire "Hold-up". (THANA TV / YOUTUBE)

"Mensonges" et "manipulations". Le ton est donné. Le long-métrage Hold-up a tous les codes du documentaire, et un message simple pour qualifier les mesures prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19 : c'est une "incroyable et phénoménale entreprise de manipulation globale", selon son coréalisateur Christophe Cossé. Depuis sa sortie mercredi 11 novembre sur internet, de nombreuses voix dénoncent un film complotiste. Franceinfo vous explique pourquoi.

Il défend la thèse d'une "manipulation mondiale"

D'une durée de 2 heures et 43 minutes, Hold-up a été réalisé par l'ancien journaliste Pierre Barnérias (qui a collaboré à des émissions de France Télévisions) et les réalisateurs Nicolas Réoutsky et Christophe Cossé (qui a travaillé pour des émissions de France 3 et d'Arte, mais se présente aussi, sur sa fiche LinkedIn, comme "maître praticien PNL en parhypnose"). Le projet a été financé, entre autres, par la plateforme de cagnotte participative Ulule qui a réuni près de 183 000 euros via "5 232 contributeurs". Il est accessible "sur une plate-forme de streaming… ou encore sur Facebook où des versions pirates se comptent par dizaines", relève la RTBF, la télévision publique belge. 

Le film se présente comme un documentaire sur les "mensonges" autour du Covid-19. "Nous avons mené l'enquête. Mensonges, corruption, manipulations : retour sur un chaos", écrivent ses producteurs sur la bande-annonce et le compte Twitter consacré à ce film.

Plus globalement, il entend dénoncer une "manipulation mondiale" à la faveur de l'épidémie de Covid-19. "La thèse principale du film (qui n'est énoncée clairement qu'au bout d'environ deux heures sur 2h43) peut être résumée en une phrase : le Forum économique mondial (Davos) se sert du Covid-19 (maladie qui serait causée par un virus fabriqué par l'homme) dans le cadre d'un 'plan global [pour] soumettre l'humanité', appelé le 'Great Reset'", décortique Libération.

Il donne la parole à des personnalités controversées

Les réalisateurs ont tendu le micro à une série de personnalités contestées, et/ou sans expertise sur le sujet. Parmi elles, Christian Perronne, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Ce fervent partisan de Didier Raoult et de l'hydroxychloroquine s'était fait connaître, avant la pandémie de Covid-19, "pour ses thèses controversées sur l'origine de la maladie de Lyme (qui serait due à une prolifération cachée de tiques modifiées par un chercheur nazi)", souligne Libération. Apparaît aussi, entre autres, la députée (ex-LREM) Martine Wonner, qui a déjà fait polémique à plusieurs reprises en estimant que le port du masque "ne sert strictement à rien".

"Que de beau monde dans le film Hold-up", relève ironiquement sur Twitter le médecin généraliste Yvon Le Flohic, qui avait très tôt alerté sur la nécessité du masque en lieu clos. La "'net profileuse' qui clôture le film" est une "ex-commerciale qui a escroqué les parents d'un jeune suicidé", remarque-t-il. Nadine Touzeau, qui avait "abusé de la douleur d'une famille", selon Le Parisien, a en effet été condamnée en 2014 à une amende de 4 000 euros avec sursis, plus 2 500 euros de dommages et intérêts, pour escroquerie et tentative d'escroquerie, rapportait La République du Centre.

Libération note de son côté l'intervention de personnalités très marquées à droite, comme l'ancienne avocate "Valérie Bugault, (...) une des 'personnalités phares de la chaîne' TV Libertés" (dirigée par l'ancien cadre du Front national Martial Bild) ou encore "Silvano Trotta, un youtubeur pro-Trump"

A l'autre bout de l'échiquier politique, la sociologue Monique Pinçon-Charlot, classée à gauche, se livre à une comparaison douteuse : "Pour moi, on est dans la troisième guerre mondiale… Dans cette guerre de classes, comme les nazis l'ont fait pendant la deuxième, il y a un holocauste qui va éliminer, certainement, la partie la plus pauvre de l'humanité." 

