Covid-19 : reconfinement, couvre-feu avancé, fermeture des bars... Que sait-on de l’efficacité de ces mesures ?

Face à la flambée des cas, l'exécutif veut accentuer les mesures de restriction pour juguler l'épidémie de coronavirus. 

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Des chaises sont rangées devant le restaurant Le Vieux Normand à 21h30, à Trouville (Normandie), le 24 octobre 2020. (MATHIEU MENARD / HANS LUCAS)

Couvre-feu avancé, reconfinement, télétravail généralisé... L'exécutif étudie plusieurs options pour tenter de maîtriser l'épidémie de Covid-19. La pandémie a en effet battu un nouveau record en France avec 52 010 nouveaux cas positifs enregistrés en 24 heures, dimanche 25 octobre. "Il est possible que la deuxième vague soit pire que la première", a même déclaré Martin Hirsch, directeur général de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) vendredi 23 octobre, sur RTL.

Un conseil de défense réunissant le président Emmanuel Macron, le Premier ministre Jean Castex et une dizaine de ministres s'est d'ailleurs tenu dans la matinée du mardi 27 octobre, où plusieurs hypothèses ont été envisagées. Mais quelle efficacité faut-il attendre de ces mesures, sachant qu'il est toujours difficile de les isoler ?

Le couvre-feu a fonctionné en Guyane, selon l'Institut Pasteur

Pour imposer à la mi-octobre le couvre-feu de 21 heures à 6 heures dans neuf grandes villes (dont Paris et Lyon), le gouvernement a mis en avant l'efficacité de cette mesure imposée en Guyane en juin et juillet. Dans ce département d'Outre-mer, le couvre-feu avait d'abord été fixé à 22 heures, puis ramené à 17 heures. Et il semble avoir fait ses preuves.

Son impact a en effet été mesuré dans une étude mise en ligne le 12 octobre par l'Institut Pasteur (qui, toutefois, n'a pas encore été publiée dans une revue scientifique). Selon cette étude, le couvre-feu "aurait permis de réduire de près d'un tiers le taux de reproduction effectif [du Covid-19], en le passant de 1,7 à 1,1", a expliqué à France Culture Pascal Crépeyenseignant-chercheur en épidémiologie et biostatistiques à l’Ecole des hautes études en santé publique à Rennes. Rappelons que le taux de reproduction est une estimation, sur les sept derniers jours, du nombre moyen d’individus contaminés par une personne infectée.

"Le couvre-feu a cassé la courbe", s'est félicitée la directrice générale de l'Agence régionale de Santé de Guyane, Clara de Bort, sur son compte Twitter. Elle a d'ailleurs publié sur le réseau social les modélisations de l'Institut Pasteur. Selon ces modélisations, les scénarios catastrophes sur les besoins en lits de réanimation et d'hospitalisation ne se sont pas réalisés. A partir de juillet, l'épidémie s'est stabilisée, puis a baissé.

Interrogés par l'AFP, plusieurs épidémiologistes restent néanmoins prudents sur l'efficacité de la même mesure en métropole. On peut s'attendre à ce que le couvre-feu entraîne "une réduction" du taux de reproduction du coronavirus, mais "c'est très difficile de la quantifier", souligne Daniel Levy-Bruhl, responsable de l'unité des infections respiratoires à Santé publique France. Il pointe notamment l'absence d'études "qui permettraient d'anticiper l'impact" de cette restriction de circulation. De l'avis général des spécialistes interrogés, il faudra de trois à six semaines pour en voir les effets. 

Le confinement généralisé s'est révélé efficace en France, toujours selon l'Institut Pasteur

Autre mesure déjà testée et analysée : le confinement généralisé, qui, vu l'ampleur prise par la pandémie au printemps, avait été décrété dans l'Hexagone du 17 mars au 11 mai 2020. Cette obligation, sauf exceptions, de rester chez soi a eu un effet salvateur, selon les travaux dirigés par une équipe de l'Institut Pasteur, qui ont été publiés dans la revue Science (article en anglais) à la mi-mai.

Les chercheurs ont en effet conclu à un "impact massif" du confinement sur l'évolution de l'épidémie en France. Le taux de reproduction de l'épidémie a été réduit de 77%, chutant de 2,90 à 0,67. Entre fin mars et début mai, les hospitalisations sont passées de 3 600 à 357 par jour, les admissions quotidiennes en soins intensifs sont tombées de 700 à 66. Quant aux nouvelles infections, elles ont considérablement diminué, dégringolant de 150 000 à 390 000 chaque jour avant le confinement à 2 600 à 6 300 après, selon les projections.

La fermeture des bars à Marseille a paru peu concluante

Décidée le 27 septembre dernier, la fermeture des bars à Marseille a été moins probante, estime en substance l'épidémiologiste Pascal Crepey, qui était interrogé le 16 octobre dans le magazine en ligne The Conversation.

Les données les plus récentes en provenance de Marseille, où les bars ont été fermés le mois dernier, semblent indiquer qu’après un plateau, on assiste à un petit sursaut épidémique.

Pascal Crepey (épidémiologiste)

dans la revue "The Conversation"

"Cela suggérerait que la fermeture des bars n’était pas suffisante à elle seule pour contrôler l’épidémie. Un des problèmes est probablement que, à la suite de ce genre de mesures, les gens ont tendance à se rassembler dans des lieux privés", précise-t-il. "D’où l’instauration du couvre-feu. S’il est bien respecté, il est possible que l’on puisse réussir à stopper la progression de l’épidémie"

L'impact du télétravail est difficile à mesurer 

Ultime mesure souvent mise en avant : le télétravail. Pour l'épidémiologiste Pascal Crepey,  toujours dans The Conversation, "il y aurait un réel intérêt à, si ce n’est imposer, au moins inciter très fortement au télétravail. Celui-ci a non seulement l’avantage de protéger les télétravailleurs, mais aussi celles et ceux qui, pour une raison ou une autre, ne peuvent télétravailler".

"En effet, si une partie des effectifs est en télétravail, il y a moins de personnes sur le lieu de travail, ce qui limite le nombre de contacts potentiels", explique-t-il. "Dernier élément : le télétravail se traduit par une utilisation moindre des transports en commun, ce qui limite là aussi les risques de contamination. C’est un bon complément au port du masque dans les transports, car celui-ci ne réduit pas à zéro le risque de contamination".

Mis en œuvre par une partie des entreprises pendant le confinement, le télétravail ne constituait qu'un des volets d'un plan plus large. Un volet dont l'impact n'a pas été mesuré de façon isolée. D'autant que les modes de transmission du virus les plus courants en France ne sont toujours pas connus, faute de données fines et d'enquêtes de terrain de grande ampleur. Les "clusters" (foyers épidémiologiques) recensés par Santé publique France ne représentent en effet que 10% des contaminations.

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