Covid-19 : faut-il craindre un rebond épidémique lors de la rentrée scolaire ?

Les contaminations restent à un niveau élevé à la veille de la rentrée, ce qui inquiète certains scientifiques.

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Une élève dans une classe d'école élementaire, à Vannes (Morbihan), le 12 mai 2021. (GWENVAEL ENGEL / HANS LUCAS / AFP)

A la veille de la rentrée des classes, jeudi 2 septembre, le risque de rebond épidémique n'est pas totalement écarté. Le nombre de contaminations quotidiennes en France reste à un niveau élevé (17 358 cas par jour en moyenne, au 30 août), mais décroit depuis la mi-août. Une situation qui a conduit le ministère de l'Education nationale à activer un protocole sanitaire de niveau 2 pour cette rentrée, c'est-à-dire un retour en présentiel pour tous, accompagné de gestes barrières (lavage des mains, port du masque dès 6 ans, aération et désinfection des surfaces). Le protocole prévoit qu'un cas de Covid-19 dans une classe de primaire entraîne une fermeture. Au collège et au lycée, en cas de contamination, seuls les élèves cas contacts non vaccinés devront s'isoler pendant une semaine.

A partir de jeudi, plus de 12 millions d'élèves vont donc retrouver les salles de classes. De quoi susciter l'inquiétude de certains médecins et enseignants. Une trentaine d'entre eux ont signé le 19 août une tribune dans Le Monde appelant à une "action ferme pour protéger les élèves" et qualifiant "d'impensable une rentrée au niveau 2 pour la majorité des départements". Alors faut-il vraiment s'inquiéter d'une accélération de l'épidémie à cause de la rentrée des classes ? Y a-t-il un risque pour les enfants ? Eléments de réponse.

Les formes graves très rares chez les enfants

C'est l'une des (rares) certitudes au sujet du virus depuis le début de la pandémie : l'âge est de loin le premier facteur de risque. En France, plus de 83% des décès recensés à l'hôpital depuis mars 2020 concernent des personnes d'au moins 70 ans. A l'inverse, les plus jeunes sont très largement épargnés par les formes les plus graves, avec seulement 18 décès de personnes de moins de 20 ans dus au Covid-19.

Les enfants ne sont cependant pas protégés contre le risque de faire des réactions sévères à la maladie. En un an et demi, près de 8 000 personnes de moins de 20 ans ont ainsi dû être hospitalisées en lien avec le Covid-19, soit environ 2% des quelque 400 000 patients admis à l'hôpital, tous âges confondus. Dès le début de l'épidémie, des cas de syndromes inflammatoires multisystémiques pédiatriques (Pims) ont également été observés chez les enfants. Il s'agit d'une complication sévère qui se caractérise, selon la Haute Autorité de santé, par "une fièvre élevée, une altération marquée de l'état de santé général et des signes digestifs". Ce phénomène, qui fait l'objet d'une surveillance par Santé publique France, reste extrêmement rare : seuls 556 cas et un seul décès liés au Covid-19 ont été recensés depuis le 1er mars 2020.

Quant au variant Delta, est-il plus dangereux pour les enfants ? C'est ce que pouvait laisser croire, par exemple, la saturation des lits d'hospitalisation pédiatrique au Texas mi-août (article en anglais). Pour Yves Buisson, épidémiologiste et membre de l'Académie de médecine, ces cas s'expliquent avant tout par la plus grande contagiosité du variant : "Comme le variant Delta est plus transmissible et que les enfants de moins de 12 ans ne sont pas vaccinés, le nombre de cas augmente et mécaniquement le nombre de formes graves augmente aussi."

François Angoulvant, président du Groupe français de réanimation et urgence pédiatrique, se veut également rassurant : "Les formes sévères du Covid-19 restent très exceptionnelles chez l'enfant et même si on manque un peu de recul sur le variant Delta, il n'a pas fondamentalement changé la donne à ce niveau-là."

