Coronavirus : quatre questions sur la mortalité du Covid-19 et les craintes de l'OMS pour les mois à venir

L'Organisation mondiale de la santé s'inquiète d'une hausse probable du nombre de décès à l'automne. A ce jour, le nombre de morts reste pourtant stable. 

Des soignantes à l\'hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), le 29 avril 2020. 
Des soignantes à l'hôpital Saint-Camille de Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), le 29 avril 2020.  (ALINE MORCILLO / AFP)

L'automne approche et il pourrait s'accompagner d'une hausse des décès liés au Covid-19, alerte l'Organisation mondiale de la santé (OMS). "Cela va devenir plus dur. En octobre, en novembre, on va voir une mortalité plus élevée", a averti lundi 14 septembre Hans Kluge, directeur de la section européenne de l'OMS. Pourtant, même si le nombre de cas positifs croît en Europe, notamment en France, le nombre de morts est resté stable, ces dernières semaines. Virulence de la maladie, traitement et prise en charge à l'hôpital : franceinfo vous aide à y voir plus clair autour de la question de la mortalité du Covid-19.

Le virus est-il moins dangereux ? 

"Le virus, oui, il est là. Aucun élément en ma possession ne me permet de vous dire qu'il a baissé en virulence", a affirmé le Premier ministre, Jean Castex, le 26 août. Comme l'a expliqué au Figaro le professeur Bruno Lina, virologue à l'université Lyon I et membre du Conseil scientifique, une mutation génétique a bien été observée sur certaines souches du virus. Le Sars-CoV-2 réplique plus facilement, "il est donc probable que ces souches se reproduisent un petit peu mieux dans l’organisme". Toutefois,"il est impossible de conclure que cette mutation modifie la dynamique épidémique", détaille Bruno Lina. "Rappelons que cette substitution date de février. Si elle avait un impact majeur, nous l'aurions vu dès le mois de mars ou avril."

"La létalité du virus n'a pas changé. En revanche, c'est la mortalité qui a diminué", distingue Xavier Lescure, infectiologue à l'hôpital Bichat, auprès de franceinfo. "La létalité concerne la capacité de la maladie à tuer et on prend en compte l'ensemble des malades. La mortalité dépend de beaucoup de choses : le patient, le traitement, le contexte géographique, la procédure, la saturation des services…" La stabilité du nombre de morts, ramenée à la hausse des contaminations, n'est donc pas à imputer au virus lui-même.

Le traitement clinique du Covid-19 a-t-il changé ? 

S'il n'existe, à ce jour, pas de vaccin ni de médicament spécifique contre le Covid-19, les médecins y voient désormais plus clair concernant le traitement à administrer aux malades hospitalisés. L'intubation des patients n'est plus systématique. "Au tout début de l'épidémie, les premières attitudes étaient de recourir très vite à la ventilation artificielle, c'est-à-dire d'endormir complètement les patients, de les intuber et de les mettre sous respirateur", rappelle le professeur Jean-Damien Ricard, réanimateur à l'hôpital Louis-Mourier à Colombes (Hauts-de-Seine) auprès de franceinfo. Or, la technique augmentait le risque de contracter des maladies nosocomiales, diminuant donc les chances de survie. A la place, les médecins pratiquent l'oxygénothérapie, qui consiste à administrer de l'oxygène aux patients de manière nettement moins invasive. "Deux petits embouts qu'on met dans le nez, c'est extrêmement léger", détaille Jean-Damien Ricard

Les dernières recherches sur l'usage des corticoïdes montrent que ces médicaments réduisent fortement le risque de complications pulmonaires chez les patients. "Les études cliniques ont permis aujourd'hui d'établir avec une très grande certitude que la corticothérapie permet d'améliorer considérablement les chances de survie pour les personnes atteintes du Covid-19", explique le professeur Djillali Annane, chef du service de réanimation à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). "Il y a 20% de réduction du risque de décès, donc c'est spectaculaire. On utilise ça absolument de façon quotidienne." Le traitement, aujourd'hui recommandé par l'OMS, concerne une prise encadrée par des médecins avec les patients les plus gravement malades. L'automédication à base de corticoïdes reste déconseillée.  

La prise en charge à l'hôpital est-elle meilleure ?

L'expérience et le recul en plus, les soignants accueillent les patients "plus sereinement" qu'au printemps, affirme Xavier Lescure. "Les choses sont plus cadrées qu'au début et les services moins saturés. Nous réagissons de façon plus organisée", note l'infectiologue. Principale différence avec les semaines noires du printemps : les services de réanimation ne sont plus engorgés. "Avec l'accalmie de l'été, les services accueillent des patients à l'état de santé intermédiaire, qu'on n'aurait peut-être pas pu accueillir il y a quelques mois. Résultat, le pronostic pour les patients en réanimation est bien meilleur", détaille Jean-Christophe Lucet, chef de service de l'unité d'hygiène et de lutte contre les infections nosocomiales à l'hôpital Bichat.

D'autant que les patients hospitalisés sont plus jeunes qu'il y a quelques semaines. D'après Santé publique France, le taux d'incidence entre le 31 août et le 6 septembre s'élevait à 123 cas pour 100 000 habitants chez les 15-44 ans, contre 28 chez les 65-75 ans. "Le taux de guérison chez les sujets plus jeunes est bien meilleur. Les patients hospitalisés en réanimation arrivent dans un état moins grave, et restent moins longtemps", explique Jean-Christophe Lucet. 

Pourquoi l'OMS craint-elle une augmentation du nombre de morts ?

Certes, la prise en charge clinique et organisationnelle des malades hospitalisés est meilleure que ce qu'elle fut au printemps. Mais qu'arrivera-t-il si, comme les courbes le laissent craindre, les malades déferlent de nouveau dans les services de réanimation ? La hausse des cas redoutée en octobre et novembre irait de pair avec "la remontée des cas en raison de la reprise de l'épidémie en Europe", a déclaré l'OMS. "Compte tenu de la progression de l'épidémie, on redoute que le virus frappe une frange plus élevée de la population, et donc entraîne de nouveau un engorgement des services, et donc plus de décès, affirme Jean-Christophe Lucet, c'est mathématique."

Comme redouté depuis plusieurs mois, l'arrivée de l'hiver et la baisse des températures pourraient être, même en l'absence de consensus scientifique sur la saisonnalité du virus, un "facteur aggravant", ajoute l'infectiologue. Comme pour la plupart des épidémies hivernales, le Covid-19 pour profiter de la promiscuité des lieux confinés et mal ventilés comme les transports en commun pour circuler de plus belle.