Moins d'intubations, utilisation de l'oxygénothérapie et de la cortisone : comment le traitement des malades atteints du coronavirus a évolué

Six mois après l'apparition du Covid-19 en France, les méthodes pour soigner les patients les plus graves ont changé.

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Radio France
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Une infirmière surveille un patient atteint du Covid-19 dans le service de réanimation au centre hospitalier de Nevers dans la Nièvre, jeudi 4 juin 2020 (photo d'illustration). (PIERRE DESTRADE / MAXPPP)

Le médicament-miracle pour soigner le Covid-19 n’a pas été trouvé. Mais la façon dont on soigne aujourd'hui les malades a évolué, six mois après l'apparition de l'épidémie de coronavirus en France. Quand on retourne dans un service de réanimation, où sont soignés les patients les plus atteints, cela n'a plus rien à voir.

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Ce qui frappe par exemple dans le service de réanimation de l'hôpital Louis-Mourier à Colombes (Hauts-de-Seine), c'est que la plupart des patients sont éveillés et conscients. Ils mangent, boivent et parlent, alors qu'au plus fort de la vague de l'épidémie la majorité était endormie. On intubait presque tous les malades graves. "Au tout début les premières attitudes étaient de recourir très vite à la ventilation artificielle, c’est-à-dire d’endormir complètement les patients, de les intuber et de les mettre sous respirateur artificiel, se rappelle le professeur Jean-Damien Ricard. Il faut imaginer que vous êtes complétement immobile et endormi, sédaté et paralysé comme au cours d’une anesthésie générale pour une intervention chirurgicale. Mais au lieu de deux ou trois heures cela va être deux à trois semaines."

Une méthode moins lourde

De cette méthode comparable à de l'artillerie lourde, les médecins ont testé une technique beaucoup plus légère : l'oxygénothérapie à haut débit. Une sorte de shoot d'air pur dans le nez. "Ce sont deux petits embouts qu’on met dans le nez, c’est extrêmement léger, nous montre Jean-Damien Ricard. Cela permet d’envoyer 60 litres d’oxygène pure dans les poumons, si la dette en oxygène du patient est telle qu’il en a besoin. Et on arrive à manger, boire et parler."

La méthode est plus confortable pour le patient et a permis de globalement réduire la mortalité. Car l'intubation est lourde et entraîne souvent des complications comme des maladies nosocomiales graves qui peuvent dégrader l'état de santé du malade. Au plus fort de la vague, on comptait jusqu'à 40% de morts en service de réanimation. Auparavant, les malades intubés engorgeaient les services de réanimation puisqu'ils y restaient des semaines. À l’hôpital de Colombes avec de l'oxygénation à haut débit, ils restent seulement une dizaine de jours. Ils sont parfois même soignés dans d’autres services. On libère donc des places en réanimation.

De la cortisone pour les patients les plus graves

Concernant les médicaments, direction cette fois-ci l'hôpital Raymond Poincaré à Garches. Dans cet hôpital, comme dans beaucoup d'autres, on a testé toutes les molécules dont on a entendu parler, comme l'hydroxychloroquine prônée par le professeur Didier Raoult, ou le Remdesivir. Mais ils n'ont finalement pas prouvé une efficacité notable.

En parallèle, dans cet hôpital, depuis des mois les médecins utilisent également des corticoïdes, en clair de la cortisone. Pour les patients graves, cela aide le corps à mieux se défendre, à mieux combattre le virus. La cortisone est justement, depuis quelques jours, désormais officiellement recommandée par l'Organisation mondiale de la Santé. "Les études cliniques ont permis aujourd’hui d’établir avec une très grande certitude que la corticothérapie permet d’améliorer considérablement les chances de survie pour les personnes atteintes du Covid-19, explique le professeur Djillali Annane. Il y a 20% de réduction du risque de décès donc c’est spectaculaire. On utilise ça absolument de façon quotidienne."

Aujourd’hui, les patients hospitalisés dans le service sont tous sous traitement par corticoïdes.

Pr Djillali Annane

à franceinfo

Pas de changement de traitement pour les autres patients

Il faut bien le préciser, la cortisone est utilisée pour les patients graves. Mais les patients peu graves, comment les soigne-t-on ? Le docteur Hélène Entressengle, une médecin généraliste de Magny-les-Hameaux dans les Yvelines, voit en ce moment un à deux patients atteint du Covid-19 par jour. Pour elle, le traitement n’a pas changé : "À part le paracétamol et la vitamine C, il n’y a pas grand-chose d’autre à donner. Le paracétamol c’est uniquement pour les symptômes, surtout pour les douleurs et la fièvre. D’ailleurs, s’ils n’ont pas de douleur ni de fièvre ça ne sert à rien de leur en donner, ça reste uniquement pour les symptômes. Et en cas de perte de goût et d’odorat, "on ne préconise rien du tout", répond Hélène Entressengle. La boîte à outils pour lutter contre le Covid-19 n’a pas beaucoup évolué depuis le mois de mars.

Il faut juste attendre, surveiller, éviter de contaminer les autres et se reposer. La plupart des malades se remettent assez rapidement et il n’y a pas de problème.

Hélène Entressengle, médecin généraliste

à franceinfo

Aujourd'hui, il faut rappeler que 80% des personnes contaminées développent effectivement des formes bénignes de la maladie.

Choix d'info : l'évolution des traitements des malades du coronavirus - Reportage de Solenne Le Hen - 0
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