Covid-19 : ce qu'il faut savoir quand on est enceinte en période de pandémie

Le risque de développer une forme sévère de la maladie semble plus élevé pour les femmes qui attendent un enfant. Mais les études scientifiques, peu fournies sur ce sujet, incitent à la prudence quant à ces conclusions.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 7 min.
Une sage-femme pratique un examen sur une femme enceinte à la maternité de l'hôpital des Diaconesses, à Paris, le 17 novembre 2020 (MARTIN BUREAU / AFP)

Etre femme enceinte en 2021, c'est se poser, en plus des questions traditionnelles sur la grossesse, une autre, très angoissante, sur les risques liés au Covid-19. Si les femmes qui attendent un enfant peuvent se faire vacciner en France depuis le 5 mars, de nombreuses interrogations demeurent sur les recommandations à suivre et sur les risques encourus si elles contractent le virus. Or la littérature scientifique sur le sujet est encore limitée. Franceinfo fait le point sur les connaissances actuelles. 

Etre enceinte est-il un facteur de risque ?

La grossesse en elle-même accroît les risques de développer une forme sévère du Covid-19. Notamment pour les femmes "entrant dans leur troisième trimestre de grossesse et les femmes enceintes avec comorbidités", informe la Haute Autorité de santé (HAS) dans son guide. 

"Les femmes enceintes ont entre deux et cinq fois plus de risque de développer une complication en lien avec le Covid-19."

Cyril Huissoud, gynécologue

à franceinfo

Le gynécologue Cyril Huissoud, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cngof), précise d'ailleurs qu'une femme enceinte "vieillit" de "15 ans" en termes de risque. "Ainsi une femme enceinte de 35 ans avec un profil de santé égal à une femme de 50 ans va développer les mêmes risques face au Covid-19", illustre-t-il.

Mais que les parturientes se rassurent. "Dans la grande majorité des cas, les femmes enceintes sont asymptomatiques ou peu symptomatiques, indique Cyril HuissoudMais il ne faut pas écarter les risques classiques liés à une grossesse comme la thrombose veineuse ou la prééclampsie qui sont multipliés avec le Covid-19." Parmi les 17 femmes enceintes admises en réanimation en France entre le 16 mars et le 17 mai 2020, "aucun décès n'a été a déploré", rapporte la HAS.

La mère peut-elle transmettre le Covid-19 à son fœtus ?

Les cas documentés étant peu nombreux, ce risque de transmission au foetus reste "très rare", indique l'Inserm. Une étude américaine publiée dans le journal BJOG (en anglais) le 13 août 2020 indique que sur les 71 parturientes testées positives au Covid-19 venues accoucher, aucun des bébés n'a été testé positif. Néanmoins, une étude de cas, publiée en juillet 2020 dans Nature Communications (article en anglais), fait état d'une transmission via le placenta au cours du dernier trimestre de la grossesse.

"Dans un petit nombre de cas, nous avons pu trouver une modification du placenta, mais il y a davantage de risques de faire d'autres types de complications que de transmettre le virus au foetus", rassure de son côté le gynécologue Cyril Huissoud.

Des cas de malformations sont-ils possibles ? 

C'est une question que la communauté scientifique se pose notamment lors du premier trimestre de grossesse lorsque les organes du bébé se forment. Car le peu de cas documentés sur le sujet concernent surtout des patientes dans leur troisième trimestre de grossesse. Le Haut Conseil à la santé publique (HCSP) indiquait, dans son rapport du 23 juillet 2020, qu'aucune malformation en lien avec le Covid-19 n'avait été décrite à ce jour.

"Le surrisque de complications ou de malformations foetales lié au Covid-19, quel que soit le stade de la grossesse, n'est pas démontré."

Cyril Houissoud, gynécologue

à franceinfo

Cependant les autorités sanitaires irlandaises ont déclaré, le 4 mars, enquêter sur les cas de quatre bébés mort-nés qui pourraient être liés au Covid-19. Selon les médecins légistes qui ont signalé ces cas, les femmes enceintes, testées positives, avaient accouché d'un enfant mort-né, dont la cause du décès était une infection du placenta. "Des recherches supplémentaires doivent être effectuées" afin d'associer ou non "ces mortinaissances à une maladie appelée Covid placentis", a précisé le médecin-chef adjoint de la République, Ronan Glynn. 

Une information sur laquelle le gynécologue Cyril Huissoud émet une réserve car même "s'il n'est pas impossible qu'il y ait une atteinte vasculaire placentaire qui pourrait entraîner des malformations ou la mort, la plupart du temps on ne trouve pas la cause du décès"

L'accouchement est-il plus compliqué si la mère est positive au Covid-19 ?

