Covid-19 : pourquoi le variant identifié au Brésil, plus contagieux, inquiète en France

Le variant nommé P.1 est jugé plus transmissible, et plus résistant aux vaccins. Selon une étude brésilienne, il serait aussi en cause dans l'augmentation du nombre de morts de l'épidémie dans ce pays où la situation sanitaire ne cesse de s'aggraver. L'exécutif a annoncé mardi la suspension des vols entre la France et le Brésil.

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Des tests antigéniques sont pratiqués à l'aéroport de Roissy, en région parisienne, le 5 février 2021. (GONZALO FUENTES / POOL/ AFP)

Un triste palmarès. Après les Etats-Unis et l'Inde, le Brésil est le troisième pays le plus touché par la pandémie de Covid-19. Et l'épidémie flambe dans ce pays d'Amérique du Sud, avec plus de 66 000 décès enregistrés au seul mois de mars, soit plus du double que le précédent triste record mensuel de juillet 2020. Autre particularité de ce pays : la variante du virus, nommée P.1, y est désormais majoritaire

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Sa progression inquiète pourtant en France, où sa part reste toutefois très minoritaire selon Santé publique France. Il faut dire que d'après une étude de l'Association brésilienne des soins intensifs (AMIB), dévoilée dimanche 11 avril, ce variant du virus identifié au Brésil est l'une des causes principales de la hausse spectaculaire du nombre des morts au mois de mars. Les chercheurs notent ainsi que des patients plus jeunes sont plus gravement atteints qu'avant. 

"Des cas plus graves" chez des patients plus jeunes

La majorité des Brésiliens (52,2%) souffrant du Covid-19 en soins intensifs ont désormais moins de 40 ans, selon ces travaux. Or ils n'étaient que 14,6% au début de la pandémie il y a un an, puis 45% entre septembre et février, selon le coordinateur de l'étude, Ederlon Rezende, cité par l'AFP. Le bond est notable, même si d'autres facteurs que ce variant peuvent expliquer le rajeunissement des patients en réanimation (et notamment la vaccination des plus âgés).

"Cette population (les moins de 40 ans) ne contractait auparavant qu'une forme moins grave de la maladie et n'avait pas besoin de soins intensifs. Une telle hausse pour ce groupe d'âge est très significative."

Ederlon Rezende, médecin brésilien

à l'AFP

"Les malades plus jeunes, sans avoir eu d'autres maladies, présentent à leur arrivée aux soins intensifs des cas plus graves", précise-t-il. Dans Le Parisien, la docteure Marie-Christine Duniau, médecin conseil auprès du consulat français au Brésil, renchérit et dresse un tableau inquiétant : "On voit beaucoup plus d'insuffisances respiratoires, d'embolies, d'accidents cardiaques alors que c'était très rare au début de l'épidémie"Depuis le début de la pandémie, plus de 350 000 personnes (sur 212 millions d'habitants) sont mortes de la maladie au Brésil. Seuls les Etats-Unis ont un bilan pire, avec plus de 560 000 morts.

Il pourrait connaître "une croissance rapide"

Selon les épidémiologistes, ce variant a observé une progression fulgurante au Brésil. "A la mi-décembre est arrivé à Manaus, en Amazonie, un variant appelé P.1, qui a ensuite circulé très vite sur l'ensemble du Brésil et qui est aujourd'hui majoritaire", a rappelé mardi 13 avril, sur France Inter, le professeur Rémi Salomon, président de la commission médicale d'établissement de l'AP-HP. Il a ensuite énuméré les difficultés particulières liées à ce variant. Premier problème, selon lui, "ce variant porte la mutation E484K, comme le variant sud-africain, et cette mutation rend la souche qui le porte plus résistante aux vaccins". Second problème : ce variant s'est avéré plus contagieux que la souche historique, et pourrait l'emporter sur le variant apparu en Angleterre, actuellement présent en France.

"Ce variant brésilien est manifestement nettement plus transmissible que la souche historique, mais également probablement que la souche britannique. S'il arrive sur le sol européen et français, il pourra connaître une croissance rapide."

Rémi Salomon, professeur de médecine à l'AP-HP

à France Inter

Lundi sur France 2, il s'était montré encore plus alarmiste. "Il y a toutes les raisons d'être inquiet, s'il (le variant) vient et prend de l'ampleur en Europe, il peut faire une quatrième vague qui peut être très meurtrière", a-t-il déclaré dans le journal de 20 heures (à partir de 1' dans la vidéo).

"Rien ne dit qu'il ne sera pas la prochaine souche à se développer", affirme encore dans Le Parisien l'épidémiologiste Antoine Flahault, assurant qu'"il peut monter très vite". D'autant que, selon Benjamin Davido, infectiologue à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches et interrogé par BFMTV, ce variant P.1 semble avoir "une capacité de réinfection". Autrement dit, au Brésil ou dans d'autres pays d'Amérique du Sud où il s'est propagé, "on voit que ce variant sévit alors même qu'un certain nombre de la population a déjà été atteint" par le Covid-19. 

Une suspension des vols en provenance du Brésil

Face à ce virus jugé très contagieux, le Premier ministre Jean Castex a finalement décidé, mardi, de suspendre "jusqu'à nouvel ordre" tous les vols entre le Brésil et la France. Devant les parlementaires, réunis en séance de questions au gouvernement, il a ainsi argué que "la situation s'aggrave" au Brésil. Jean Castex s'est par ailleurs défendu de toute inaction, en rappelant que les voyageurs en provenance du Brésil devaient jusqu'alors produire un test PCR négatif et s'isoler pendant dix jours.

Depuis quelques jours, l'exécutif était pointé du doigt pour ses mesures jugées trop légères face à la propagation de ce variant. Plusieurs médecins avaient ainsi réclamé un renforcement de la durée d'isolement à l'arrivée en France. Jusque-là, les passagers arrivant quotidiennement par avion du Brésil à Paris devaient se munir au départ d'un test PCR négatif de moins de 72 heures, et subissaient parfois à leur arrivée un test antigénique, comme le montre ce reportage de France 2. Ils devaient aussi s'engager "sur l'honneur" à respecter une quarantaine de sept jours. 

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