Dans une série de tweets, publiés vendredi, la chercheuse a exprimé ses "regrets" quant à sa "présence dans le documentaire". Elle dénonce une "instrumentalisation" de ses déclarations et une "captation" de sa notoriété. Elle juge que ses "réflexions" ont été "tronquées". Elle présente enfin "très sincèrement" ses "excuses" pour avoir employé "le terme inapproprié d’holocauste au lieu de celui d’extermination".

Enfin, l'ancien ministre de la Santé et des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy est lui aussi interrogé dans Hold-up. Estimant s'être fait piéger, il s'est désolidarisé du film sur Twitter et a demandé que son intervention en soit retirée. "Je suis scandalisé par presque tout ce qu'il y a dans ce film", a-t-il affirmé au micro de RTL.

Il multiplie affirmations approximatives et contre-vérités

Le film remet notamment en cause l'effet bénéfique des "mesures sanitaires prises en France et ailleurs pour lutter contre l'épidémie de Covid-19". "Or de nombreux médecins s'accordent à dire que le confinement a permis de limiter les contaminations, donc les hospitalisations, et enfin les morts, rappelle Le Parisien. Les patients décédés du Covid-19 à la toute fin du mois de mars, par exemple, ont été en très grande partie contaminés avant le début du confinement, le délai moyen entre la contamination et le décès étant estimé d'environ 3 ou 4 semaines."

Hold-up met aussi en avant l'exemple de la Suède, qui n'a pas décrété de confinement, en évoquant "une merveilleuse expérience". Mais selon Le Monde, la présentation de la situation dans ce pays est "enjolivée". "Rapporté à la population du pays, le bilan humain de l'épidémie n'est pas négligeable (...). Le tableau est donc, en tout cas, bien moins idyllique que ne l'indique le documentaire", développe le quotidienPar ailleurs, plusieurs fausses informations sont relayées, notamment sur de futurs "camps d'internement" qui seraient en construction au Canada, ou encore sur un test qui aurait soi-disant été inventé dès 2015 pour dépister le Covid-19.

Il a été interdit sur plusieurs plateformes de diffusion

De l'avis des spécialistes, le film reprend aussi bien les codes que les thèmes chers aux complotistes. Les mesures contre la pandémie seraient une machination, et ceux qui seraient à l'œuvre sont "les coupables classiques des théories conspirationnistes : Bill Gates, David Rockefeller ou le Français Jacques Attali", remarque Libération. Aussi le film a-t-il été retiré de la plateforme Dailymotion. Il en va de même sur Vimeo "où la page n'est plus disponible", déplore Tprod, un des producteurs de Hold-up, sur sa page Facebook.

"Votre vidéo a été supprimée car elle ne respecte pas les règles", écrit Vimeo à la maison de production, selon le document montré par Tprod. "Motif : vous ne pouvez pas mettre en ligne des vidéos (...) prétendant à tort que des catastrophes de grande ampleur sont des canulars et émettant des allégations erronées ou mensongères sur la sécurité des vaccins."

Interrogé par franceinfo, le producteur Christophe Cossé déclare ne pas avoir d'explication quant au retrait du documentaire. Selon lui, les locations et ventes du film sur la plateforme avait rapporté environ 170 000 euros. Face à ce qu'il voit comme des "attaques" et "réactions violentes" contre Hold-Up, il appelle à "l'apaisement" "Ce n'est qu'un documentaire" qui ne "prétend pas avoir une vérité", souligne-t-il.

Christophe Cossé se dit également "dépassé par le succès populaire" et par la polémique. Il confie que Pierre Barnérias et lui, "néophytes en matière juridique", vont se faire aider par des juristes ou des avocats.

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