Covid-19 : les enfants sont-ils plus touchés par le variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni ?

Une soignante londonienne l'a affirmé, le 1er janvier, à la BBC. Cette observation fait écho aux premiers résultats d'une étude de l'Imperial College de Londres, qui n'apporte toutefois pas de conclusion définitive.

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Julien Nguyen Dang - franceinfo
France Télévisions
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Un écolier masqué fait ses devoirs pendant le deuxième confinement en France le 31 octobre 2020. (MAXIME FRAISSE / HANS LUCAS / AFP)

"Je sais que plusieurs de mes collègues sont dans la même situation." Interrogée par la BBC le 1er janvier, l'infirmière en chef Laura Duffel témoignait de la situation sanitaire alarmante à l'hôpital de King's College à Londres (Royaume-Uni). Une "aile entière est occupée par des enfants", selon elle, depuis la découverte d'un variant du Sars-CoV-2 détecté au Royaume-Uni.

Ce variant du virus "est très différent. C'est ce qui est particulièrement effrayant pour nous", poursuivait Laura Duffel, également interrogée par le Telegraph*, dans un article qui a depuis été retiré du site du quotidien.

Les pédiatres britanniques contestent

Quelques jours avant l'annonce d'un retour au confinement total en Angleterre, ce cri d'alarme a immédiatement suscité des critiques. Le lendemain, le Collège royal de pédiatrie et de santé infantile (RCPCH) qui regroupe près de 19 000 spécialistes, s'est fendu d'un communiqué* pour contester le témoignage de la soignante. "Les services pédiatriques sont habituellement bondés en hiver", a rappelé le professeur Russell Viner, président de l'organisation. "Jusqu'à maintenant, nous ne constatons pas de pression significative du Covid-19 en pédiatrie au Royaume-Uni." Les données des autorités sanitaires britanniques le confirment. Selon l'agence Public Health England*, les jeunes n'ont pas été plus souvent admis à l'hôpital pour une infection au coronavirus dans les dernières semaines de l'année 2020, contrairement aux autres classes d'âge.

Entre mi-novembre et fin décembre, le taux d'admission à l'hôpital des enfants âgés de 5 à 14 ans est passé de 0,61 à 0,72 pour 100 000, alors que ce taux a atteint près de 217 personnes sur 100 000 pour les plus de 85 ans au mois de décembre. De quoi contredire les affirmations de Laura Duffel.

"Le nouveau variant semble affecter toutes les classes d'âge et, pour l'heure, nous ne décelons pas de sévérité plus importante parmi les enfants."

Russell Viner, président du Collège royal de pédiatrie et de santé infantile

Egalement citée dans le communiqué du RCPCH, la pédiatre Liz Whittaker, qui exerce au St Mary's Hospital de Londres, résume ainsi la situation : "Il y a beaucoup d'enfants avec des tests positifs au Covid, mais heureusement peu avec une forme sévère de la maladie. (…) Je continue de m'inquiéter pour mes aînés, pas pour mes enfants."

Pour l'heure, plusieurs chercheurs ont néanmoins décelé une plus grande transmissibilité de ce variant au sein de la population générale. Celui-ci serait ainsi 56% plus transmissible que la souche d'origine, selon les travaux de Nicholas Davies et John Edmunds, de l'Ecole d'hygiène et de médecine tropicale de Londres. Un niveau que l'épidémiologiste Neil Ferguson, de l'Imperial College de Londres évalue autour de 47%, selon un compte rendu du Nervtag* (PDF), le comité scientifique consulté par le gouvernement britannique.

L'ouverture des écoles en question

Les jeunes sont-ils plus touchés par ce variant ? Cela reste incertain. L'équipe de Neil Ferguson a publié le 31 décembre une étude* (PDF), non évaluée par des pairs mais largement diffusée par les médias britanniques, dans laquelle a été pris en compte l'âge des personnes touchées par le Covid-19 à la fin de l'année 2020.

Selon les résultats de l'étude, les personnes de moins de 19 ans étaient "significativement plus nombreuses" à être infectées par les variants du virus que par la souche d'origine. A l'inverse, les personnes testées entre 60 et 79 ans étaient "significativement moins nombreuses" à avoir été infectées par le nouveau variant. "Une tendance observée dans chacune des régions d'Angleterre les plus touchées jusqu'à maintenant par le [variant britannique]", précisent les chercheurs.

Pour justifier de telles différences, l'équipe de l'Imperial College formule trois hypothèses. Ils envisagent d'abord une possible "augmentation générale de la transmissibilité du variant, à un moment où le confinement était en place, mais où les écoles restaient ouvertes". Le variant du virus aurait donc été plus à même de circuler au sein des établissements scolaires, qui étaient ouverts outre-Manche en décembre. Autres pistes avancées : les moins de 20 ans pourraient avoir plus de risques d'être infectés par ce variant – les scientifiques parlent d'une plus grande susceptibilité – ou pourraient développer des symptômes plus apparents avec ce variant, ce qui les conduirait à se faire davantage tester.

Des études encore limitées

L'équipe de l'Imperial College identifie en revanche des limites à son raisonnement : l'échantillon, issu d'une veille épidémiologique, pourrait ne pas être entièrement représentatif des infections au virus du Covid-19 en Angleterre sur la période considérée. Les chercheurs pointent également la simplicité des modèles employés et soulignent la nécessité de compléter leurs travaux.

"Je pense qu'il faut rester prudent, parce qu'on manque de recul", souligne pour franceinfo l'épidémiologiste Thibault Fiolet, à la lecture de cette prépublication. "Pour le moment, il n'y a pas de preuve de transmission accrue chez les enfants." Quant à la sévérité du variant, le virologue Bruno Canard reste aussi dubitatif : "On ne sait rien du tout sur le fait qu'il est moins dangereux ou plus dangereux" que la souche d'origine, précise le directeur de recherche au CNRS.

Si l'on en croit les chiffres* fournis par les autorités de santé anglaises, les moins de 20 ans sont moins nombreux à avoir été testés positifs au Covid-19 en laboratoire à la fin de l'année, par rapport aux Anglais de 20 à 49 ans : fin décembre, 320,3 jeunes de 10 à 19 ans pour 100 000 l'ont été, contre plus de 520 adultes sur 100 000. Ces données restent parcellaires, puisqu'elles ne distinguent pas le variant de la souche d'origine et restent soumises aux seules données des laboratoires.

* Ces articles sont en langue anglaise.

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