Covid-19 : cinq questions sur les risques de transmission par aérosols et l'importance de l'aération

Fin septembre, l'Allemagne a inclus l'aération comme geste barrière visant à lutter contre le coronavirus. Outre-Atlantique, les centres américains de prévention et de lutte contre les maladies ont également reconnu l'existence d'une transmission du virus par aérosols. 

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Des fenêtres d'une école de Munich (Allemagne), ouvertes pour permettre le renouvellement de l'air et éviter la diffusion du coronavirus, le 30 septembre 2020.  (FRANK HOERMANN / SVEN SIMON / AFP)

"Cela pourrait être l'un des moyens les moins chers et les plus efficaces" pour lutter contre la propagation du coronavirus, selon Angela Merkel. Mardi 29 septembre, la chancelière allemande a annoncé qu'un nouveau geste barrière viendrait s'ajouter à la distanciation physique, aux mesures d'hygiène et au port du masque outre-Rhin : celui de l'aération des espaces clos. "Une ventilation régulière dans les espaces privés et publics peut considérablement réduire le risque d'une infection", défend désormais le gouvernement allemand dans ses recommandations officielles, relève le quotidien britannique The Guardian (lien en anglais)A quel point le risque de transmission du coronavirus par aérosols, ces minuscules particules restant suspendues dans l'air, est-il important ? Quelles sont les bonnes pratiques à adopter pour éviter la contamination par aérosols ? Eléments de réponse.  

1Ce mode de transmission est-il reconnu ?  

Les centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) ont reconnu (lien en anglais), lundi 5 octobre, la transmission par aérosols comme l'un des trois modes d'infection au virus Sars-CoV-2, en plus des gouttelettes respiratoires et du contact avec une personne ou une surface contaminée. Avant cela, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) s'était exprimée à ce sujet en juillet. Cela faisait suite à une lettre ouverte de 239 scientifiques internationaux, qui alertaient cette instance et d'autres autorités sanitaires sur les risques de propagation du virus dans l'air, parfois au-delà de deux mètres. 

De nouvelles preuves confirment le potentiel de transmission aérienne du nouveau coronavirus, un aspect crucial à prendre en compte dans tout dispositif de réouverture des lieux publics.

l'OMS

dans un communiqué du 13 juillet 2020

Benedetta Allegranzi, responsable technique de l'OMS pour la prévention et le contrôle des infections, a ainsi reconnu "la possibilité d'une transmission aérienne dans les lieux publics", "en particulier dans des conditions très spécifiques, comme les endroits surpeuplés, fermés, mal ventilés". "Les preuves doivent être rassemblées et interprétées, ce que nous continuons à encourager", a-t-elle toutefois tempéré. Mi-juillet, l'OMS a rappelé qu'"à ce jour, la transmission du Sars-CoV-2 par ce type de voie aérosol n'a pas été démontrée". "Beaucoup plus de recherches sont nécessaires étant donné les implications possibles d'une telle voie de transmission." 

Une récente étude, publiée début septembre par la revue américaine Jama Internal Medicine (lien en anglais), est néanmoins venue étayer cette hypothèse. Elle a montré comment un seul passager d'un car chinois, atteint du Covid-19 et ne présentant pas de symptômes, a contaminé le tiers des passagers du véhicule pendant un trajet. "Il y avait une ventilation, l'air était recyclé dans le car, en circuit fermé et sans aucun renouvellement", explique auprès de franceinfo Jean-Christophe Lucet, chef de service de l'unité d'hygiène et de lutte contre les infections nosocomiales à l'hôpital Bichat, à Paris. 

En France, que disent d'ailleurs les autorités sur une possible transmission du coronavirus par aérosols ? Dans un avis actualisé sur le sujet, le 23 juillet, le Haut Conseil de la santé publique (HSCP) a estimé "qu'après actualisation des données de la littérature (juillet 2020), une transmission aéroportée du virus Sars-CoV-2 doit être envisagée dans les espaces clos, notamment mal aérés et insuffisamment ventilés, et dans des rassemblements en extérieur".

2S'agit-il d'un mode de transmission important ?

Début octobre, en reconnaissant la réalité de cette transmission par aérosols, les CDC américains ont rappelé que le mode "principal" de contamination était celui de "l'exposition à des gouttelettes respiratoires porteuses du virus". Des sécrétions issues de la respiration, de la toux ou encore d'un éternuement. Les plus importantes peuvent infecter des personnes à proximité, mais tombent rapidement au sol. D'autres, des micro-gouttelettes ou aérosols, restent en suspension dans l'air. C'est ainsi qu'elles pourraient aussi transmettre le coronavirus. 

Un contact étroit et prolongé avec une personne malade semble être encore le premier mode de contamination. "La transmission de la Covid-19 se produit principalement à partir de personnes présentant des symptômes et peut également survenir juste avant qu'elles ne développent des symptômes, lorsqu'elles sont à proximité immédiate d'autres personnes pendant des périodes prolongées", expliquait l'OMS cet été. "Un contact étroit avec une personne malade est nécessaire pour transmettre la maladie : même lieu de vie, contact direct à moins d'un mètre lors d'une discussion, d'une toux, d'un éternuement ou en l'absence de mesures de protection", confirme le gouvernement.

Quelle serait alors la part des contaminations liée aux aérosols et non aux gouttelettes de plus grande taille ? Pour Jean-Christophe Lucet, il est encore difficile de le dire. 