Des incertitudes sur le Covid long

Le Covid long désigne la persistance de certains symptômes liés au Covid-19 plusieurs semaines, voire plusieurs mois, après l'infection. L'épidémiologiste Vittoria Colizza, directrice de recherche à l'Inserm, estime qu'il y a "un risque de Covid long, y compris pour des enfants qui avaient fait au départ des formes bénignes". "Cela pourrait concerner jusqu'à 7-8% des infections détectées", explique-t-elle, sur la base d'études préliminaires menées au Royaume-Uni (PDF en anglais).

"Il y a très probablement des enfants affectés par le Covid long, mais c'est encore un phénomène mal connu, nuance François Angoulvant. Le fait que des enfants puissent éprouver de la fatigue, des douleurs et des troubles du sommeil à la suite d'une infection virale, c'est un phénomène qu'on observait déjà bien avant le Covid." Yves Buisson ajoute que la fréquence de ces symptômes persistants est "moindre que chez les adultes".

Un niveau de transmission inquiétant

Le taux d'incidence par tranche d'âge montre que le virus circule actuellement chez les mineurs. Le taux d'incidence des 10-19 ans s'élève ainsi à 260, soit 35% de plus que dans la population générale, selon les données disponibles le 30 août. Les moins de 10 ans affichent un taux plus faible (133), mais qui a tendance à augmenter, contrairement aux autres classes d'âge. Un tel niveau avait d'ailleurs été atteint au printemps dernier et avait entraîné un passage en distanciel et l'avancement des vacances pour freiner la diffusion du virus.

Ces chiffres pourraient d'ailleurs être sous-estimés. L'épidémiologiste Vittoria Colizza rappelle qu'il est "beaucoup plus difficile de détecter un cas de Covid chez les enfants, car ils font davantage de formes asymptomatiques ou avec des symptômes faibles", qui ne font pas l'objet d'un dépistage systématique. Elle recommande donc d'effectuer un test généralisé par semaine dans les écoles. "Si le taux d'adhésion est assez élevé, cela permettrait de réduire de 25% les contaminations et surtout de garder les écoles ouvertes", évalue-t-elle. Un tel dispositif n'est pour l'instant pas prévu par l'Education nationale.

A cause de la circulation importante du virus chez les plus jeunes et d'une couverture vaccinale plus faible que chez les adultes, Vittoria Colizza redoute un "effet rentrée". "L'été dernier, la hausse du nombre de cas avait accéléré à la rentrée à cause d'un brassage de population revenant de zones touristiques, où le virus circule beaucoup." La chercheuse avait d'ailleurs participé au début de l'été à la réalisation de projections avec l'Institut Pasteur, selon lesquelles les mineurs pourraient représenter presque 50% des cas en septembre. Des résultats qui "restent valables", selon elle. Or, "si on laisse le taux d'incidence augmenter chez les enfants, cela va se répercuter dans les autres tranches d'âge".

Son confrère Yves Buisson se montre plus sceptique sur le rôle moteur de l'école dans l'épidémie. "Il risque d'y avoir une reprise épidémique à la rentrée, mais ce risque n'est pas spécifiquement lié à la rentrée scolaire. L'école n'a jamais été un foyer majeur de transmission de l'épidémie, pas plus que dans une entreprise par exemple". Il estime en revanche que "les tests réguliers dans les écoles sont une très bonne idée", mais note que l'obligation d'obtenir pour cela l'autorisation des parents peut constituer "un frein". "Cette stratégie de test n'a de sens que si une large majorité des enfants sont testés."

Malgré les craintes liées à la rentrée scolaire, "il faut éviter les fermetures, car l'école à distance a provoqué beaucoup de dégâts en termes de santé mentale", affirme Vittoria Colizza. Le pédiatre François Angoulvant insiste aussi sur la nécessité de "tout faire" pour maintenir les établissements ouverts. Selon le pédiatre, la meilleure façon d'y parvenir est encore la vaccination de l'entourage, puisque "les études ont montré que, jusqu'ici, la majorité des contaminations ont eu lieu dans le cadre familial".

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