Pour certaines parturientes, c'est le cas. D'après les données scientifiques, le nombre de césariennes et de naissances prématurées augmente chez les femmes atteintes du Covid-19. "Le taux de césarienne varie entre 80 et 90% et le taux de naissances prématurées varie entre 20 et 40%", rapporte la Haute autorité de santé. Le secrétaire général du Cnogf explique ces chiffres aussi par une volonté de prendre en charge rapidement une mère en détresse respiratoire. "Grâce à une naissance prématurée maîtrisée ou une césarienne, une maman qui a une forme sévère du Covid-19 peut récupérer plus vite et être prise en charge pour son problème d'oxygénisation."

Concernant les complications post-partum que les médecins surveillent habituellement de près, à savoir une fièvre élevée, un faible taux d’oxygène dans le sang ou encore un état nécessitant une nouvelle hospitalisation, l'étude américaine (en anglais) publiée le 13 août 2020 rapporte que, parmi les 71 femmes infectées par le virus, 13% d’entre elles ont présenté au moins une complication post-partum. Cette proportion n’était que de 4,5% chez les femmes non infectées par le virus.

Est-ce qu'une mère testée positive doit s'éloigner de son nouveau-né ? 

Non. "Nous ne demandons pas aux mères de se séparer de leur bébé à leur naissance, confirme le gynécologue. Le risque de transmission de la maman vers son bébé est réel. Mais à ma connaissance, il est très faible et lié à des formes très sévères."

La plupart étant asymptomatiques, le corps médical invite les jeunes mères positives à limiter leurs déplacements dans la maternité, tout en veillant à bien porter un masque en présence de leur nouveau-né et à se laver régulièrement les mains. "L'allaitement maternel pour les mamans testées positives qui souhaitent le faire n'a aucune contre-indication de principe", précise le gynécologue Cyril Huissoud. 

La vaccination est-elle risquée pour une femme enceinte ?

Depuis le 5 mars, les sages-femmes sont autorisées à prescrire un des vaccins disponibles en France aux femmes enceintes ainsi qu'à l'entourage des parturientes et du nouveau-né. Jusqu'à présent, la Haute Autorité de santé (HAS) déconseillait la vaccination des femmes enceintes et allaitantes, car elles ont été peu représentées dans les essais cliniques. Dans ses recommandations du 23 décembre et du 7 janvier, la HAS précise que l’utilisation des vaccins Moderna et Pfizer-BioNTech "doit être envisagée seulement si les bénéfices potentiels l’emportent sur les risques potentiels pour la mère et le fœtus".

"Les Etats-Unis sont un des premiers pays à avoir vacciné les femmes enceintes. Sur les milliers d'Américaines qui ont reçu un vaccin à base d'ARNm, aucun effet maternel ou foetal particulier n'a été rapporté", relève le secrétaire général du Cnogf. 

En revanche, aucune donnée concernant le vaccin à vecteur viral n'est disponible à ce jour, rapporte le Centre de référence sur les agents tératogènes (Crat) de l'hôpital Henri-Trousseau, à Paris. "Dans la mesure du possible, on préférera plutôt un vaccin à ARNm et débuter le protocole vaccinal après 10 semaines d'aménorrhée", précise-t-il. "Les vaccins ARNm sont mieux tolérés, mais il n'y a aucune raison de ne pas utiliser l'AstraZeneca, si ce n'est pour des raisons de confort liées aux effets post-vaccination", indique de son côté le secrétaire général du Cnofg.

Quelles sont les recommandations pour une femme enceinte?

"Il n'y a pas de recommandations officielles pour les femmes enceintes", précise Cyril Huissoud. Il a d'ailleurs constaté que "lors du premier confinement, elles ont largement anticipé le risque de contamination en se confinant avant l'heure".

Au renforcement des gestes barrières, les autorités sanitaires recommandent aussi de privilégier le télétravail au troisième mois de grossesse ou en cas de comorbidité.

"Il faut qu'elles continuent de suivre leur calendrier de suivi de grossesse et il n'y a aucune contre-indication à ce qu'elles utilisent du gel hydroalcoolique pour se laver les mains."

Cyril Huissoud, gynécologue

à franceinfo

Du côté des professionnels de santé, la Haute Autorité de santé leur conseille, dans son guide mis à jour le 27 novembre 2020, de privilégier autant que possible les téléconsultations pour le suivi de grossesse, de proposer la vaccination contre la grippe saisonnière à toutes les parturientes ou encore de renforcer le suivi des grossesses suspectées ou diagnostiquées positives au Covid-19.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.