Des arguments expérimentaux suggèrent une transmission du coronavirus par aérosols, mais on ne connaît pas sa part par rapport aux gouttelettes et aux contacts avec les mains. Ce n'est probablement pas une part importante, mais on ne peut pas dire que ça n'existe pas.

Jean-Christophe Lucet, chef de service à l'hôpital Bichat

à franceinfo

"La transmission par aérosols est probablement très accessoire par rapport à la transmission par gouttelettes", estime Olivier Bouchaud, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). "Ce que l'on sait, c'est qu'elle est d'autant plus importante que vous avez une forte densité de population, dans un endroit confiné", ajoute Astrid Vabret, cheffe du service de virologie au CHU de Caen (Calvados). Et plus un espace est clos, petit et habité, plus il est nécessaire d'aérer. 

3Comment réduire les risques chez soi ? 

Dans une série de recommandations, le ministère de la Santé explique qu'en cette période d'épidémie, il est nécessaire d'"assurer, quel que soit le contexte, un renouvellement régulier de l'air dans tous les espaces clos au moyen d'une aération (ouverture des fenêtres…) et/ou d'une ventilation naturelle ou mécanique". Il s'agit, explique le ministère, d'"apporter de l'air 'neuf'/venant de l'extérieur, d'évacuer l'air ayant séjourné à l'intérieur vers l'extérieur et d'éviter le recyclage ou la recirculation de l'air dans les locaux". Une aération naturelle, par l'ouverture de fenêtres, est conseillée de manière "régulière", soit "au minimum pendant 10 à 15 minutes deux fois par jour", poursuit le ministère de la Santé.

Pour Olivier Bouchaud, aérer "une dizaine de minutes toutes les heures ou toutes les deux heures" est "très bien". "Si on le fait une ou deux fois dans la soirée", en rentrant chez soi, "c'est déjà une bonne chose", assure-t-il

Plus on le fera souvent, plus ce sera efficace. Laisser la fenêtre ouverte en permanence serait l'idéal.

Olivier Bouchaud, chef de service à l'hôpital Avicenne

à franceinfo

L'aération va permettre "d'assécher l'air et les surfaces", ce qui rendra plus difficile la survie du virus, "qui se complaît dans les milieux humides", poursuit le médecin. "Le fait d'aérer va projeter les micro-particules contre les parois et les murs de la pièce", donc limiter les risques d'infection pour les personnes qui s'y trouvent. Autre mécanisme permis par l'aération naturelle : l'entrée dans la pièce de rayons ultraviolets"toxiques pour le virus", souligne Olivier Bouchaud. 

Au-delà de la simple ouverture des fenêtres, il faut aussi "veiller à ce que les différents ouvrants, les orifices d'entrée (sur les menuiseries…) et de sortie d'air (bouches d'extraction…), et les passages (détalonnage sous les portes…) soient régulièrement nettoyés, ne soient pas obstrués et fonctionnent correctement", précise le ministère de la Santé. Dans le cas d'une personne atteinte du Covid-19, la pièce où elle vit, isolée, doit être aérée "de façon séparée du reste du logement/bâtiment, en maintenant la porte fermée et en assurant le plus possible son étanchéité (calfeutrage par boudin de bas de porte)". 

4Et dans les bâtiments avec ventilation mécanique ? 

Face à ce risque de transmission dans l'air, quelles mesures faut-il adopter dans les bâtiments ayant une ventilation mécanique ? L'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) a publié une série de conseils à ce sujet après le confinement, s'adressant en particulier aux entreprises du secteur tertiaire. "Les deux principes à mettre en œuvre sont de favoriser le renouvellement de l'air et de limiter le brassage de l'air. Cet air peut être chauffé ou refroidi sans que cela ne change les préconisations", explique l'institut. 

L'INRS recommande, entre autres, "d'activer la ventilation nominale même pendant les périodes d'inoccupation des bâtiments" et "de compléter ce renouvellement d'air par une aération des locaux par ouverture des fenêtres dès que l'on sort du local, au moins 15 minutes pendant la pause déjeuner". Il conseille également de "s'assurer que les entrées d'air et bouches d'extraction ne sont pas obstruées" et "de remplacer les filtres selon le calendrier habituel d'entretien".

Dans les cas où l'air peut difficilement être renouvelé – dans des bâtiments où les fenêtres ne peuvent être ouvertes, par exemple – "il faut faire en sorte que l'air, s'il est recyclé, soit filtré", explique Jean-Christophe Lucet. "Il faut des filtres antimicrobiens, confirme Olivier Bouchaud. Il n'y aura pas de souci, à condition que les filtres soient entretenus et renouvelés."

5L'aération peut-elle vraiment être un geste barrière ? 

"D'un point de vue sanitaire, je ne fais que recommander l'aération, mais il est difficile de mesurer son impact réel sur la transmission du virus, reconnaît Olivier Bouchaud. Le meilleur effet barrière, c'est quand même le port du masque." 

Un constat partagé par Jean-Christophe Lucet. "Si on peut le faire, c'est très bien", estime-t-il. Mais "la meilleure prévention, c'est que les gens soient à l'extérieur", insiste le spécialiste en prenant l'exemple des bars et restaurants, des espaces clos à forte densité. En intérieur, "on sait bien que le port du masque par les uns et les autres est de loin la meilleure protection".

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